‹ Alexandre Ier et le prince Czartoryski; correspondance particulière et conversations, Czartoryski, avec une introdChapitre 15 sur 22 · L'EMPEREUR ALEXANDRE I · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR ALEXANDRE I

Que ne donnerais-je pour qu'on réussit ici à complaire à monseigneur lo grand-duc et à remplir à cet ('gàTcl les désirs de Voire iMajeslô! mais la chose est ajjsoluinent impossible, et, s'il reste ici, j'appréhende, au cuntiairc, les [dus irisles résultats. Déjcl, dans mes lettres précédentes, j'ai pris la liberté d'entretenir Votre Majesté de la nécessité de mettre de l'ordre et de l'économie dans l'administration de l'armée, comme dans les auties parties du gouvernement. Aujourd'hui, ma conviclion à cet égard est encore plus positive.

L'appel au quartier général de monseigneur le grandduc, qui ne cesse de se plaindre très-::mèrement d'avoir été délaissé ici et demande hautement à être libéré de la punition, dit-il, que Votre Majesté lai a infligée, l'établissement d'un ministère de la guerre en place du comité et la nomination du général Witgenstein au commandement en chef daiiS le royaume, — telles sont les mesures qui me semblent les plus faciles, les plus convenabli s tt les plus urgentes h prendre.

Sire, le temps presse, chaque heure peut donner lieu à quelque esclandre, à quelque catastrophe, dont l'idée me fait trembler.

Monseigneur a l'air de ne vouloir rien ménager, et, d'après sa manièrs .c!.'?gii', l'on croirait qu'il a l'inten-

lion de pousser les choses à bout. Un ennemi ne pourrait nuire davantage à Votre ^iajesté Impériale. — Elle trouvera ci-joint un projet de décret rédigé d'après les idées ci-dessus, et une liste de personnes à choisir pour le ministère de la guerre. — Si môme Votre Majesté Impériale jugeait nécessaire la présence du grandduc dans ce pays, qu'il y revienne uniquement comme commandant en chef des troupes, et non conmie administrateur et juge.

Dans une autre lettre, j'ai délaillé quelques faiis qui devraient, selon l'avis de mes collcgiies, être l'objet d'un ofTice du gouvernement; ici, j"ai osé dire davantage. — Si j"ai mal faii, j"en serai au désespoir; mais je n'aurai rien à ms reprocher, et Votre Majesté Impériale aura su la vériLô.

Daignez, sire, avoir pitié de Erukowieçki ; il y a trois mois qu'il est aux arrèîs; on n'a pas réuni un conseil de guerre pour juger sa fauîe, et ce serait superflu aujourd'hui, puisqu'il a été déjà puni par d'aussi longs arrêts. — Tout ce qu'il demande, c'est d'être mis en liberté, et que son affaire avec Sokolmçki soit jugée d'après les luis qui existaient lorsque le délit a été commis, et lorsqu'il a fait des réclamations. — Je crains bien que la justice, dans cette circonstance, ne

2';C i;i:.Mi'Klii;il'. AI.KXAiNbllK I '

soil en (l(TiLii(, pui'cc ([uo Jiioiisoigneui' le ^raiid-duc cToil (|!i(,' la jii.-licc c'Sl souruisc à la subordinatiuji ul qu'on pi'Lil urdurincr uiio sentence.

Pmjii Oc di'c rel proposé à Sa Majeslc Impérlali'.

Le prand-duc Constantin, quittant le coTTimandement de Tarniée afin de se mettre à la tête de nos gardes, j'ordonne sur sa présentation ce qui suit :

Le commandement de Tarmée restera provisoirement confié au plus ancien général, dans le comité militaire.

Le président du comité militaire s'entendra aycc le général Muiler sur le mouvement des troupes et sur la police de rarniée.

Le comité entrera en rapport direct avec nos lieutenants, à relFel d'établir un ministère delà guerre faisant partie du gouvernement, conformément aux bases de la constitution.

Un projet définitif, s'ils ne s'accordent pas, me sera présenté à ce sujet avant six semaines.

ET LE PRIXGE CZARTORYSKI 2r;7

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKI A L EMPEREUR

Ce 31 juillet 1815.

Sire,

La position du gouveniomcnt de Votre Majesté Impériale dans ce pays est devenue, sous un certain rapport, depuis quelque temps, infiniment pénil)Ie et difficile. — Pour mettre à cet égard sa responsabilité à couvert, je me vois forcé de porter à votre connaissance, sire, des détails dont j'aurais souhaité u'avoir jamais à parler.

Un grand nombre d'oUlciers de tout grade ayant

2ri8 L'EMPEREUR ALEXANItliR I'

sollicih'' cl ohiciiii Inir (h'missidri iiltsolno sons l;i Ibiiiic (lo coii^x; illiniilr, ros individus so sont frns rcntrOs dans la classe commune) dos ciloyons, avec d'autan l plus de raison qu'ils n'ont conservé ni paye ni devoir, ni même expectative militaire. — Cependant Son Altesse Impériale monseigneur le grand-duc, dans plusieurs occasions, s'est exprimé et a procédé envers des individus de ce genre, comme s'ils étaient encore au service militaire. — Notamment, Son Altesse Impériale ayant fait traduire devant un conseil de guerre le capitaine congédié Stamirovski, et le conseil de guerre s'étant déclaré à deux reprises incompétent pour juger un homme qui n'est plus militaire, monseigneur l'a condamné sans jugement à six mois de prison dans la forteresse de Zamosc. — Chargé de la protection des citoyens, et de l'exécution des ordonnances de Votre Majesté Impériale, que doit faire son gouvernement dans des cas pareils pour être exempt de tout reproche? Daignez, sire, lui faire connaître votre décision suprême, — si les ci-devant militaires ayant des congés illimités, et que le grand-duc lui-même a reconnus pour des démissionnaires, doivent encore défendre des autorités militaires.

Monseigneur le grand-duc a déjà fait adresser pin-

ET LE PRINCE CZARTORYSKI 2o9

sioiirs fois au guuvcrnemcnt riiilimation d'amener devant lui des employés civils, sous-préfels, maires, etc. Dernièrement, monseigneur a infligé les arrêts au président de la ville de Varsovie.

Il y a quelques jours, à la suite probablement de l'affaire de Stamirovski, un arrêté a été publié sans que cette disposition législative ait passé par le comité militaire. — Au moyen de cet arrêté, monseigneur le-grand duc pourrait traduire devant un conseil de guerre tout individu quel qu'il lut, et le jugement devrait avoir lieu du moment qu'il l'aurait ordonné.

Quelque hommage que le gouvernement provisoire rende à Son Altesse Impériale, comment pourrait-il ne pas reconnaître que des traitements et des dispositions semblables sont contraires aux règles établies dans tout pays, pour le maintien de l'ordre et la sûreté publique, et que spécialement ils sont en opposition directe, soit avec les anciennes ordonnances de police, soit avec les bases constitutionnelles que Votre Majesté Impériale vient d'accorder à ce pays? Les suites fâcheuses qui doivent nécessairement découler d'une contradiction aussi manifeste entre les paroles sacrées de Votre Majesté à peine proférées, et les faits qui l(>s ont immédiatement suivies, n'ont

260 i;K.Mi'i:i(i':ri{ aliixandhk v

]);is iii[iii(|ii(' (l(; ria|i|i('i' cl (r;il;innci' le .Ljouvt'i'nciiieiit provisoire. — l'la(('s cnhc iidlrc (l('V(jir envers Voln; Majesté Impériale cl noire res|)ecl envers son aiigiisle frère, nous n'avons d'autre moyen de satisfaire à tant de considérations qu'en portant le tout à votre connaissance, et en vous suppliant, sire, de mettre votre gouvernement à môme de soutenir tout ce qui sera reconnu pour être votre volonté suprême.

Tous les membres du gouvernement sont unanimes dans cette opinion, et ils m'ont autorisé à la porter à la connaissance de Votre Majesté Impériale. Cependant ils ont craint qu'un rapport officiel ne fût déplacé dans une telle matière, et j'ai pris sur moi la pénible obligation de le remplacer par la présente. — Que Votre Majesté daigne se liàter de porter remède à une situation de choses dont les inconvénients vont croissant, et qui chaque jour peut avoir des suites encore plus sérieuses qu'on ne saurait ni calculer ni prévenir.

Je suis, etc.

E PRINCE ADAM CZARTORYSKI A L EMPEREUR

Varsovie, 14 octobre 1815.

Le gouvernemenl proYisoir(3 rend compte à Votre Majesté Impériale du point auquel est parvenue l'organisation du l'oyaume.

Honoré spécialement de la confiance de Votre .Majesté Impériale, et chargé plus parlicnliéronionl de l'exécution de ses bienfaisantes intentions pour le royaume de Pologne, je crois de mon devoir de lui rendre un compte succinct des raisons (\m onl relardé cette organisation et qui l'entravent dans ce moment.

1" Le manque de confiance dans le gouvernement.

262 L'i:mi'i:im:i i{ alkxamiuk I'

L;i coiiliaiicc (\ur l;i iialioii place dans la pci-soiiiic, de; Votre Majesté liiiiK'rialc, son gouveriiciDcnt d'ici n'a ])as pu encore l'obtenir, car les effets ne suivent ])as vos volonlôs. La présence des troupes et des employés russes donne lieu à beaucoup d'abus et de vexations ; elle n'a permis jusqu'à présent aucune illusion de nationalité.

2" La présence de monseigneur le grand-duc, dont la conduite est faite pour ôtcr tout espoir sur le sort futur de ce pays et a rendu ini])ralicables plusieurs réformes et amendements que le gouvernement désirait, mais qu'il n'a pu oser entreprendre.

3° La pauvreté de tous les individus qui, ruinés, découragés et dispersés, ne s'absentent pas volontiers de leurs villages et ne se décident ciu'avec difficulté à venir en ville d'où ils s'échappent à la première occasion.

4° La pauvreté du gouvernement, qui n'ose accorder des salaires considérables pour retenir les gens dont il aurait besoin, et qui se voit obligé de surcharger un môme individu de beaucoup de travaux divers ; ce qui diminue bien de la dépense, mais nuit extrêmement à la promptitude et surtout à la perfection du travail.

