‹ Alexandre ier et le prince Czartoryski; correspondance particulière et conversations, 1801-1823Chapitre 13 sur 20 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

rebelles, de passer le niveau sur tout un peuple, sur toute une société, en exteft-minant ou déportant en masse les habitants, en détruisant la langue, l'éducation nationale, la religion, en bouleversant toutes les conditions économiques, en enflammant les passions serviles.

L'empereur Alexandre P' eut des velléités intermittentes, ce qu'on pourrait appeler des fantaisies de justice qui le rapprochaient de l'Europe, de la civilisation occidentale; la politique russe actuelle se précipite dans une véritable invasion barbare, elle rompt avec l'esprit européen, et elle s'en vante du reste. D'un seul coup, elle dépasse tout ce qu'à pu faire l'empereur Nicolas, qui lui-môme fut le premier à renier le droit aussi bien que les engagements de son frère Alexandre; elle accumule de nouveaux malheurs et des excès que u'avait point imaginés le dernier tzar, d'autocratique mémoire. Elle ne réussira pas mieux que lui, parce qu'elle a affaire à une de ces puissances que la force se flatte d'enchaîner, qu'elle ne dompte jamais : la conscience d'un peuple.

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Quant au prince Adam, qui, d'intelligence, de coeur et d'action, avait été mêlé pendant plus de soixante ans aux crises de sa patrie, il avait évidemment ressenti en lui-môme le contre-coup de tant d'événements. 11 avait renoncé sans doute avec peine à ces confiantes illusions conçues dans les jardins de la Tauride ; il ne pouvait avoir l'ingénuité de s'y attacher lorsqu'elles étaient démenties par les plus cruelles ^ réalités. Il avait cru longtemps, il est vrai, à la possibilité d'une transaction ; à mesure que les événements se déroulaient, il cessait d'y croire. Il avait rompu tout rapport avec l'empereur Alexandre avant que ce prince fût mort. Sous l'empereur Nicolas, il devenait un exilé. Il ne voyait plus d'autre issue pour la Pologne que la récupération pleine et entière de son indépendance; mais le problème des destinées de son pays s'agrandissait et se compliquait par cela même dans son esprit; car, s'il gardait sa foi patriotique, s'il ne croyait plus à la possibilité d'une transaction, il ne pouvait, d'un autre côté, avec son expérience des choses, se dissimuler l'immense difficulté

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d'une solution plus radicale , d'où affranchisàértient complet.

Et ce qui est caractéristique chez le prince Adam Cîartoryski, c'est que , même en sentant plus que d'autres peut^tre ces difficultés, métne en constatant avec tristesse quelquefois l'inutilité de ses appels à l'Europe^ et tandis que la Pologne restait encore muette sous le poids d'une oppression sans limites, il ne se laissa jamais atteindre par le découragement. Le commentaire le plus juste, le plus éloquent du rôle que le prince Adam Czartoryski avait cru devoir accepter autrefois vis-à-vis de l'empereur Alexandre, ft'est-ce point cette vie d'émigré où, étant sans illusions, il se défendait de toute défaillance, et où, sans apercevoir distinctement un retour prochain de for* tune pour sa patrie, il ne cessait néanmoins de travailler, tenant son âme ferme et modérée au-dessus dés déceptions? Cette vie aurait pu se résumer dans le mot de l'empereur Sévère : Laboremus/ mot simple et d'une gràvilé touchante, fait pour rallier, fortifier et î^elever les émigrations, surtout dans les moments

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OÙ elles sont le plus éprouvées, où îl ne leur reste plus qu*à opposer une invincible foi patriotique, un sentiment commun et incorruptible de la justice et de la liberté, aux insultantes victoires de la force.

Ch. de Mazade

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