Lettre à M. du Camp
2. JlociiEULAVE, Une amitié romanesque. Re^'ue de Paris, (15 décembre 181)4).
MARIE DUPLESSÏS 41
Le coup d'État eilcuilla les dernières floraisons de la sensibilité romantique sur le cercueil de l'humble pécheresse de Nouant.
La mort la racheta d'une vie courte et manquée par une résurrection qui aurait de quoi surprendre si on ne la rattachait aux défaillances d'un sens moral abâtardi par un demi-siècle de rêveries, d'effusions lyriques et de larmes. Une comédienne également jeune et belle, blonde autant que Marie Duplessis avait été brune, mais comme elle grande, svelte et élégante, Eugénie Doche, fit courir tout Paris à l'agonie de cette fille. Jamais Ary Scheffer, le peintre « de la grâce et de la morbidesse », le maître évocateur des plus suaves créations de Dante, de Goethe et de Byron, « n'avait posé sur un oreiller de dentelles, de l'avis de Gautier, une tête plus idéalement pâle ^ ». Durant cent représentations, ce furent « des spasmes, des douleiirs et des crises ^ ». Une pluie de bouquets que les femmes « arrachaient de leur sein, tout baignés de larmes » s'abattant aux pieds de l'actrice, étaient autant d'offrandes de la pitié à l'héroïne dont les amants avaient refusé des couronnes à sa tombe ^. Fortunio qui eût donné ses droits de citoyen pour voir sortir du bain Julia Grisi, ne manqua pas de s'étonner qu'un artiste n'eût pas