5" Le partage du pouvoir chargé de l'organisation

ET LE PRIiNGE CZARTORYSKl 263

outre cinq personnes munies d'une autorité égale, et qui pour la plupart ont des motifs, des principes et des sentiments diflerents. Cette entrave est tellement grave et continue, qu'elle ne permet pas du tout aux choses d'avancer.

G° La difficulté de pourvoir à tout ce que demandent l'approvisionnement et les passages continuels des armées, ainsi que les nombreux travaux et dépenses nécessités par l'exécution du traité de Vienne, en augmentant rembarras, ne cessent d'absorber tous les moments que le gouvernement désirerait consacrer au travail de l'organisation du pays. — Malgré des séances journalières et très-longues, le gouvernement peut à peine suffire aux affaires courantes qui sont de son ressort. Il ne faut pas oublier que, indépendamment de tant d'obstacles, le travail de la réforme, dans toutes les branches de l'administration sociale, demande beaucoup de réflexions, beaucoup de délibérations, et un nombre considérable de travailleurs très-assidus et très-habiles. — On ne pouvait commencer cette œuvre, sans avoir fixé un système de marche progressive bien prémédité, et ce seul travail préparatoire exigeait plusieurs semaines avant qu'il eût pu atteindre le degré de maturité nécessaire.

264 i;i:.Mi'i;iti:rit al i:\amj m-: i''

Kiifiii la n;ili(jii, accoiitiiuM'-c depuis si longU'm|)s à voir cette partie si essentielle liée à l'ensemble de Tadministralioii eeiUrale, et attacbanl un inl('Tèt majeur à cette liaison, voit avec infiniment de peine une séparalion de ces deux parties constitutives de l'État (civile et militaire), et prôte facilement l'oreille à toutes les interprétations malicieuses auxquelles un tel état des choses ne fournit que trop de motifs.

ET LE PRLNCE CZAUTORYSKl 20,';

LE PRINCE ADA3I CZARTORYSKI A LEMPEREUR

Varsovie, 1815.

Le gouvernement rend compte à Votre Majesté Impériale et Royale des molil's qui l'ont déterminé à expédier le comte Léon Potorki à Paris. — Nous avons à revendiquer des sommes très-considérables de la part de la France, et nous avons d'autant plus d'intérêt à obtenir des sûretés à ce sujet, qu'entre les capitaux que la France nous doit se trouvent ceux de Bayonnc, dont nous avons une part à payer à la Prusse.

-20fi i;kmi'K1u;i H alexanduk l*'

Le traité (l<! Vienne ;i ojjôré, ce pays-ci de dettes. Ses linances S(jnl dans h; plus triste état. Le ^^iiiveriienienl clienlie a réduire les frais de l'administratiuii civile autant que possible; mais ses épargnes ne seront d'aucun résultat si l'ordre et réconomie ne président à la régie de l'armée. Un ministère faisant partie du gouvernement peut seul les introduire dans l'administration militaire ; c'est ce que j'ai osé soumettre précédemment à Votre Majesté Impériale. — Je prends la liberté de le répéter aujourd'hui parce que, si Votre Majesté veut que l'armée nationale soit aux frais du pays, ce ne pourrait être en la laissant sous sa forme et sous son régime actuels, qui sont au delà de toutes les proportions de nos moyens.

Une grande partie des employés russes, d'après les ordres de Votre Majesté Impériale, ont déjà reçu l'intitimation et l'argent de voyage pour retourner en Russie. — Cependant il en a été conservé un nombre suflisant pour que leur traitement, beaucoup plus haut que celui des employés du pays, produise une brèche considérable dans les revenus. — Quoiqu'il ne soit pas douteux que plus tard beaucoup d'employés russes ne puissent trouver place dans ce pays, cependant pour le moment je ne cacherai pas à Votre Majesté Impériale

ET LE PIUNCE GZAUTOiaSKI 207

et Royale que tout le pays attend, avec des vœux conlitinuellemcnt répétés le moment où, suivant les bases de la consiitution, tous les employés russes sans exception quitteront le pays. Ce n'est que de ce jour que le pays datera sa véritable existence ; tant qu'on les voit, on ne se croit pas délivré de la férule qui se fait toujours sentir, quoi que l'on fasse. — M. de Lanskoy et M. de Novosilt-zof auront, je suppose, rendu compte à Votre Majesté Impériale des motifs qui les ont décidés à garder encore des employés ici. Ces motifs perdent chaque jour de leur poids, à mesure que l'Europe tend à la tranquillité.

Cette matière et celle du régime de l'armée me conduisent à faire mention des quartiers où de grands abus régnent, au point que, malgré la diminution des troupes et l'absence du maréchal, la ville est plus obérée que jamais et personne ne peut trouver à s'y loger. 11 est nécessaire que des ordres précis de Votre Majesté Impériale à monseigneur, pour les règlements du gouvernement à l'égard des quartiers, et ceux du maréchal, soient remis en vigueur et strictement exécutés j)ar les militaires russes et polonais.

Les affaires ne marchent pas ici avec autant d'aclivité qu'il serait à désirer. Je ne veux pas inqiorluner au

2G8 j;j;mi'i;i{i;l'1{ alkxamjkk I'

Joiinriiiii Votre .Majesté Impôrialo par rcxposilion dos

causes ;uiX(|iK'll(^s il faut Fntlrihiier.

Plusieurs sont déjà connue^ de Votre Majesté Impériale et je no man(iuorai pas de lui soiimedrc |(s autres; car je crains que, lors de vulrc séjour, surtout s'il est très-court selon les circonstances, le travail ne soit pas aussi avancé qu'il l'aurait fallu pour que votre présence fût la véritable époque du bonheur du pays.

Les commissaires pour la fixation du tarif envoyés par M. de Gouriefsont arrivés. — Le projet d'instructions qu'il leur a donné a déjà été mis sous les yeux de Votre Majesté Impériale et Royale. — Nous sommes occupés à dresser les instructions des commissaires polonais pour les présenter de suite à la confirmation de Votre Majesté. — Les principes arrêtés dans le traité de Vienne relativement au commerce, pour tous les pays polonais, n'étant pas ceux adoptés pour l'intérieur de la Russie , Votre Majesté Impériale et Royale no trouvera-t-ollo pas cette circonstance favorable pour établir une ligne de douanes ou de contrôle sur la lisière que votre volonté suprême voudra un jour assigner pour frontière entre la Russie et la Pologne?

Dans tous les cas, les stipulations commerciales du

traité de Vienne ne pourront guère s'exécuter autrement ; et une manière de contrôle pour l'entrée et la sortie des marchandises, et peut-être pour la police, sera nécessaire pour les confins de la Russie proprement dite.

270 i;kmim;|{i:i k ai.kxanduk i^

XWi

LE PRINCE ADAM CZAnTORYSKI A L EMPEREUR

Varsovie, ISlîi.

Ce que l'on craignait lo plus est arrivé. Depuis ma dernière lettre, de nouveaux événements se sont passés. Monseigneur a surpris des soldats polonais qui volaient des pommes de terre dans un jardin. — Il les a fait prendre, et leur a fait donner des coups de bâton par des soldats russes, qui ont été appelés pour cette exécution. Le même jour, à la parade, le général Kornatovski et le colonel du régiment ont été l'objet des plus sanglants et des plus humiliants reproches. Ces

oiïiciers se sont annoncés malades. L'armée est toujours dans l'espoir du rappel du grand-duc. C'est dans cet espoir et dans la crainte que Votre Majesté ne se méprenne sur leurs motifs qu'ils restent encore au service.

J'ai eu depuis peu la certitude qu'il s'était formé à Pétersbourg une espèce d'association composée pour la plupart de militaires, dont le principal but était de contre-carrer les intentions bienfaisantes de Votre Majesté Impériale et Royale à l'égard de la Pologne. — Cette association a envoyé ici des personnes, et il parait, que monseigneur a été influencé dans le plan de conduite qu'il a tenu et qu'il tient encore, et que c'est surtout dans l'idée de se rendre populaire.

Cette association avait déjà préparé une remontrance qui devait être envoyée à Votre Majesté Impériale sur la Pologne. — La guerre qui est survenue et qui occupa ces factieux, et les conseils de quelques gens sages ont empêché l'exécution de ce projet.

i;i:.Mi'i:ni:ru ai-K-Xandhk !•

LE PRINCE ADAM CZARTORVSKl A L EMI'EREIR

Varsovio, i612H janvk'r 1816.

Siro,

Supposant que, par les offices du général Zajaczek et de M. de Novosiltzof, Votre Majesté Impériale et Royale est informée de tout ce qui est digne de son attention dans le pays, je n'ai pas voulu l'importuner de mes lettres. Mon intention était cependant, à la première occasion, de rendre au gouvernement actuel un témoignage qui, de ma part, aurait peut-être été agréable à Votre Majesté.

ET LE PRIXCE CZARTORVSKI 273

Je désirais vous rapporlcr, siro, que lo général Zajaczek avait commencé son administration d'une manière qui promettait pour l'avenir; que les sentiments qu'il manifestait, les opinions qu'il énonçait étaient sages et honorables, et que, malgré des craintes et des préventions assez générales, les résultats prouveraient bienl(')t que Votre Majesté avait eu raison dans ce choix. Une conclusion semblable serait encore à faire, si les choses suivaient ici leur marche prévue et naturelle. Malheureusement, l'objet de ma lettre d'aujourd'hui s'éloigne autant de mes vœux que de ma première attente.

Trois atteintes sont au moment d'être portées à la charte constitutionnelle. — La première est l'arrangement proposé par les commissaires russes, pour les douanes entre l'empire et le royaume. In rapport officiel vous sera transmis, sire, sur cette matière.

