‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 165 sur 188 · Archives du cimelièrc Monlmartre · texte numérisé non relu

Archives du cimelièrc Monlmartre

Ce tombeau à revêlcmonts do marbre blanc, et surmonté de l'urne cinéraire, porte gravés sur l'une de ses faces latérales ces mots :

Ici repose

Alphonsine Plessis

Née le 15 janvier 1824,

Décédée le 3 février 1847.

De Profundis.

Il fut exécuté par M. Robichon, marbrier.

L'entretien en est présentement assuré par M. Bourdon, pour le compte de M. Ernest d'Hauterive, gendre d'Alexandre Dumas fils.

Pendant de nombreuses années, la comtesse Néra de la .Tonchère, aujourd'hui décédéc, fit de cette tombe un lieu de pèlerinage quasi journalier, et de son entretien une manière de culte dont nous n'avons pas su les raisons.

Tout le monde en connaît l'emplacement dans l'avenue Saint-Charles {ib^ Division, 4^ ligne, n° 12), proche voisine de la tombe abandonnée d'Alfred de Vigny. Il fut procédé à l'exhumation et à la translation le 16, jour du mardi gras, circonstance qui ajoutait encore à ce qu'a de tragique une telle cérémonie et de poignant la scène décrite par Dumas. Il ne reste plus trace du procès-verbal établi par ceux qui en furent les témoins. Elle se déroula sous un ciel bas et sombre qui, dans l'aprèsmidi, creva en trombes torrentielles sur la calvalcade du Bœuf gras. C'était pitié que le cortège de cette mascarade, sous un déluge qui faisait ruisseler sur leurs oripeaux la détrempe de plâtre et de fards de ces figures de carême. Dans la nuit, à tous les coins de Paris, cent orchestres endiablés menèrent avec entrain, dans la cohue des rondes et des galops, les funérailles du Carnaval.

Sous le marbre du tombeau, le corps de Marie Duplessis repose en pleine terre. La hâte étrange apportée à la nouvelle inhumation ne laissa pas le temps nécessaire à la construction d'un caveau. Cette hâte paraîtrait légitimer les représentations de Romain Vienne qui, agissant, ainsi qu'il le dit, au nom des héritiers par procuration générale, déclara contestable le droit de M. Perrégaux et entachée de nullité l'autorisation qu'il avait obtenue.

Sa protestation s'accompagna d'une dé-

marche auprès de M. Delessert, alors préfet de Police ; mais finalement, le différend se régla par une demande en forme que le vicomte fut tenu d'adresser à la famille. Entre temps, d'ailleurs, l'héritière, Delphine Paquet, à qui la tutelle et l'agitation de Vienne, toujours en quête de querelles, avaient été bien vite une gêne, s'était débarrassée de lui. Et toutes les instances qu'il avait engagées de sa propre initiative, celle-ci et d'autres, furent abandonnées.

Il est cependant présumable que le vicomte de Perrégaux avait, devant l'Administration, appuyé de son acte de mariage la revendication de ce qu'il pouvait considérer à juste titre comme son droit. Les pièces du procès ont disparu ; mais la chicane ombrageuse de Vienne semblera pour le moins déplacée à l'égard d'un gentilhomme qui accomplissait un devoir d'affectueuse pitié, en assurant à la dépouille lassée de la pauvre Marie l'abri éternel de son repos.

— « Maintenant, écrivait Dumas, quelques jours après cette translation.

Maintenant, vous avez, parmi les fleurs, Marie,

Sans crainte du réveil le repos désiré !

Le Seigneur a soufïlé sur votre âme flétrie,

Et payé d'un seul coup le sommeil arriéré ^ !...

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