‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 136 sur 188 · V'« Révérend, Armoriai du l'"'' Empire (in-4o · texte numérisé non relu

V'« Révérend, Armoriai du l'"'' Empire (in-4o

au village, parée d'un attrait d'innocence qui, voilant de pudeur les troublantes promesses de sa beauté, semblait annoncer les aspirations tranquilles d'une nature sans vice. L'existence où l'avait traînée un enchaînement inexorable de circonstances, « n'avait jamais été pour elle qu'une coupe de fiel ; ayant l'air heureux, elle ne songeait qu'à se relever et à sortir de cette misère ». Tout avait manqué à ses efforts, et au lendemain de « la cruelle trahison », « n'y tenant plus, désespérant du ciel, du sort et d'elle-même, elle se jeta dans la dissipation et les veilles, et elle y laissa bientôt la vie )).

On pourrait croire ce jugement dicté par la générosité d'un souvenir qui s'attarde aux impressions de prime jeunesse que notre naïveté et notre foi d'enfant drapent toujours d'azur. Mais d'autres ont eu le même apitoiement pour cette femme qui leur paraissait supérieure à la condition où l'avait précipitée l'abandon de ses jeunes années. La détresse morale qui se cachait sous des dehors trompeurs ne leur a pas échappé.

Celui qui signe l" Anglais à Paris et qui, sans avoir été de ses soupirants, la rencontra fréquemment de 1843 à 1847, avait surpris en elle des désespoirs secrets qui cherchaient un refuge auprès d'une amitié confiante. Qui l'approchait cessait de s'abuser sur ce qu'affichait l'insolence de ses succès. Les adorations qui

brûlaient à ses pieds, après l'avoir grisée, ne lui laissaient, comme à Marguerite Gautier, que le tardif regret « d'une existence plus calme », parmi les senteurs fraîches dont s'était embaumée son enfance. Les hommages finissaient par l'irriter, et d'autant plus qu'ils se montraient plus pressants ; on sait comment elle traitait AI. de Van^ille ^.

Au comble de ses prospérités, elle n'en éprouve plus que le vide : « à force, observe Janin, d'avoir vu ses affections brisées, à force d'obéir à la nécessité de ses liaisons éphémères et de passer d'un amour à un autre amour..., elle était devenue indifférente à tout. »

Et rejoignant ici l'opinion de M. du Hays, M. Jules Claretie, qui certainement avait confessé Dumas, nous dit « qu'elle eut la nostalgie de la paix, du calme et de l'amour », C'était une âme de grisette qui s'accommodait comme elle pouvait de son corps de courtisane.

« Votre conversation de cette nuit m'a intéressée ; mais y a-t-il rien de vrai dans ce qu'un homme dit au bal de l'Opéra à une femme qu'il désire? Pourtant, si vous avez été sincère, je vous prouverai que je ne suis pas moins franche que vous. » Ainsi, son pauvre cœur portant le deuil des joies qu'elle vendait s'en aîlait-il mendiant sur les marchés de l'amour l'aumône d'une affection.

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