La seconde atteinte est déjà entre vos mains. C'est le projet d'organisation de la commission de la guerre, (pii vous a été envoyé directement de la part de Son Altesse Impériale, sans qu'il ait été porté au, conseil d'Ltat, et sans qu'il ait passé par aucune des discussions prescrites par la charte. Ce projet conçu isolémcjit ne peut mamiuer de pécher par des omissions et

271 L'KMPFJJKIin AI.EXANnUK l'--

parties arlicl(S (|ui ne seront pas d'accord avec les autres parties du gouvernement. Que votre volonté, sire, remette les choses en r6glo, en renvoyant, comme, (le droit, ce projet au conseil d'Etal ponr (iiiil revienne à votre décision après avoir sii])i l'examen ordonné. — Un seul acte de la part de Votre Majesté apprendra à qui en doute, qu'elle a donné la constilulion pour (ju'on s'y conforme,

La troisième atteinte regarde aussi le ministre de la guerre. Une note séparée traite en détail ce sujet, et propose un mode qui concilie le commandement en chef de monseigneur le grand-duc, avec ce qu'exige le statut constitutionnel. — La ligne de démarcation proposée s'introduirait ici avec d'autant plus de facilité, que les personnes qui remplissent aujourd'hui les places de lieutenant et de ministre de la guerre, nonseulement s'entendront en tout point avec monseigneur, mais s'appliqueront même, à coup sûr, à venir autant que possible au-devant de ses désirs.

Votre Majesté Impériale est seule capable de soutenir son œuvre; elle s'écroulerait avant d'avoir été terminée si dès sa naissance vous l'abandonniez, sire, a des déviations aussi frappantes et essentielles. Quelle apparence aurait une constitution donnée avec tant de

solennité, et enfreinte dans des points capitaux un moment après? Pourvu que nous obtenions ce genre d'appui , que nous sommes en droit d'implorer de Votre Majesté Impériale et Royale, tout ira bien dans ce pays. J'ai observé avec joie que nous en étions déjà au point désiré, ou ce sont les choses et non les hommes qui l'emportent et qui occupent principalement. Nos institutions, quoique encore sans consistance et dans le chaos d'une création générale, suffisent pour faire avancer, dès à présent, la machine. Depuis l'établissement du gouvernement constitutionnel, la plus parfaite harmonie règne entre tous ses membres. Chacun ne pense qu'à mériter la confiance que vous avez placée en lui. Un même esprit les anime tous, cet esprit est tel que Votre Majesté peut le désirer, sage, zélé, persévérant. M. le lieutenant en est également pénétré; mais je ne dois pas vous cacher, sire, que ses bonnes dispositions se trouvent paralysées, d'une manière qui me paraît effrayante, si Votre Majesté n'y porte un prompt remède.

Depuis quelque temps, le conseil d'administration s'est convaincu que le général Zajaczek, avec un avis éclairé et honorable sur toute chose, n'en est pas moins sans opinion, sans volonté, et pour ainsi dire sans pro-

270 Li:.MI'i;iiKI It ALKXA.M)!;!'; I "

|iro conscience «les qu'il s'ayil de iiKjnseigneur Ir- grandduc. S(ji( (juc, croyaFil cire son œuvre et sa crcalurc, il cil conclue (jue sa l'cconnaissance ne doit pas avoir de bornes, (jii (pi'il s"iiiiaL'iiie (|iie (oiites les volontés de monseigneur, qiielles (luVIics soient, sont loujoiirs celles de Votre iMajeslé , il est c(;rtain que le général Zajaczek, si on le laisse aller, poussera jusqu'à la servilité sa soumission aux ordres et aux idées de Son Altesse Impériale.

Le bien du pays et du service ne seront pas des niolifs sullisants pour l'induire à la moindre opposition ; il est prêt à enfreindre tous les jours la constitution , dès que monseigneur le voudra ainsi ; ce sunt les sciitinicnls que le général a fini par énoncer hauleineut au conseil, et qu'il se complaît depuis lors à répéter avec afiectation toutes les fois qu'il en trouve l'occasion; il se garde même, dans des questions où le grand-duc est mêlé, d'avoir recours à l'intervention de M. de Novosiltzof. L'ne soumission portée à cet excès] dans le premier magistrat, dans le lieutenant de Votre Majesté, détruirait tout germe de vertu, tonte idée de justice, toute possibilité du bien, et changeiait votre constitution en une pénible et inutile comédie.

Le lieutenant n'a pas saisi les devoirs do sa cliarge, il n'a pas compris vos intentions, sire. Uien n'est plus urgent, rien n'est plus facile que de les lui faire entendre clairement. — Qu'il sache que, vous-même, vous voulez respecter et faire respecter votre ouvrage ; que remplir, à cet égard, vos intentions est son premier devoir, que ce qu'il doit an souverain, au pays, à son serment, peut très-hien se combiner avec ses obligations envers monseigneur le grand-duc, mais ne saurait jamais y être subordonné. — Quelques mots, même indirects, suffiront.

Le général Zajaczek, rappelé à l'ordre et éclairé sur vos véritables volontés, les remplira parfaitement. Cela posé et assuré, j'ai la conviction que ce général est fort à sa place, qu'il y sera utile, et que, sous tous les rapports, il convient de l'y garder.

D'un autre côté, cette condition est si essentielle, ([ue, dans le cas où Votre Majesté Impériale ne penserait pas à redresser au plus tôt les idées de son lieutenant, je considérerais la chose publique comme périclitante, pour ne pas dire perdue.

Votre Majesté peut m'en croin» : inspiré ]mr elle, j'ai constanmient prêché confianctî et es[){)ir; jamais je ne cesserai de le faire tant que j'en aurai les moyens. Ce-

■278 i,'i:.mim:hkii; ALi;XANItinC !"■•

pendant aujoiiid'liui, où co (|iu! nous csix'Tifjns est obtenu, où il ne s'agit I il IIS iiiic de l(;consoner intact, si, absorbô par d'autres soins, vous ne daigniez pas, surtout au début, nous accorder un appui, unf protection non interrompue, si l'on coninieuçaiL une fois a douter de la sainteté, de la réalité du régime constitutioHjii'l, l'accablement du désespoir deviendrait général et irrésistible.

Notre uiiiiiue espérance est dans votre volonté, sire, de rendre ce pays solidement heureux, non-seulement I)endant un long règne, mais aussi pour Favcnir.

Que cette volonté soit inébranlable et nous sommes sauvés ; autrement, nous n'échapperons pas au sort qui nous poursuit encore. — Vous êtes, sire, notre destinée; il est clair que nos seules ressources, nos seules espérances sont renfermées dans Votre Majesté, et qu'elle seule peut donner une solidité durable aux institutions qu'elle a créés.

J'ai dit, sans réserve, l'exacte vérité; permettez, sire, (lu'en finissant cette lettre, je vous soumette encore une lois la nécessité absolue et pressante :

1" Tout en laissant beaucoup de latitude à Son Altesse Impériale, de préciser cependant ses pouvoirs et de les circonscrire d'accord avec la charte constitutionnelle ;

2" De faire parvenir au lieutenant des dispositions qui le replacent sur la ligne de ses devoirs ;

3" Par vos propres décisions, de donner rcxemplo d'un respect scrupuleux pour les lois et pour les institutions qui émanent de Votre Majesté ;

4° Dans le cas où vous auriez, sire, des doutes sur cet objet, de suspendre toute résolution, jusqu'à l'arrivée de M. de Sobolevski, qui va se mettre en route incessamment.

Ma lettre est portée à Pétersbourg par le gentilhomme de la chambre Matuszevicz, qui est placé au secrétariat d'Élat, et que M, de Sobolevski dépêche en avant avec M. Tymovski, autre gentilhomme de la chambre de Votre Majesté et second employé au même bureau.

Je suis, etc.

2S(i i; i; . M l'Kin: ru ai.kxandisi: r

LE PRINCE ADAM CZAllTOllïSKl A l'EMPERELR

Varsovie, 6 février 181G.

Siro,

A[)r('S avoir écrit, il y a pou de temps, à Votre .Majesté Impériale et Royale, uik^ lettre déjà trop longue, je me garderai do retomber dans le même inconvénient, d'autant plus que le départ de M. de Sobolevski en fait cesser le motif. Je me bornerai, sire, à vous présenter quelques résultats de mes observations.

En premier lieu, qu'il me soit permis de rappeler encore une fois l'indispensable nécessité de s'en tenir saintement à la constitution, et de donner à ce sujet des instructions très-précises au lieutenant.

Ces deux remarques les comprennent tontes. Que les habitants du royaume se sentent et se voient Polonais; qu'ils se gouvernent chez eux ; qu'on les laisse librement et paisiblement travailler à Tamélioration de leur état intérieur : à ces conditions, ils seront heureux et contents. Le gouvernement vous est dévoué, sire, la nation vous aime, mais il ^*ous faut davantage; à ces conditions, elle s'attachera par des sentiments inviolables à son union avec la Russie, pourvu que ce lien soit de nation à nation, pourvu que le fait et l'illusion d'une Pologne véritable et constitutionnelle lui soient conservées.

Cet amour passionné d'une nationalité distincte est la seule source de jalousie, de lutte, d'empiétement qui puisse exister entre les deux peuples. L'offensive sur ce point de la part des Russes, la défensive de la part des Polonais, produiront encore des tiraillements, de l'amertume, des craintes et des sou^Dcons chimériques, des malentendus fâcheux que la sagesse seule de Votre Majesté Impériale et Royale peut calmer et faire disparaître,

M. de Novosiltzof désire; vivement se rendre à Pétersbourg; il est désœuvré ici, et là-bas il sent([u'il pourrait vous être bien plus utile. IJe plus, il se trouve sans

2H2 l'kmim:hi:i'|{ ALKXAMJUK I'"-

cippoinUîiiHMils el (thli^V' (l<; vivre (1(! ses propres ressources.

Quand je lue rap[)elle les conversalioiis (|U(' j"ai eu le l)onlieur d'avoir avec Votre Majesté Inipôriale el iloyale, les paroles admirables que je lui ai entendu dire, celles qu'elle a adressées ici à ses ministres, je me sens jilciii d'espoir. Mais j'avoue qu'involontairement la crainte prend souvent le dessus. Comme des individus, il y a des nations malheureuses. Nous avons beau posséder, dans Votre Majesté, le meilleur des souverains, vous êtes éloigné, sire; des soins importants vous occupent. Comment se flatter que les principes, le caractère, les habitudes de monseigneur le grand-duc puissent jamais changer au point de le rendre favorable à notre bienôtre présent et futur? L'influence prépondérante, directe et continuelle qu'il a déjà eue, et qu'il va dorénavant exercer bien davantage sur les destinées du pays, me fait appréhender que le guignon qui depuis plusieurs siècles poursuit ma malheureuse patrie, ne soit pas encore épuisé.

