‹ Alexandre Dumas, 1802-1870Chapitre 6 sur 25 · SCENE PREMIERE DE BRAY, LE CONCIERGE, puis UN GREFFIER · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE DE BRAY, LE CONCIERGE, puis UN GREFFIER

Ne peux-tu me faire servir à déjeuner ici ?

LE CONCIERGE

Ce n'est point ici votre prison, ce n'est qu'une chambre de passage.

DE BRAY

Justement, c'est pour cela.

LE CONCIERGE

Mais...

DE BRAY

Oui, oui, je sais; il faut tout payer ici, la paille du cachot, le rayon de soleil, l'air qu'on y respire... Tiens, voilà un louis, tu prendras dessus le déjeuner que tu vas m'apporter.

LE CONCIERGE

Et ce qui restera ?

DE BRAY

C'est pour toi et le soleil, il y a huit jours que la paille est payée. (Le concierge sort.) Ils m'ont laissé condamner, les misérables, condamner à la flétrissure et au bagne! J'avais bien raison de les mépriser... Fou que j'étais, de compter sur eux et de croire à leur reconnaissance!... Enfin!... (Un grel^ier passe, en sortant d'une chambre vis-à-vis.) Ah! quelque pauvre diable à qui l'on vient de lire sa sentence...

LE CONCIERGE, rentrant.

Voici votre déjeuner.

Il n'est venu personne pour moi ?

LE CONCIERGE

Personne.

DE BRAY

Oublié tout à fait. A ta santé, concierge, car il n'y a que toi qui ne m'oublies pas.

LE CONCIERGE

Dam ! je suis payé pour cela.

DE BRAY, portant le verre à sa bouche. Qu'est-ce que ce greffier qui sort d'ici ?

LE CONCIERGE

Il vient de lire sa sentence à un condamné.

DE BRAY

A mort ?

A mort.

Pourvoi rejeté?

LE CONCIERGE

DE BRAY

LE CONCIERGE

Il n'a pas voulu se pourvoir. C'est un gaillard; il s'est dit : (( Quarante jours de plus ou de moins dans la vie d'un homme, quand on en est arrivé là, c'est plus la peine d'en parler, autant en finir tout de suite. »

DE BRAY

Diable, c'est rare, ce courage-là.

LE CONCIERGE

Chez les condamnés politiques, cela arrive quelquefois ; chez les assasins, ça n'est pas si commun.

ALEXANDRE DUMAS ISl

DE BRAY

C'est un assassin ?

LE CONCIERGE

Oui ; dans un moment de mauvaise humeur, il a tué sa maîtresse.

DE BRAY

Sa maîtresse !... Et quel est le nom de ce jeune homme ?

LE CONCIERGE

Georges Burlc.

DE BRAY, se levant.

Georges Burk, dis-tu, Georges Burk!... Et on l'exécute ?

LE CONCIERGE

Aujourd'hui, à quatre heures.

Une lieure... il est une lieure!... (Il retombe sur sa chaise.) Ah! Georges Burk!... Catherine, Catherine, comme tu dois me maudire !... Si j'avais été libre, je l'aurais sauvé, le malheureux!... Insensé, je parle de mon pouvoir, et je suis sans ressources pour moimôme...

— Ah! Georges, pourquoi n'ai-je pas su plus tôt que tu étais mon fils !... Il était écrit là-haut qu'il finirait dans le sang, sur un échafaud, lui, Georges, lui, mon fils !... et moi.. (Il laisse tomber sa tête dans ses mains.)

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