‹ Alexandre Ier et le prince Czartoryski; correspondance particulière et conversations, Czartoryski, avec une introdChapitre 4 sur 22 · I.NTHODrCTlON xxi · texte numérisé non relu

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espèce de franc-maçonuerie ii laquelle la graîide-duchesse n'était pas étrangère; une intimité qui venait de se former 'dans de telles conditions et dont la cause nous était si chère, faisait naître des conversations qu'on ne finissait qu'à regret et qu'on se prometlait toujours'de reprendre. Ce qui, en fait d'opinions politiques, paraîtrait rebattu et plein de lieux communs aujourd'hui, était alors palpitant de nouveauté; et le mystère qu'il fallait garder, l'idée que cela se passait sous les yeux de cette cour encroûtée des préventions de l'absolutisme, à la barbe de tous ces ministres si j)leins de leur infaillibilité, ajoutait encore de l'intérêt et du piquant à ces relations, qui devinrent de plus en plus fréquentes et intimes.

» L'impératrice Catherine vit d'un bon œil la liaison qui s'établissait entre son petit-fds et nous deux; elle approuvait ce rapprochement sans deviner assurément quel en était le véritable motif, et quelles en seraient les suites. J'imagine que, dans son esprit et d'après les anciennes notions sur l'éclat de l'aristocratie, elle crut qu'il était utile d'attacher à son petit-

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lils iiik; riiiiiillo irilliicntc. Kilo no so doutait ^ùre quo celte amilic lo cunni/iicrail dans rlos sentiments qu'olhï délestait ot orai^'-nait, qno ce serait l'une des causes, onti'o mille aulnes, du progrès des idées do lihorti' on Enr(i|)o ot do la réa[)parition, bôlaB! éphémère, sur la scène |i(ililiqiio, de la Pologne, (prolle croyait avoir mise pour toujours au tombeau. L'approbation de l'impératrice donnée à la préférence marquée que nous témoignait le grand-duc ferma la bouche à tous les censeurs, ot nous encouragea à poursuivre nos relations, ([ui étaient d'ailleurs si attachantes.

» Le grand-duc Constantin, par esprit d'imitation, et voyant que cela plaisait à l'impératrice, se prit aussi d'amitié pour mon frère, le fit venir chez lui, le força d'être de l'intimité de son ménage; mais il ne fut pas question, dans ces relations, de politique. Mon frère eut, sous ce rapport, le mauvais partage; aucun des motifs qui nous avaient liés à Alexandre n'existait pour Constantin, et son caractère capricieux, emporté, n'admettant aucune répression que celle de la peur, rendait toute intimité avec lui peu désirable.

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Le grand-duc Alexandre demanda à mon frère de s'y prêter de bonne grâce, pourvu que ses confidences restassent inconnues de Constantin, pour lequel il avait cependant des sentiments fraternels.

» Le grand-duc, au commencement du séjour de celte année, était logé dans le grand château et n'habitait pas encore le palais séparé et situé dans le parc que l'impératrice lui avait fait construire et qui venait d'être terminé. Le visiter fut pendant quelque temps un but de promenade après dîner. Le grandduc s'y transporta et fut alors beaucoup plus libre de nous voir. Il nous faisait souvent dîner chez lui, et rarement la journée se passait sans que l'un de nous revînt souper avec lui , après que les appartements étaient terminés au château. Nous faisions aussi, le matin, des courses à pied qui étaient quelquefois de plusieurs lieues; le grand-duc aimait à marcher, à parcourir les villages d'alentour, et c'était alors surtout qu'il se livrait à ses discussions favorites. Il èlail sous le charme d'une jeunesse à peine commencée, qui se crée des images, s'y com-

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pliiil sans s"ai'nH(;r aux ijrijxjssihililrs et halit dos prdjcis à perle (le vue pour un avenir (pii lui parait n'avoii-iiasde lin.