Mes craintes sont peut-être exagérées, je les exprime telles que je les éprouve.

Je suis, etc.

ET LE PRIxNCE CZARTORYSKl

LE PRINCE ADAM CZAHTOUYSKI A L EMPEREUR

(Je 24 mars Ci avril) 1810.

Sire,

M. de Novosiltzof écrit aujourd'hui à Votre Majesté Impériale en se référant à ma lettre expédiée le 17 (29) juillet, et dont je joindrais ici un duplicat si je n'étais sûr qu'elle vous est déjà parvenue M. de Novosiltzof confirme ce que j'ai dit, et son témoignage peut avoir plus de poids que le mien.

Si Votre Majesté Impériale avait encore des doutes sur les faits que nous citons, et si elle ne voulait pas,

2s'i i;i:Mi'i;ui:rii a i.Kx.wrtiiE i"-

poiii-iivisriMii mal, r[ii|il()yci- le rcmcih; lo j)lus simple, clli; Ile |)(iiiiia mieux s'assurer du vérituhlo état d(,'S clujscs ([uVii faisant venir .M. do Novosill/.ol' hii-mèmti au f|iiarli('i' général.

Cliacine jour, (pielipH; nouvollo scéno répand ici l'el'froi et la tristesse. Avant hier, inonsoi^'-neur a l'ail enlever dans sa maison un bourgeois accusé (ra\nir (Iminé asile à un garçon (pii avait volé le général Kurnia. Le grand-duc, sans autre forme de procès, a fait donner, dans son palais, cinq cents coups de bâton fi cet homme et lui a fait raser la tête et les sourcils.

Je me croirais coupable si je cachais à Votre Majesté Impériale des faits pareils, qui détruisent toute sûreté publique et qui rendent nuls tous vos bienfaits.

D'ailleurs, que ce soient les résultats immédiats, ou bien des suites plus éloignées, (pii iiilUi(>nt sur la conduite demons(Mgneur, il est évident qu'il pense et agit dans un sens entit'remenl opposé à celui de Votre Majesté Impériale. Ce peut être une mode du moment, mais elle est soutenue par des gens qui ont l'oreille de Son Altesse Impériale et qui lui persuadent qu'il s'unit parla à l'opinion des vrais et vieux Russes. Qui sait si une correspondance avec Pétcrsbourg n'attise pas ces mém(3 sentiments?

Croyez, sire, qu'un serviteur dévoué ne peut vous donner de meilleur conseil que celui de retirer d'ici le grand-duc. Il ne pourra s'en plaindre, puisqu'il ne cesse de répéter hautement que c'est son seul désir. Ce sera l'aire renaître le pays, y rendre l'ordre et les lois possibles; ce sera détruire un foyer extraordinaire de critique et d'opposition.

J'ignore si ma hardiesse ne sera pas condamnée j)ar Votre Majesté Impériale. — Si je m'expose en dévoilant ce que je vois, que mes motifs me fassent trouver grâce, et, pour le reste, que votre sagesse tranche le nœud.

M. de Beningsen dit qu'il ne trouve pas d'inconvénient à réunir les troupes russes et polonaises sur le Dniester, et il parait même désirer les réunir sous son commandement.

Je suis, etc.

286 LK.MI'KHKIH AIJiXA.NDHIÎ I"

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LE PRINCE ADAM CZ A IITOR VSK 1 A l'EMPEREUR

Cl< 17 avril 1816.

Sire,

Depuis quelque temps, les suicides sont devenus trôsfréquents parmi les militaires polonais. La lettre cijointe en traduction et copie, dont l'original se trouve entre les mains do monseigneur le grand-duc, peut faire juger à quelle cause principale il faut attribuer ce triste résultat, et quel est l'aspect qu'il prend aux yeux du public. — M. Wilczek, aide de camp du général Krasinski, qui a écrit la lettre au moment de se

tuer, était un jeune homme généralement aimé et un militaire très-distingué.

On cite aussi une lettre écrite dans le môme esprit par M. Biesiekierski, autre olficier du nombre de ceux qui se sont ôtô la vie. — Cet exemple a été suivi par un sous-officier, et l'on n'a pas manqué de dire qu'il s'était tué pour ne pas survivre à la honte des punitions et des traitements flétrissants infligés à la troupe.

Votre Majesté Impériale trouvera peut-être ce mouvement condamnable, mais elle y reconnaîtra le bon principe dont il part.

Puissent ces tristes événements produire l'impression désirée sur Son Altesse Impériale et attirer pour un moment votre attention, sire.

L'armée a un besoin urgent d'un règlement flxe et d'un code de lois; son régime actuel est dénué de toute espèce de règle. Ce n'est pas la sévérité qui est de trop, mais l'arbitraire et les humiliations.

Mille fois déjà j'ai redouté, pour monseigneur, quelque scène ou catastrophe dont il y aurait de la difficulté à le garantir, puisqu'elle ne peut venir que de la frénésie d'un homme au désespoir. Je suis bi(>n aise d'avoir osé confier mou inquiétude, toute vague qu'elle est, à Votre Majesté ; c'est un poids de moins

288 i.i:\ii'i;i;i;rit a i,i;.\.\Miiii, i-

sur iiinn ((nii-; clii' m jnijcra (Tiiprrs sa sd^-IT'SSO.

lui jj(''iicr;il, il iTiîiK.' ici, ilcjxii.-; i|m'|(iii(,' lciii|)S, ikjii pas une aHitiili"!!, mais un .i^raiid ahallcmcnl. (Tc-l uiio iiialadio luoialf livs-coiilagieuse à laquelle les honnêtes gens sont siirloiit sujets. Ils craignent que notre gouvernenieiil, toujours rudoyé ici, toujours menacé d'être calomnié à IN'tersbourg, gêné dans sa liberté de discussion et d'action, avec Lien i)ou de moyens pour faire le bien et encore moins pour le soutenir, ne perde son ressort et son crédit, et l'estime de soimême.

Je sais bien que Votre Majesté Impériale ne le veut pas ainsi ; mais, nonobstant sa volonté qui ivAi de trop loin, les choses paraissent ne pas prendre une tournure favorable au pays.

Tout le monde, sûrement, s'empresse d'annoncer à "Votre Majesté Impériale le bien; j'ai pensé qu'il ne fallait pas lui cacher le mal, et que c'était la seule manière dont je pouvais encore être de quelque utilité à la chose publique. Ce triste emploi est fort pénible et fastidieux; j'ignore si Votre Majesté Impériale n'en est pasoflensée et s'il m'est encore permis de lui dire ainsi toute ma pensée.

C'est ce qui me fait attendre avec d'autant plus d'iin-

ET LE PRINCE CZARTORYSKl 289

patience le moment où, grâce à vos bontés, sire, je pourrai aller respirer l'air de la campagne, et n'être plus dans le cas d'importuner Votre Majesté par des réflexions sur des objets que je vois peut-être trop en noir.

Lettre de M. Wilczek, aide de camp du général Krasinskl, à sa sœur.

Ma chère sœur,

Les spleens que vous m'avez si souvent reprochés vont se terminer. — Voici leur dernier efTet. — Malgré l'amour de ma patrie et mon dévouement pour ellc^ un sort contraire ne m'a pas permis de périr de la mort de mes frères, dont la gloire s'est répandue sur nous. — Ma situation présente m'a été toute tranquillité. Je vois mes frères d'armes et mes concitoyens avilis, la gloire de nos pères foulée aux pieds, les lois du meilleur des souverains violées journellement. En un mot, }c laisse mon pauvre pays exposé sans ressources et livré au caprice d'un seul homme.

Que de fois j'ai manqué de devenir assassin! — Quel coup c'ciit été pour vous, ma chère sœur! — Oui, je voulais me dévouer i)oiir nous délivrer de ces chaînes

290 i;K.\ii'i;iti;rit ai.kx.wdi; k i--

lionlciiscs cujiliu lu voluiitc du iiicilhmr des :3uuvuraijis.

Cependant, considérant que les effets ne répondiiiicul pas, |»t'ul-(Hre, à mon espoir, je préfère m'arraclier une existence qui poLurail devenir l'uneste à mon pays; mon seul vœu était de me dévouer à son bonheur. — Je sais que mon action me fera accuser de faiblesse d'âme. Je l'aurais commise dès son arrivée ici, si notre sainte religion et mon attachement pour vous ne m'eussent retenu. — Maintenant, après m'étre convaincu que je ne puis [)lus être utile à ma patrie, je suis convenu, avec plusieurs de mes amis, de quitter cette terre.

Je la quitte avec mépris, et vous, ma chère sœur, et vous, mes parents, avec regret.

Remettez le sabre qu'on trouvera à votre lils ; qu'il le porte comme moi, pour sa patrie et j)Our ses amis.

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKI A L EMPEREUR

Varsovie, ce l/l^î mai 1816.

Sire,

Avant de quitter Varsovie, en vertu du congé que Votre Majesté Impériale et Royale a daigne m'accorder, et pour lequel je dépose à ses pieds mes vifs remercîments, je pense qu'il est de mon devoir de vous transmettre quelques détails, sur ce qui se passe ici.

Je ne doute pas que les débats qui ont eu lieu depuis quelque temps dans le sein du gouvernement n'aient été représentés à Votre Majesté comme très-

20^2 L'KMl'KltKIH A I.KX A NhltH I '

l!irl)iil(«nts, rormiic niic |)nMivf' do nolr(3 esprit itiqiiiol, vl des i)ai-li.s qui ivj:nenl parmi nous.

