‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 135 sur 188 · Le Siècle. I\o du 13 février · texte numérisé non relu

Le Siècle. I\o du 13 février

sa vaisselle dont une dos grosses pièces figure parmi les rares épaves de sa succession chez son descendant actuel. Plus que d'être belle, la prétention nobiliaire fut la grande vanité de sa vie. M. du Ilays n'a-t-il pas assuré même « qu'une main puissante » avait l'ait établir à son nom « un diplôme de duchesse pour qu'elle pût assister à des bals et des mariages de Cour»? Enchérissant sur cette afhrmation, M. Soreau n'ajoute-t-il pas « que les maires de quelques cominunes reçurent l'ordre de produire des pièces fausses » pour la justification de ce document « d'ailleurs très authentique » ? Mais sommes-nous ici dans la vérité ou dans la légende, et quand un correspondant de V Intermédiaire des Chercheurs nous apprend que « la Dame aux Camélias employait un papier timbré d'une couronne de duchesse au-dessus des initiales M. D. P. en lettres gothiques ^ », quelle preuve nous donne-t-il, si ce papier ne s'accompagne pas d'un autographe, qu'il ait appartenu à Marie Duplessis?

Certes, tout en elle la signait duchesse pour ceux qui ne la connaissaient pas. Mais, comme disait Théophile Gautier, « son duché existait en Bohême, au pays des Sept Châteaux dont Nodier a écrit la légende ».

Comtesse, elle eut quelque vraisemblance à y prétendre ; elle en tenait une preuve qu'elle

1. L'Intermédiaire des Chercheurs cl des Curieux. N" du 30 juillet 1905,

jugea suffisante pour se targuer du titre avec assurance. Diverses factures de l'année 1846 que contient le dossier Charavay sont au nom de « M"^® la Comtesse du Plessis », orthographié également « de Plessy » et « de Plaissy ».

Cet anoblissement de son nom de famille songea-t-elle alors à le légitimer, ainsi que le rapporte Vienne, en acquérant le château du Plessis, situé en la commune de Nonant? Ce fut certainement un rêve sans lendemain, car le château du Plessis était encore, en 1847, la propriété d'un certain M. Fouquet ^.

Comtesse, elle eut ses armes. On peut les lire sur le papier à lettres de couleur, encadré d'un filet ton sur ton, qu'elle employait dans les derniers temps et dont quelques feuilles — un billet de Marie au D"^ Davaine pour le prier de passer chez elle, et trois ordonnances médicales — figurent parmi les documents rassemblés par M. Edouard Pasteur.

L'écu armoriai qu'elle se fit composer aux supports d'un léopard et d'une licorne portait « d'argent à trois chevrons de sable, au chef d'argent chargé d un lézard de sinople se mirant dans un miroir d'or ».

C'est par erreur que M. du Hays le donnait

1. Le château du Plessis avait été vendu le 23 inars 1802 par la dernière dame de Plessis, trois jours avant sa morl, à M. Landon-Duperré. Le 18 mai 1826, il passait aux mains de M. Fouquet.

(Cf. Cii. Vérf.l, Le Marquisat de Nonant (in-S". Alençon, 1908.)

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« fVargent à trois bandes de sable ». Erreur d'autant plus grave qu'elle dissimulait le lien héraldique par lequel Marie Duplessis entendait affirmer son alliance avec les Perrégaux. Originaire de Genneveys-sur-Cofîrane, enWalengin, cette famille portait, en effet, « d'argent à trois cheçrons de sable ». Et d'autre part, le blason d'Alphonse-Claude-Charles-Bernardin Perrégaux, fait comte de l'Empire, sur institution de majorât, par lettres patentes du 21 décennbre J808, était : « Coupé au I, parti d'azur et de gueules à la branche échiquetée d'or et d'azur ; au II, d'argent à trois chevrons de sable ; au franc quartier brochant des comtes officiers de la maison de l'Empereur ^. »

Quant au lézard que Marie avait ainsi broché sur l'écu originaire de la famille, M. du Hays affirme qu'il tenait son emblème d'un lézard vert rapporté d'Italie à la jeune femme quand elle n'était encore que grisette. Comnne il provenait d'une bohémienne, elle y avait attaché la vertu d'un talisman.

Anoblie et titrée, Marie Duplessis n'en fut ni moins aimable pécheresse ni courtisane moins en vogue. Et ce fut là, aux yeux de M. du Hays la disgrâce de cette existence dont quelque « fatalité » avait ourdi la trame. Cette femme méritait mieux. Il l'avait connue fillette

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