M. D AYRIGNY AU CURE DU VILLAGE
DE VILLE- D'A Vil A Y
« Monsieur le curé,
» Ma lille va mourir et voudrait, avant de s'en aller à Dieu, revoir son père spirituel.
1. Ou trouvera dans ces pages la plupart des éléments qui constituent l'émotion romantique : passion et phtisie, l'amour
âgé et l'amour jeune (cf. Hernani), science, scepticisme, foi, prière ; et l'insensibilité île la nature, les étoiles, le printemps,
» Venez donc au plus tût, je vous prie, monsieur le curé; je vous connais assez pour ne pas vous en dire plus et pour savoir que lorsque quelqu'un souffre, et dans sa souffrance vous réclame, il n'y a qu'à vous crier : Venez!
» J'ai aussi un autre service à réclamer de votre bonté; ne vous étonnez pas de la nature decelui-là, et oubliez, je vous prie, monsieur le curé, qu'il vous est demandé par un homme qu'on appelle, bien follement, allez, un des plus grands médecins de notre époque.
» Ce service le voici :
» Nous avons à Ville-d'Avray, n'est-ce pas, un pauvre pâtre nommé André, qui a la réputation d'avoir des recettes merveilleuses, et qui, au dire des paysans, par la simple combinaison de certaines plantes, a rappelé à la vie des gens dont la Faculté avait désespéré.
» J'ai entendu dire tout cela; je ne l'ai pas rêvé, n'est-ce pas? Mon peu de mémoire m'est permis.
» C'était dans un temps de bonheur et par conséquent d'incrédulité, que j'ai entendu raconter toutes ces merveilles.
» Amenez-moi cet homme, monsieur le curé, je vous en supplie.