Lorsque le conseil délibère, cliacim ônonce son avis avec zèle et le soutient selon sa conscience; dans une assemblée de près de vingt personnes, commi^nt prétendre qu il n'y ait jamais de différence d'opinion? Il en faut pour qu'une discussion soit possible; sans discussion, quelle serait l'utilité d'un conseil?

C'est ce que le lieutenant n'a pas su comprendre, tandis qu'ayant le pouvoir de décider ou de s'en rapporter à vos décisions suprêmes, il devait respecter la liberté des suffrages et chercher à s'éclairer- par la discussion.

Le fait est que M. le général Zajaczek a, sur des points essentiels de législation et d'administration, des principes ou des préventions tout à fait contraires à ceux du reste des personnes placées dans le gouvernement; qu'ayant passé sa vie hors du pays et dans le service militaire, il entend peu les matières législatives et organiques; que, par conséquent, il lui est arrivé souvent de rester seul de son avis. Il attribue ce résultat à un esprit de parti et à une prétendue inimitié contre lui, qui n'existent pas. — Malheureusement, monseigneur le grand-duc a partagé cette opinion.

ET LE PRINCE CZARTORYSKl 293

Au commencement, l'on avait tout lieu d'espérer que l'union et la confiance s'établiraient entre le lieutenant et les membres du gouvernement; rien ne paraissait plus naturel; cependant au moment où j'écris l'état des choses sous ce rapport ne s'est pas amélioré. — M. le lieutenant semble s'être laissé influencer par de mauvais conseils; offensé d'une opposition très-innocente qu'il s'est attirée, il s'est placé dans une position de froideur, de méfiance, et d'humeur vis-à-vis des autres membres du gouvernement. Rien ne le satisfait; il trouve que tout va mal, et avec lenteur ; chaque proposition lui inspire des soupçons; il va porter ses plaintes à Son Altesse Impériale, qui déjà n'est que trop mal disposée contre les civils; il cherche à s'appuyer de Novosiltzof. — Tout cela, ensemble, produit de petites dénonciations et des tracasseries très-nuisibles aux affaires, mais surtout pénibles à l'excès pour ceux qui ont le malheur d'être les patients.

Un certain degré d'harmonie dans les principes et dans la tendance des membres de l'administration, est très à désirer; deux moyens me semblent pouvoir y conduire. — Le premier est que Votre Majesté écrive de sa main au lieutenant pour lui témoigner qu'elle est satisfaite de ses ministres; et qu'elle lui fasse sentir

2M. I.'K.MI'KItKI 11 .\IJ:\AM)I1K 1-.

([lie, dans hs iiialii'rcs, qui ne lui soiil pas raiiiili(''r( s, il doit s'en i'a|i|iiiil(r davantage à loiir avis et à celui du conseil. A df-laul de ce moyen, le second est de changer ceux des minisUcs dont Votre Majesté ne serait pas sulfisammcnt satisfaite;, et (Vcn nommer ((iii i)iiissent convenir au licnlenanl.

L'organisalion des commissions du gouvernement a mal à propos arrêté les travaux du conseil d'État, ([ui seraient beaucoup plus avancés si, dans cette matière, Ton s'était teim au sens et à l'esprit de la charte. — De quelque manière qu'il plaise à Votre Majesté d'en décider, je ne prévois plus de difficulté pareille dans les travaux du gouvernement, qui, dorénavant, marcheront couramment. Je supplie Votre Majesté Impériale de se faire présenter l'opinion que j'ai donnée sur la question de la collégialité dans les ministères; peutêtre y trouverez-vous, sire, quelques réflexions qui contribueront h fixer votre opinion à ce sujet.

Au surplus, les affaires, dans le fonds, sont loin d'aller mal; beaucoup d'excellentes choses ont été faites, beaucoup d'autres sont entamées. — Dans les mesures du gouvernement, il n'y en a pas de mauvaises à citer; tout avance vers l'ordre et vers le mieux, en proportion des moyens qui ont été laissés. — Cependant l'esprit

ET LE PRINCE CZARTORYSKI 29o

public est défaillant, et le décourag-ement est visible. ,1'ai voulu chercher la cause de cet effet qui n'est pas justifié par des événements positifs, et il m'a semblé la ti'ouver dans les contradictions que les circonstances du moment semblent présenter, contradictions qui ne permettent pas de croire et de jouir en paix. — Tout ce qui vient de Votre Majesté ne respire que bonté, grandeur d'âme, libéralité de principes; les paroles et les actions de Son Altesse Impériale sont dans un sens tout à fait opposé. — Le lieutenant, de son côté, ne cesse de répéter que la constitution est un code d'anarchie, et qu'il faut la changer; il n'y a pas jusqu'à Novosiltzof qui ne contribue à dérouter et abattre l'esprit public.

On le considère comme un surveillant du gouvernement, qui doit ne pas lui permettre d'exercer paisiblement les droits que Votre Majesté Impériale lui a accordés. — Bref, de tout côté, il y a quelques circonstances qui, pour le public, sont des éteignoirs qui matent ses épanchements, et ébranlent les deux ingrédiens les plus précieux du bonheur, la sécurité et l'espérance.

A ma grande joie, Novosiltzof a été invité à être présent à toutes les séances du conseil adminislralif.

200 i;kmi'j<:iU':iî!« alexanduk ler

toutes los l'ois qu'il lo voudra; c'est je crois la seule irianièrc d'ôviter beaucoup de malentendus et de soupçons aussi nuisibles que peu fondés.

Je prie Votre Majesté Impériale de ne pas croire que je lie rends pas justice aux qualités du ^^and-duc, et que je ne conçoive qu'à son égard des considérations générales et plus graves doivent l'emporter sur celles que nous voudrions mettre dans la balance.

Tout ce que j'ose affirmer, c'est que la présence continuelle et rétal)lissement fixe de monseigneur en Pologne est un des grands obstacles pour que l'œuvre de Votre Majesté puisse y prospérer et produire les fruits qu'elle désire. — Le général Zajaczek, qui, dans l'absence de Son Altesse Impériale pourrait être propre à la place qu'il occupe, l'est beaucoup moins en sa présence; comme cependant cette place n'est tenable pour aucun autre individu, l'idée indiquée plus haut pour établir plus d'accord entre le lieutenant et le gouvernement paraît être le seul palliatif à employer contre les inconvénients du moment.

Mais l'unique et véritable remède, c'est l'arrivée ici de Votre Majesté Impériale. — Votre présence est ardemment désirée. Puissiez-vous répéter souvent vos séjours, c'est là où git l'espérance de la nation.

Eï LE PRINCE GZARTORYSKl 21)7

Une vcnôration profonde^ un entier dévouement pour votre personne, une confiance extrême dans votre caractère, sont des sentiments inébranlables dans les cœurs des Polonais ; quand c'est vous, sire, qui déciderez, ils seront toujours soumis et contents.

Avant de linir, je hasarderai quelques réflexions sur la partie militaire, au risque de déplaire pour mon zèle. — Daignez pardonner à l'intention et vous rappeler, sire, que, lorsqu'on peut tout, il faut tout écouter et tout savoir, pour ne pas se tromper.

Le régime actuel de l'armée tend à n'y établir qu'un seul ressort, celui de la crainte.

S'il continue exclusivement, tous les autres motifs qui doivent aussi avoir leur siège, dans l'àme d'un véritable militaire, ceux de l'honneur, du devoir, de la patrie, s'affaibliront successivement et seront sans force dans l'occasion ; ils seront remplacés uniquement par la crainte et par f intérêt qui, à la longue, ne peuvent produire que des elfets honteux et funestes.

Je doute qu'un observateur attentif trouve l'esprit actuel de l'armée tel que Votre Majesté le souhaite. L'instruction dans les sciences militaires n'est pas encouragée ni suivie; la crainte tient tout le monde alerte; il n'y a pas de zèle véritable; les gens qui ne

29« L'KMPFJil^UR ALEXANDIU-: I"

servent pus j)oiir vivi-c sr discnl iii;il;ulcs (;t <iiiill(;nt ou (Irsirctit f|iiil!('i' If scrricc.

L"iiii|»irssi()ii siiliilairc (|irH\;ii('iil lait les stiicidos paraît Otn; ijrcscpic ciilicn'iiiciil oiihlici;. — Voila lo revers de la inédailh'; le bon (•<')l{' aura été sulfisamjiieiit dépeint à Votre Majesté Inipcriali;, et Je ne nie pas qu'il n'y ait de quoi également le remplir.

Huant à moi, sire, outre les motifs de santé et d'affaires qui m'ont fait désirer la retraite et le repos, je suis bien aise de m'éloii^-ner d'ici à cause de l'adage continuellement répété, qu'il y a des partis qui brouillent et entravent les affaires. Chaque incident qui peut contribuer à faire tomber cette malheureuse prévention et à prouver son vide et sa fausseté, devient d'une utilité supérieure à toute au Ire considération. — Je désire passionnément le bonheur de ma patrie, mais il me semble que je serai doublement heureux quand d'autres y travailleront. — La tâche n'est point facile dans ce moment. — Après que les premiers temps du gouvernement constitutionnel ont passé, et depuis que les travaux les plus pressants de l'organisation générale sont préparés, je me suis trouvé à Varsovie encore moins nécessaire qu'au commencement. — Ne m'élant, de ma vie, encore occupé avec suite et intérêt

ET LE PRINCE CZARTUUYSKl 209

do mes propres affaires et de ce qui a rapport à mon avenir personnel, je sens cpie c'est maintenant à quoi il faut penser, et qu'à cet égard, je n'ai pas de temps à perdre.

Mon seul vœu est d'arranger mie existence tranquille ; je désirerais même m'établir (>nfm si j'en trouve la possibilité raisonnable.

Prêt, toujours, à obéir comme je le dois à vos ordres, sire, j'avoue qu'il n'y en aura pas de plus doux et de plus bienfaisants pour moi, que ceux qui me permettront de jouir librement de ma liberté.

Daignez m'excuser si je vous parle d'objets qui ne concernent que moi ; cela ne s'adresse pas au souverain, mais à celui qui, depuis laut d'années, a permis que je ne lui cache aucune de mes pensées, et que j'ose compter toujours sur l'amitié dont il m'a fait le don précieux dans sa première jeunesse.

