Montjoyeux. Article de la Lanterne, op. cil
qui suivirent le convoi. Il n'en cite qu'un en toutes lettres, Tony, le marchand de chevaux. Les autres, il les désigne ainsi : Olympe A..., Edouard D..., Edouard P... — Le masque est assez transparent pour trahir Olympe Aguado, Edouard Delessert et Edouard Perrégaux. — Si cette liste d'amis est exacte, elie n'est en tout cas, pas complète. Car Vienne assistait bien aux funérailles, ainsi, qu'il le dit. Il signa même, en qualité de témoin, sur le registre de la Madeleine, à l'issue de la cérémonie religieuse, comme il ressort de l'acte ci-dessous :
(^ L'an mil huit cent quarante-sept, le cinq février, le corps d'Alphonsine Plessis, âgée de vingt-deux ans, dix mois, décédée, boulevard de la Madeleine, n*^ 11, de cette paroisse, a été présenté en cette église, en présence de MM. Vienne (Frédéric-Romain), rue Feydeau, n^ 30, et Privé (^Pierre), boulevard de la Madeleine, nO 11, lesquels ont signé avec nous ^. »
On a vu que dans l'annonce du décès il n'y a nulle mention du titre de comtesse. Pourtant
1. Archives de la paroisse de la Madeleine. Dans son livre, Romain Vienne donne, pour son adresse à cette date, 5. rue Favart.
une circonstance fortuite permit, paraît-il, à cet orgueil du rang, que Marie DupJessis avait tenu secret depuis qu'il était satisfait, de se manifester publiquement « à l'heure où toute vanité s'éteint ». Eugène Guinot nous raconte, en effet, qu'au service, « sur les tentures de deuil qui tapissaient l'église, figuraient de larges écussons portant les lettres initiales des noms de la défunte, surmontées d'une couronne de comtesse ». Et un autre journaliste, Matharel de Fiennes, glosant sur cet événement bien parisien, ajoutait cette explication : « On venait de dire une messe de mort pour une grande dame, une comtesse, morte aussi la veille. La pompe déployée pour la comtq^sse servit à Marie Duplessis. » Il arrive, certes que deux cercueils se rencontrent à la porte d'une église et que le plus pauvre passe sous les tentures disposées pour le plus riche. Sans doute en fut-il ainsi pour notre héroïne. Le jour de ses funérailles, furent célébrées à la Madeleine, celles de la comtesse d'Augier, du comte d'Escherny, et, coïncidence singulière, celles d'un vieillard qui habitant la maison même de la courtisane, avait même initiale du nom, M. Ducamp de Bussy.
La pauvre fille eut, de toute manière, un service convenable, puisque les frais de la cérémonie s'élevèrent à L354 francs ^.