X\II INTRODUCTION
se lasse jamais en leur compagnie, même quand ils ne font pas court. Dans ce labeur immense, il garde l'allégresse et la vie. Il croit et s'attache à ses héros. On conte qu'il pleura de chagrin, quand il lui fallut tuer Porthos, pour en finir. Ne fut-il pas lui-même Monte-Cristo pendant un temps"? Soit qu'il évoque, soit qu'il imagine, Dumas ne cherche pas la grandeur de l'effet par l'abus de la description. Il peint un peu gros, comme on brosse des toiles de fond, pour le regard peu raffiné du public. Au surplus, c'ost encore et toujours le mouvement, l'action qui nous attirent à, ses personnages nullement compliqués. N'oublions pas l'esprit, qu'il a dru et gai, un esprit de santé et de force. A l'ordinaire il écrit par petites phrases, souples, non hachées, coulantes, avec quelques reprises sans gêne, comme : « dis-je » ou : « alors, dis-je », quand par hasard la période s'allonge sans sutures, sans transition visible. C'est d'une bonne trame plaisante à l'œil. Il improvise, il s'emploie, il est fécond, il est aisé. M. Blaze de Bury compare ce style à celui de Walter Scott : Dumas, s'il n'est pas plus correct, est autrement alerte, quand il ne sommeille pas, et alors qu'il ne tire pas trop à la ligne. Il n'a point de style; mais il a tant de talent naturel, que c'est bien du génie.
A vrai dire, les improvisateurs de cette encolure sont des artistes créés à l'usage du peuple, que Dieu fit simple et crédule, ami de l'audace et des torses