Je suis, etc.

:]Oii L'ii.Mi'Ki'.Kri; ai.kxandmk I"-

xxxvu

LE PRINCE ADAM CZARTORVSKI A L EMPEREUR

Vilna, ce 12 21 juillet 1817.

Sire,

La bonté avec laquelle Votre Majesté Impériale et Royale a daigné non-seulement permettre, mais même approuver l'idée d'un monument sur l'une des places de Varsovie, élevé à la mémoire du feu prince Poniatowski, n'a pas plus tôt été connue du public, que de nombreuses souscriptions ont été faites pour cet objet. — La somme rassemblée est déjà de 270,861 florins, et augmentera encore. — Les jiersonncs chargées de

ET LE PRINCE CZARTORYSKl ;i01

la direction de ce travail, dans le nombre desquelles je me trouve, allaient soumettre à Votre Majesté des dessins de statues équestres et des projets sur l'emplacement du monument, lorsque des avis vinrent les alarmer comme si Votre Majesté avait changé d'idée et voulait retirer les gracieuses assurances qu'elle avait données aux parents et compagnons d'armes du feu prince.

Ils m'ont écrit à ce sujet, et je me liàte de porter aux pieds du trône de Votre Majesté leur sollicitude et leurs prières. — Puisse votre magnanimité, sire, ne jamais s'ébranler! — L'espoir de rendre un hommage éclatant à la mémoire du prince Poniatowski avait été si doux à tout le pays, que la nécessité d'y renoncer serait considérée comme une des preuves les plus douloureuses de la diminution de votre bienveillance paternelle.

Je suis, etc.

nos L r.MiT.ii i;( Il ALKXAxnnr i-

LE PRINCE ADAM CZARTOBYSKI A L'EMPEREUR

Varsovie, ce 9/21 octobre 1817.

Sire,

J'ai adressé au lieutenant de Votre Majesté Impériale et Royale une demande qu'il mettra à vos pieds, et qui a pour objet de m'obtenir la permission d'aller voyager.

L'état inquiétant de la santé de mon frère, qui désire me voir, m'en fait une loi. — Il insiste pour que je vienne le trouver. Je suis marié depuis quelque temps, ainsi que j'ai pris la liberté de l'écrire à Votre Majesté.

ET LE PRINCE CZARTORYSKl 30:i

— Mon choix a été infiniment heureux, el ces nouveaux rapports ajoutent aux motifs qui m'engagent à aller faire une course à l'étranger. — Diverses circonstances bizarres dans lesquelles je me suis trouvé depuis peu, et dont Votre Majesté sera sans doute informée, ajoutent encore à ces motifs, et me font désirer vivement d'aller soigner ma santé et goûter du repos sous un climat plus doux.

Je supplie Votre Majesté de ne pas me refuser la grâce que je sollicite. — Je n'en serai pas moins prêt, toutes les fois que Votre Majesté me daignera croire bon à quelque chose, à remplir les devoirs qu'elle m'imposera, et à lui prouver mon zèle et mon dévouement inviolables.

304 i;i;mi'i;iu:ih ai.kxa.ndiu; r

WXIX

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKI A L EMPEREUR

Sire,

Mon ri'touv à Varsovie, aj^vès une absence de quelques mois, m'a fait faire des rapprochements avec les rapports que j'ai soumis à Votre Majesté Impériale et Royale, l'an passé.

Quand on n'est pas de suite dans un endroit, les changements qui s'y opèrent frappent davantage. — Ce que je vois à présent me confirme dans les aperçus que j'ai osé vous transmettre alors, sire, sur l'esprit

public, sur Fesprit de l'armée, sur la pente que prenaient les affaires civiles et militaires. — Les eftets que je redoutais, me paraissent de plus en plus visibles.

Persuadé que Votre Majesté veut toujours sincèrement le bien du pays, je crains qu'elle ne soit pas sur la voie qui peut y conduire, et que sa grandeur d'âme, quant aux institutions intérieures, aussi bien que sa politique pour l'extérieur, ne s'éloignent du but réellement grand et magnanime qu'elle s'était proposé. — Sachant bien que la vérité est de toutes les choses la plus importante pour un souverain, et qu'il ne saurait l'obtenir qu'en la recherchant et l'accueillant do toute part, je me suis décidé à ne pas garder le silence et à faire parvenir une voix de plus jusqu'à votre trône.

Je ne puis me taire non plus sur une infraction trèsessentielle qu'éprouve la constitution. Les décrets de Votre Majesté sont publiés sans le contre-seing d'aucun ministre dirigeant, ce qui est contraire à la constitution et aux statuts organiques. — Le ministre secrétaire d'État n'atteste que votre signature. De cette manic-re, sire, toute responsabilité est anéantie pour les actes les plus graves du gouvernement. Je dénonce ce fait à Votre Majesté comme à un de ces êtres supérieurs ([ui veulent un bien qui dure après eux.

;i06 L'KMPEHKUR ALEXANbHK l"

Dans le courant de murs, jo foinpte partir dici pour me rendre d'abord a Vilna el puis à Krzemieriicr, y faire la visite des insliluls d'éducation puljjiquo. — iJes affaires particulières m'appelleront ensuite dans des terres que je possède en Ukraine.

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKI A L EMPEREUR

Ce 4/1(1 mai 1S18.

Comme jn suis déjà dans le cas d'importuner aujoiird'imi Votre Majesté Impériale et Royale, qu'il me soit permis de la prier de se faire présenter les opinions des deux chambres sur le rapport du conseil d'État, et les pétitions de celle des nonces. — Votre Majesté y trouvera beaucoup de plaintes fondées et de vues utiles, et l'opinion véritable de la nation ainsi que ses vœux.

Entre les matières spéciales, il y en a une que je ne saurais passer sous silence; je veux dire les biens nationaux e le sort des paysans qui y sont établis. C'est

308 i;kmim;hi:ii< aij:xam)HRI"

criaiil, sire, ([uc le ^(unciiicmciil ne sVii occupe pas. Il Jaut régler et ainéliurer le suri des paysans des biens nationaux el donner les grandes fermes {fobvarhi) en baux perpétuels dont les revenus se renouvelleront tous les vingt-einq ans. — Cette opération (la discussion de ces détails n'est pas du ressort de celte diète) serait d'un avantage iiionï, moral, administratif et financier. — Trop de gens sont intéressés à la remettre et à la l'aire man(iuer pour (]uc je ne croie de mon devoir d'y attirer toute l'attention de Votre Majesté.

ET LE PHliNCE CZARTURYSKl r,09

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKl A L EMPEREUR

Sieniava, ce 2/14 aoiit 1819.

Sire,

C'est avec un bien vif regret que je me vois obligé de m'éloigner d'ici au moment où l'on nous promet, pour le courant de l'automne, l'arrivée de Votre Majesté Impériale. — La santé de ma femme ne me laisse pas de choix. — Les médecins pressent son départ, elle doit prendre, encore cette année, les bains de Baden ; ce reste de saison perdu pourrait avoir des suites fâcheuses pour elle. Je suis obligé de l'accompagner; il faut donc, pour cette fois, renoncer au bonheur, main-

:îi<i L'i:.Mi'i;i;i:i'ii ai.kna.ndhk i"

Iciiaiil si rare cl si passa^-'ci', de iiicllrc iicisoiincllc-

iiiciil à vds pieds, sire, riioiiiiiia^^ d(! iiioii ancien alla-

cliciiiciil.

J'ai laissé Varsovie dans nnc rnoriic tristesse. — Elle a clé ^cncralc, dn nioincnl f|nc Ton a su qne le pays avait encouru votre déplaisir.

Vous avez fait écrire que vous arrêteriez le cours des bienfaits promis el que vous pourriez môme reprendre ceux déjà accordés. — Ah ! sire, me sera-t-il permis de vous le dire, comment vos institutions et l'œuvre que vous avez ciilamée acquerront-ils le caractère de réalité el d'inviolabilité, qui fait lenr inéiile el leur sauvegarde, si vous déclarez vous-même ([u'ils j)euvent être détruits? — Une menace si tcrribU; [)our les généralions présentes et à venir a été prononcée, afin de punir la faute momentannée de deux ou trois individus. — Serait-il donc juste de rendre toute une nation responsable de l'imprudence de quelques jeunes jens? — Est-ce sur leurs propos ou sur ceux de quelques femmes inconsidérées que l'on doit juger de l'esprit public des habitants, qui, chez nous, loin d'être turbulent, pêche plutôt par trop d'abattement.

Ces mêmes jeunes gens, dont l'étourderie a été si nuisil)le, n'avaient pas d'intention coupable. Ils ont

ET LE PRINCE CZAKTOKYSKf 311

été induits en erreur par la persuasion, très-fondée sans doute, mais faussement comprise, que Votre Majesté veut soutenir et affermir sa constitution, et que c'était entrer dans son sens que de la rappeler au gouvernement toutes les fois qu'il lui arriverait d'en dévier.

Oui, sire, au moindre mal qu'on ressent, la première idée qui se présente à chacun et à tout le monde, c'est d'en appeler au souverain, dont on n'attend que bonté et redressement des abus. — Cette opinion générale est-elle donc si blâmable ? — On ne saurait nier qu'il n'y ait une nuance très-sensible entre la manière d'agir de Votre Majesté Impériale et celle du gouvernement qui vous représente. — Tout ce qui provient de Votre Majesté Impériale et Royale, ses ordres, ses instructions, ses observations, portent constamment l'empreinte de la déférence aux lois établies, et du désir de consacrer la constitution en montrant par son exemple comment il faut respecter ses formes. Mais cette modération, cette équité, cette sagesse, ne distinguent pas toujours les actes du gouvernement local.

Quand vos ordres sont sévères, leur exécution est prompte et rigoureuse; mais, quand ils sont favorables à Tordre constitutionnel, il se trouve toujours des pré-

;(|-J L'K.MI'KltKClt AlJ'.XANhUK I

textes |)<)Ur m- |i;is leur (lomicr .-iiitcoii |ioiir n-larfler leur (l('V('l()ii|)('iii(Mil.

