PRÊTRE DE TOUS LES DIEUS
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Aperçus divers à propos de la Sculpture
( fragments)
...Sans se perdre dans des considérations sans fin, prises à l'époque présente; sans égrener l’interminable chapelet des déductions tirées des faits et gestes passés : ce qui ferait rétrograder l’art jusqu’aux temps nébuleux et im- • précis où la vie animale se manifesta pour la première fois, il me semble que tout acte procréateur trouve son explication, simple, suffisante et immédiate quand on en établit les corrélations ..
...Il y a un incessant coït entre les êtres et les choses. Toute manifestation ayant abouti est un désir assouvi.
Quand ce désir est commun à deux êtres de même espèce, et qu’il s’exauce concomitamment, la manifestation procède de ceux qui l’ont réalisée. Quand, d’autre part, ce désir doit être assouvi, soit par deux êtres dissemblables, soit par un être visiblement actif et un objet apparemment inerte, la manifestation prend alors et peut prendre des aspects inattendus.
Nous avons ainsi des manifestations supérieures de beauté que je récapitulerai et énumérerai, dans l’ordre de mes préférences, ainsi : Poésie, Musique,
Sculpture, Peinture. Cela n’est pas la preuve qu’aucune ait le pas sur l’autre; cela n’est pas en progression décroissante ou croissante; mais si cela était, la raison en serait infiniment petite: la distance, exprimée concrètement, qui sépare les deux termes extrêmes, le premier et le dernier, Poésie et Musique, échappe à tout contrôle matériel, à tout
instrument manipulable. La pensée seule peut-être y saisirait, après recherche, la légère nuance différentielle.
Cependant, dira-t-on, il y aclassement; par conséquent, s'il y avait à décider un sacrifice de trois termes sur quatre...
J’en demande pardon; mais à cette question, si on me la faisait, je répondrais par la suivante, qu’on adresse quelquefois aux petits enfants : Qui préfères-tu, ton père ou ta mère?
L’enfant est presque toujours embarrassé, surtout quand il n’a pas de raisons majeures à sa préférence...
Or, M. Josse est orfèvre.
Dans le domaine de la pensée, la sculpture est, de toutes les manifestations d’art, celle où les sens ont le plus de part effective dans le coït cérébral.
Le beau qu’ici l’artiste réalise révèle plus indiscrètement les préoccupations de son créateur. Un sculpteur ne peut pas faire froidement son œuvre. Il n’y met pas une part de soi-même; il s’y complaît tout entier, et, pour un peu,' nous pourrions y découvrir ses passions et ses ardeurs originaires.
Il me serait facile d’appuyer par des exemples ce que j’avance plus haut sur le coït de deux êtres dissemblables.
Puisqu’il s’agit de la sculpture (mes dires étant précédés de ceci : Dieu et la Terre, — manifestation première :
l’Humanité) je prendrai cet exemple :
Bas-relief en terre cuite pour la décoration extérieure de la maison du baron Vita, à Évian. VII. — Faune et Bacchante jouant.
Entre l'Homme et la Terre, à l’imitation de Dieu : la Sculpture (une des quatre manifestations connues).
... Car il ne faudrait pas croire que les seules manifestations d’art types sont au nombre de quatre. 11 y en a une que nous pouvons dès maintenant imaginer, c’est celle où la vie serait donnée directement par l’Homme à l’œuvre d’art créée exclusivement par lui tout seul.
Les artistes grecs, qui plus que nos modernes fréquentaient chez les dieux, eurent plus que nous le sentiment de la divinité, d’où : les Héros. Les anciens raillaient les dieux d’une manière combien plus amusante que nos athées! et ils les aimaient combien plus fervemment que nos tartuffes et nos dévots!
Et comme ils les concevaient en dehors de toute souffrance humaine, la ligne n’exprimait jamais que la joie, la quiétude ou le bonheur; même quand les dieux étaient jaloux, trompeurs, traîtres ou méchants; même quand les artistes anciens les représentaient tristes; car la tristesse de leurs dieux étaient si au-dessus de la leur qu’ils faisaient désirer d’être triste comme les dieux.
Les artistes grecs mentaient donc un peu à la Terre en flagornant l’Olympe.
Ils jouissaient de l’existence à laquelle ils forçaient leurs dieux de s’associer, et les dieux obéissent souvent au rêve de calme beauté des hommes.
Nos artistes modernes, et entre tous Falguière, me paraît préoccupé exclusivement de la représentation de la vie.
Au contraire des anciens qui revêtaient de divinité les formes humaines, il infuse la vie vivante dans les formes pures; il imprime à la ligne une déclivité vers la Terre.
De l’épi de blé qui se dresse vers le ciel, Falguière n’oublie jamais que les grains doivent féconder la terre et que le rêve seul appartient à la tige.
Pour atteindre le beau, ne fouiller le passé que pour s’instruire et accomplir autre chose; quelle que soit la forme de la traduction de la pensée, faire des hommes beaux comme des dieux et non les dieux beaux comme on rêverait que soient les hommes.
Et je m’explique le courroux et la bile
de certains critiques d’art aux débuts de l'artiste occitanien.
Sans être prophète, on peut lui prédire que la postérité sera aussi juste pour lui que nous le sommes pour nos aïeux.
Si ceux-ci sont grands — je parle de ceux dont la mémoire a mérité d’être conservée par les hommes — c’est qu’ils étaient l’expression présente et avantcourrière du peuple qui les aimait.
Et si certains de nos sculpteurs seront oubliés, c’est parce qu’ils auront été des imitateurs serviles du passé, d’un passé que nous connaissons mieux par les contemporains qui en ont dit et chanté l’âme qui était la leur.
... La Sculpture est une manifestation du désir qui nous fiert de devenir des dieux.
PAUL REDONNEL.
(Bas-relief en terre cuite pour la décoration extérieure de la maison du baron Vita, à Ëvian). VIII. — H y las attiré par les Nymphes
table;des illustrations
Frontispice en couleurs d’EUGÈNE GRASSET, en regard du titre.
Couronne offerte par la Presse pour les funérailles du tsar Alexandre II] .
Alexandre F aiguière dans son atelier
Monument de la Révolution ; couronnement de l'Arc
de Triomphe (croquis) 8
L’Arc de Triomphe au moment de la mort de Victor Hugo 60
Le Vainqueur au Combat de Coqs 9
Monument de Pasteur vu de face (esquisse). . . io
— vu de dos . io
La Poésie héroïque n
Croquis pour le plafond du Capitole à Toulouse . . 12
Le poète Goudelin 13
Suite des bas-reliefs en terre cuite pour la décoration extérieure de la maison du baron Vita :