HENRY D. DA VRA Y
Monument de la Révolution au Panthéon (Dernier projet, érigé actuellement),
Croquis du dernier projet du Monument de la Révolution (Panthéon).
La Bretonne '
Quelques coups de ciseau, le grain de la pierre rude à peine écrasé, et sur le fond rugueux se détache le profil d’une étrange beauté.
Etude i>our le projet du Monument de la Révolution au Panthéon.
Tête de Bretonne (Restaurant Lavenue).
Sans le secours d’aucun artifice, en dehors de quelque procédé d’école, grâce à des lignes simples exprimer un caractère, une race, des atavismes, tel me semble être l’art de Falguière, et ainsi la Beauté surgit naturellement sous ses mains habiles.
Car c’est toute la Bretagne même que symbolise le profil de cette jeune fille bretonne : la naïveté d’une race demeurée primitive malgré les civilisations est dans l’expression calme des traits, et sous l’épiderme frissonne la vie robuste du peuple marin et paysan, nourri des effluves vivifiants de l’océan, et d’un air qui a passé par-dessus les landes de genêts odorants. Les lèvres charnues comme un fruit savoureux appellent de robustes baisers. Mais, je suis surtout attiré par l’intensité du regard fixé sur les horizons lointains, scrutant l’immensité des océans : mélancolique et presque de prière, il atténue l’expression de vie un peu brutale, et c’est aussi la traduction de la foi puissante qui anime la race. Je crois voir la jeune Bretonne, du haut d’une falaise, cherchant à apercevoir le point blanc de la voile espérée, et il me semble que ses lèvres murmurent quelque vieille chanson gaélique, à la fois complainte et prière, où elle demande à la Vierge de protéger son fiancé qui est parti, là-bas, sur la mer cruelle et traîtresse.
Et dans le décor pittoresque où je rêve, j’imagine
(i) Au restaurant Lavenue.
qu’un peu semblable parfois doit être cette Bretagne mystérieuse, et l’évocation de l’agréable figure augmente mon illusion d’un charme qui me fait aimer plus encore le créateur de tant de chefsd’œuvre.