Daignez, sire m- pas piiisrr ;'i une sfMile source vos données sur l'état du pays, sur l'espril cpii y r(>gne, sur l;i manlie de l'administration et sur ses résultais. — l>ii boniaul lro[» ses conversations et ses rapports. Votre Majesté s'expose à ne pas savoir la vérité. — Si mon désir de la lui faire parvenir est superflu, Votre Majesté Impériale et Royale y verra du moins mon attachement à sa personne, mon zèle pour sa gloire et pour le bonheur de ma patrie.

ET LE PRINCE CZARTORYSKl 313

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKl A L EMPEREUR

Gènes, ce 10 août 1820.

Sire,

J'espérais avoir le bonheur de me présenter à Votre Majesté Impériale et Royale, durant son séjour actuel en Pologne. La santé de ma femme, nullement rétablie encore, m'en ôte la possibilité, et je me vois forcé de prier Votre Majesté Impériale et Royale de me pardonner si je ne puis pas me rendre à la diète qui va s'ouvrir.

Je le regrette bien vivement en me rappelant qu'il y a déjà si longtemps que je suis privé du buntieur d'ap-

314 LKMI'ERKUU ALKXANDHI'; l-

pioclicr Volrc Majof^tt' cl en ponsaril aux objets imporlaiils (jui (l(ii\('iil occuper celte (liel(\

Dans des occasions ])an'ill('s, chacun so flalto à tort ou à raison de pcjuvoir (Mre de (pielquc tiliiile. Huand notre conviction est sincère et profonde, on est sujet à lui donner plus d'importance qu'elle ne le mérite. Au risque de tomber dans ce travers, quil me soit permis, sire, d'exprimer par écrit, et aussi brièvement que possible, quelques idées, qu'il ne m'est pas accorde, sire, de pouvoir vous soumettre avec plus de détails de vive voix.

Le premier travail qui occupera Votre Majesté sera de faire disparaître le déficit des finances.

Je crois qu'il faut bien se tenir en garde contre les opérations compliquées et toujours incertaines d'emprunt, de papier-monnaie, etc. — Les causes du mal sont évidentes, les remèdes ne le sont pas moins. — Ils consistent à mettre les dépenses de l'État au niveau des ressources du pays, et à augmenter ses ressources en ne le pressurant pas, en protégeant le commerce et en facilitant ses débouchés. Il semble que l'on ait fait, depuis quelque temps, précisément le contraire par le tarif étendu au royaume, et par les dernières mesures prises relativement à la force de Varsovie.

ET LE PRINCE GZARTORYSKI :Uo

Quoi qu'il en soit, je suis convaincu qu'une diminution de dépenses peut se faire avec avantage et facilité. Notre conseil d'État et nos bureaux ministériels en sont très-susceptibles. Ils ont considérablement augmente depuis l'établissement du gouvernement constitutionnel, et cependant, après six ans révolus, nous devrions avoir moins de travail qu'au moment où tout était à faire.

L'on peut obtenir, dans les Palatinats, des économies peut-être plus marquantes et plus aisément encore; pour y parvenir, il ne s'agit que de profiter de l'exemple des provinces polonaises enclavées jusqu'à présent dans les frontières intérieures de l'empire. Là-bas, l'administration proprement dite dans les districts et dans les gouvernements ne coûte presque rien au trésor public. Ces institutions, adaptées au régime du royaume, y deviendraient utiles.

Les embarras dans lesquels se trouve le trésor prouvent combien il serait désagréable que les formes constitutionnelles fussent introduites dans les matières de finances.

Ceci me mène au second point principal qui attirera l'attention particulière de Votre Majesté. J^ veux parler des brèches qui ont entamé la constitution de plusieurs côtés.

;un L'EMPEREUH ALEXANDIU-: I"--

L(» gouvcrncnirnl I(m;i1 s;ui.s y Imp |icn?;cr cl pour la plupart dans dis Ins-bonncs iiitorilions a omis une quanlilr d'oidonnancos f|ni drnassont ses pouvoirs. — Il n'y a (|uc la sagesse vigilante et paternollc de Votre Majesté qui puisse mettre fin à une confusion dont les tristes résultats se font déjà apercevoir.

Si Dieu, parla volonté magnanime de Votre Majesté, permettait qu'un jour nous jouissions réellement du régime constitutionnel, qu'elle a voulu nous accorder, le gouvernement local s'apercevrait bientôt combien il gagnerait lui-même à une marche toujours régulière. L'on a fait courir le bruit que cette diète serait fort agitée, je ne le crois pas...

ET LE PRINCE CZARTORYSKI sn

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKI A L EMPEREUR

Paris, ce 9/21 novembre 1820.

Sire,

Votre Majesté Impériale a daigné élever le gymnase de Krzemienieç au rang de lycée, et ordonné que le curateur de l'université de Vilna soit chargé de présenter un projet de règlement pour cet institut. — C'est ce que j'ai fait avant de partir de Pologne. ~ Forcé de m'arrôler à l'étranger fort au-delà de mon attente et de mon désir, j'apprends que mon travail doit subir des changements qui me semblent en diminuer l'utilité. Me serait-il permis de supplier Votre Majesté

318 i;KMI'i:Hi:rH ALKXAMtHK I"

(le suspendre sa résolulion suprême sur les staliAs du lycée de Krzeinienie<j jusqu'au printemps, où, revenu dans le pays, je serais à môme de Taire parvenir au minislèrcï de rinslruction publique des explications sur les articles qu'il voudra changer, et de ni'elîorcer de rendre les corrections arrêtées aussi avantageuses que possible au but et au bien-être de l'institut. Je suis, etc.

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKI A L EMPEREUR

Sieniava, ce il août 1821.

Sire,

Revenu dans mes foyers, je crois remplir un devoir en soumettant, à Votre Majesté Impériale et Royale, quelques observations que j'ai faites pendant le peu de jours que j'ai passés à Varsovie. Je vous importune rarement de mes lettres ; qu'il me soit permis d'être aujourd'hui plus long que de coutume; ne refusez pas un instant de patience à la lecture de ces lignes ; j'ai marqué en marge de quoi traite chaque paragraphe.

320 L'KMI'EHKl'H ALKXANDItK l'-^

aliii (|U(; Votre .Mujcslé ne se douiic la ])ciii(' de liro f|uo ceux <iLii lui i)uiaîlroiU iiiériler son alteiiliuii.

Situation des esprits. — J"ai trouvé, en l*olu{.'-ne, les esprits dans une incertitude t'xlraordinaire et dans le découragement le plus complet. Tout semble être remis en question; il n"y a pas d'institution dont on ne doute, il n'y a pas de triste métamorphose qu'on ne présage pour le pays. Cette manière d'existence est funeste ; les vues basses et personnelles y prennent le dessus, les sentiments nobles sont étouffés ; les gens faibles et d'une conscience douteuse parmi les employés supérieurs et inférieurs, considérant la chose publique comme perdue, se persuadent qu'il leur est permis de ne plus penser qu'à leur propre intérêt.

Communications du comte de Sobolevski. — Lorsque je m'informai des causes d'un changement aussi frappant, l'on me cita d'abord les dernières communications faites, au nom de Sa Majesté, par M. de Sobolevski. J'ai cherché à connaître leur contenu, et il m'a paru qu'il existait des alarmes fort exagérées. L'on ne saurait recevoir qu'avec respect les ordres de Votre Majesté, et les sages conseils qu'elle daigne donner aux Polonais. Mais, sire, pourquoi votre sévérité s'est-elle dirigée sur la nation, (]ui est passive et souffrante, au

ET LE PUIXCE CZARTORYSKI Ml

lieu de retomber sur le goiivernement,qui est agissant et lautif dans cette occasion ? — La première diète a prédit les embarras Inévitables du trésor; la seconde diète s'est exprimée encore plus positivement ; les représentations qui, aujourd'hui, ont obtenu l'assentiment d'un souverain, père de ses peuples, avaient été, dans le temps, mal accueillies par les personnes qui sont à la tête de l'administration.

Propos alarmants. — Cependant les alarmes actuelles ont été surtout nourries par des phrases échappées, dit-on, à ces mêmes personnes, qui sont supposées être les interprètes de confiance de vos volontés. Chaque mot de leur bouche est, par conséquent, commenlé avec anxiété comme une sombre prédiction du sort qui nous est préparé. L'on- croit avoir compris, tantôt que la constitution est impraticable, inutile, trop coûteuse, tantôt que l'indépendance des tribunaux doit cesser, ou que l'éducation publique sera refondue et rétrécie, ou bien que les diètes sont un obstacle qu'il faut mettre de côté, que le royaume peut être gouverné comme les autres provinces; et mille autres propos semblables qui tous frappent au cœur les gens de bien, attachés à leur souverain et à leur pays.

Sentiments de Sa Majesté, — J'ignore ce qu'il y a

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i\o vrai on d'iiiiagiiiairo dans des bruits aussi désespérants. ToutL'Iois, l'on prétond qu'il faut en chercher la source dans la pensée même de Votre Majesté Impériale; qn(\ depuis (piclquc temps, vos opinions, vos sentiments oui eiilicicnieiii cliaiipré et sont devenus l'inverse de ce ipi'ils étaient, niiuiil ;i niui, je ne saurais le croire. Des circonstances extraordinaires et momentanées peuvent bien, sire, faire nailrc des nuances d;ins votre manière d'agir et de juger les choses. Mais il y a tels i)rincipes, tels traits de caractère qui sont audessus de toutes les circonstances du monde, et auxquels j'en appellerai toujours avec une confiance inébranlable. Voilà ce que je l'ais en défendant devant Votre Majesté ma patrie et sa constitution contre ceux qui voudraient lui nuire.

Frais de l'armée. — 11 serait injuste de vouloir i)unir une nation des maux qu'elle soullVe sans qu'il y ail de si faute. Des motifs ])cs('S dans voire sagesse, et dont ji' suis loin de vouloir combattre la force, vous ont engage, sire, à décider que les frais de l'armée polonaise^ ne devaient point être diminués. — Il est positif, ce])endant, que ces frais ne sont pas' à la mesure du royaume actuel, et qu'ils sont, proportion gardée, plus grands que ceux faits pour le même objet dans i)lusieurs

royaumes indépendants, tels que la Suède, la Saxe, le Wurtemberg- et le Piémont, où, avec de plus grandes ressources, le système militaire est moins coûteu:^. Je ne touche pas à la sagesse, à l'urgence de la décision de Votre Majesté; cependant peut-on avec justice s'en ]) rendre à la nation pour la pénurie qui en est la suite?

I'etitesse du royaume. — Lorsque le sort àv. ce pays fut décidé. Votre Majesté se rappellera que les Polonais, entraînés par leur reconnaissance, émirent le vœu unanime de lui appartenir, et qu'outre ces sentiments irrésistibles, ils furent aussi enchaînés par la magnanime promesse de réunir toutes les provinces polonaises sous votre glorieux sceptre, et sous un régime national. Votre Majesté elle-même n'avait considéré la régénération de la Pologne comme digne de tous ses soins, que sur une échelle plus étendue. Le royaume actuel, plus petit d'un tiers que le duché qu'il renq)lac(', n'avait été à vos yeux qu'une pierre d'attente. On ne peut, sire, ])làmer les raisons de prudence qui ont déterminé Votre Majesté à suspendre l'exécution de ses hautes promesses; mais ne serait-il pas éminemment injuste de punir le royaume de sa petitesse, qui lui a été imposée, et que la nation, au prix des phis grands sacrifices, voii-

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drail qu'il pliil a hicii cl a Vdliv Majcsli' do faire

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Sur LA CONSTITUTION. — .reji viens aux repruclies dirigés contre la forme du gouvernement que nous tenons, sire, de votre grandeur d'Ame. Il est clair que ce n'est pas la constitution qui est fautive des dépenses mal dirigées ou superflues de l'administration; elles ont eu lieu, au contraire, parce que la constitution n'a pas été assez obéie, ni strictement exécutée. Je ne conçois pas quels obstacles Ton prétend trouver dans cette constitution. L'armée est plus que considérable, les impôts se perçoivent avec une rigueur extrême ; la justice se rend, et il ne s'agit que de garantir les tribunaux de toute influence, excepté celle des lois; la police est exercée au point, pourrait-on dire, de devenir quelquefois inquisitoriale et vexatoire. La constitution n'empêche rien de ce qui est nécessaire ; mais, en vérité, elle n'empêche pas assez ce qui est superflu et nuisible.

Le second résultat dépend entièrement de la volonté de Votre Majesté Impériale. L'on ne doit pas reprocher aux diètes de rendre les changements et les nouveautés plus difficiles à introduire; c'est, au contraire, l'un des avantages de cette forme de gouvernement, qu'elle tend

ET I,R PHINCR CZAI'.TOISYSM rî-io

à la stabilité; une loi rojotée laisse les cliuses où elles sont. Les nouvelles institutions demandent à être mûries; il n'y aurait pas d'ineonvénient à les l'aire passer quelquefois par la discussion de plusieurs diètes successives.

Soupçon général. — Une idée circule dans beaucoup de têtes, c'est qu'il y a une sorte de tendance tacite à dégoûter successivement les personnels de talent et de caractère, et ;'i introduire dans le gouvernement des subalternes ambitieux, avides, pei'diis de r('pntation. De cette manière, dit-on, tout traînera et s'embrouillera davantage; les réformes les plus salutaires seront dénaturées; il y aura beaucoup d'ordounances et d'organisation sur le papier; mais il y aura peu d'exécution, et peu de bons résultats. Le gouvernement, ainsi composé, perdra de plus en i)lus son crédit auprès de Votre Majesté, et de sa considération auprès de la nation; il deviendra par là l'instrument de sa propre destruction, qu'il finira par proposer peut-être lui-même. Votre Majesté Impériale et Royale trouvera que ce sont des assertions vagues, des craintes exagérées ci fantasques. Je les rapporte cependant, afin qu'(!lle soit avertie et qu'elle daigne être sur ses gardes dans ses clioix.

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l*]fiONOMiF.B. — Volro Majoslô Impériale a ou raison (ritidoiiiici' (le s(;v("'re.s ('■(•onomies. Le |)ays aura lieu de so l'élic^ilor si cllrs sont roiivciiaijloment réparties et si rmi ii(> se icl.îclic pas do la régie que vous ave/ recommandée, sous prétexte que les choses ne sont pas aussi mal qu'on se l'était iiguré. Vous avez, sire, sagement prescrit de diminuer le nombre des employés salariés, et vous en appelez, à ce sujet, au patriotisme polonais; je doute que le gouvernement réponde à cet appel autant qu'il le faudrait, cl qu'il en fasse usage auprès des liabitanls. Un budget constitutionel , des recettes et des dépenses bien précisées ])ar une loi, pourront seuls, à l'avenir, sauver les finances d'une répétition de déficit.

Espérances et voeux. — Quoi qu'il en soit de nos tribulations présentes, j'ai la conviction que la cause de ma patrie et de sa liberté n'est pas désespérée, tant qu'elle aura Votre Majesté pour arbitre. — Ranimez, sire, par quelques paroles consolantes, ce pays souffrant et découragé. Un seul mot de votre part suffira pour lui rendre la croyance, qui lui échappe, à un avenir stable el heureux. La nation est facile à conduire; elle est susceptible de toutes les améliorations ; elle renferme encore des hommes capables, intègres, dévoués. Nos

ET LE PRINCE CZARTORYSKl 327

vœux sont uniquement qu'il n'arrive pas cVautres résultats que ceux que vous aurez vous-même voulus; que les personnes qui vous remplacent n'aient jamais que votre but et vos intentions, et qu'elles sachent adopter vos formes. Elles gagneraient alors les cœurs au lieu de les repousser. Le gouvernement local deviendrait rigide pour lui-même et bienveillant pour les goavcrnés; l'amitié, la conflance, le patriotisme présideraient à ses relations avec la nation et avec ses représentants, et rendraient ceux-ci empressés de venir au-devant de toute proposition raisonnable et utile. Ce serait un moyen sûr de rendre odieuses les personnalités, si l'on s'en permettait encore, et de couvrir de ridicule toute singerie des orateurs français, qui me semble aussi maladroite que condamnable.

Influence étrangère. — J'ose conjurer Votre Majesté Impériale d'être extrêmement sur ses gardes contre les insinuations et contre les influences des cabinets étrangers. Comment n'auraient-ils pas d'arrièrepensées? Ils ne demandent pas mieux que de vous inculquer tous leurs principes, et de vous entraîner dans leur voie, afin de vous mettre au niveau des autres souveravns, au-dessus desquels votre étoile a plané jusqu'à présent. Leur premier but, leur plus grand

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inicrci , ('"('sl (le Vdiis i';il).ii.->f|- 'hiiis IdiiiiiiDii ih; riùii-dpc, et (le \()iis (l('i'()l)('i- r;iiii()iii- cl r;i(lmir;iliiiii (les I ('iiplcs; l'iir ils sciilciil liicii (juc ce sci'iiit \oiis l'aire pcidrc, sire, iiiic ;:i'aii(lc pailir dç noIic puissance.

■Je mo. suis anvtr |)('ii de l('iii|)s;'i Varsovie. L'âge et les iiiliniiil('s (le mon pero iifoiil obligé de me rendre siir-le-eiiani]) à la campagne ([u'il habite. Placé en délions th'< allaires, je ne désire pas changer de situalion ; chatiLie aniiOe, mon cœur vous est plus reconnaissant, sire, pour la bonté que vous avez eue de me tirer de celte administration. (Cependant, mon vieil attachement ne peut, jusqu'à présent, se résoudre à une entière nullité, et je m'imagine vous être encore utile, sire, quand quelquefois je vous informe de ce qui est, et de ce qui vous parviendra rarement par aucun autre moyen. — J'ambitionnerais et je serais heureux d'apprendre que mon zèle ne vous est pas à charge, et que je ne dois pas discontinuer de m'y livrer.

Que Dieu conserve Votre Majesté pour le bonheur des peuples qu'il lui a confiés. Puisse-l-il toucher votre cœur en faveur d'une nation malheureuse, dont vous êtes l'unique espoir. Dans les décrets impénétrables de la

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Providonco, que d'autres deviennent les exéeuteufs de ses rigueurs, et qu'il vous soit réservé d'être toujours l'instrument de ses bienfaits.

Je suis, etc.

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LE PRINCE ADAM GZARTORYSKI A L EMPEREUR

Sire,

La maiiirro iloiil M. de .Novosillzof, pendant son dernier séjour à Vilna, s'est expliqué sur le compte de r Université et des écoles de son ressort, me fait appréhender que, dans son rapport relatif aux événements du gymnase, il nait inséré des. accusations graves, et les conclusions les plus défavorables à l'instruction publique dans les provinces polonaises et aux instituts qui en sont chargés.

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Je ne prétends pas justifier des faits réi)réhcnsible?, ni défendre des coupables; cependant, comme ces instituts se trouvent depuis vingt ans sous ma direction, je supplie très-liumbleraent Votre Majesté Impériale de ne pas prononcer ses hautes décisions à leur égard, sans m'avoir entendu, et sans avoir permis que je réponde aux inculpations qui pourraient être contenues dans le rapport de M. de Novosiltzof.

Plusieurs fois, dans le cours de ma vie, j'ai en le bonheur de prouver mon attachement à l'auguste personne de Votre Majesté Impériale, et de recevoir de sa part des témoignages de confiance et de bonté dont je ne crois pas avoir jamais démérité et qui ont gravé dans mon cœur une profonde reconnaissance.

Ces précieux souvenirs de mon existence me donnent l'espoir consolant que Votre Majesté Impériale daignera accueillir la prière que j'ose lui adresser aujourd'hui et qui n'a d'autre but que de soumettre à sa justice la vérité sous toutes ses faces.

N'osant pas importuner Votre Majesté Impériale à Brzesç, où tous ses moments ne seront que trop occupés, j'attendrai à Miçdzybor7.e en Podolie les ordres qu'il lui plaira de me faire parvenir.

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