» Ses opinions étaient celles d'un écolier de 80 qui voudrait voir des républiques partout et considère cette l'orme de gouvernement comme la seule conforme anx vœux et aux droits de riiumanité. Quoique je fusse moi-môme alors très-exalté, quoique né et élevé dans une république où les principes de la révolution française avaient été accueillis avec ardeur, cependant, dans nos discussions, c'était moi qui étais riionime sensé, qui modérais les opinions extrêmes du grand-duc. Il soutenait, entre autres choses, que l'hérédité était une institution injuste et absurde, que l'autorité suprême devait être confiée, non par le hasard de la naissance, mais par le vote de la nation, qui saurait choisir le plus capable de la gouverner. Je lui représentais ce qu'il y avait à dire contre cette opinion, la difficulté et les hasards d'une élection, ce que la Pologne en avait soulfert, et combien' la Russie était peu propre et peu préparée à une telle

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institution. J'ajoutais que, pour cette fois du moins, la Russie n'y gagnerait rien, puisqu'elle perdrait celui qui était le plus digne de se trouver au pouvoir, celui qui avait les intentions les plus bienfaisantes et les plus pures.

» C'était sur ce point entre nous des discussions qui se reproduisaient sans cesse. Quelquefois, dans nos longues promenades, la conversation tournait sur d'autres sujets. Ce n'était plus la politique, c'était la nalure; le jeune grand-duc était enthousiaste de ses beautés. 11 fallait être bien disposé à ce genre de jouissances pour en trouver dans le pays que nous parcourions; mais enfin, comme tout n'est que relatif dans ce monde, le grand-duc s'extasiait sur une fleur, sur la verdure d'un arbre, sur une vue un peu étendue qu'ouvrait une légère sinuosité de terrain ; car il n'y a rien de moins pittoresque, rien de plus laid que les environs de Pétersbourg. Alexandre aimait les agriculteurs et la beauté rustique des villagoises; les occupations, les travaux de la campagne, une vie simple, tranquille et retirée dans quelque jolie ferme, dans un ])ays

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écarté ol riant; r'('lait le roinan (pTil aurait vrmlu réaliser et sur lequel il revenait toujours en soupirant.

» Je sentais bien que ce n'était pas ce qui lui convenait; (|uc, pour une si haute dcslinée, et pour opérer d'heureux et de grands changements dans l'ordre social, il fallait plus d'élévation, de force, d'ardeur, de confiance en soi-même, que n'en laissait apercevoir le grand-due; (lu'à sa place il était blâmable d'avoir le désir de se débarrasser du poids énorme qui lui était réservé et de soupirer après les loisirs d'une vie tranquille; qu'il ne suffisait pas de juger de la difficulté de sa position et de la redouter, mais qu'il aurait fallu s'enflammer du désir passionné de les surmonter.

» Ces réflexions ne se présentaient à mon esprit que de temps en temps, et, même lorsque j'en sentais la vérité, elles ne diminuaient pas mes sentiments d'admiration et de dévouement pour le grand-duc. Sa sincérité, sa droiture, la facilité avec laquelle il s'abandonnait aux belles illusions, avaient un charme auquel

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il était impossible de résister. D'ailleurs, si jeune encore, il pouvait acquérir ce qui lui manquait; les circonstances, les nécessités pouvaient développer des facultés qui n'avaient pas eu le temps et les moyens de se montrer; mais ses vues, ses intentions restaient précieuses comme l'or le plus pur, et, quoiqu'il ait bien changé depuis, il a pourtant conservé jusqu'à la fin de ses jours, une partie des goûts et des opinions de sa jeunesse.

» Beaucoup de gens, surtout mes compatriotes, m'ont reproché, plus tard, d'avoir attaché trop de foi aux assurances d'Alexandre. J'ai souvent soutenu contre ses détracteurs que ses opinions étaient sincères et non jouées. L'impression produite par les premières années de nos relations ne i)ouvait s'effacer. Assurément, lorsque Alexandre, à dix-neuf ans, me parlait dans le plus grand mystère, avec une effusion qui le soulageait, des ses opinions et des sentiments qu'il cachait à tout le monde, c'est qu'il les éprouvait réellement et qu'il avait le besoin de les confier à quelqu'un. (Juel autre motif

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[loiiMiil -il iivnir jiloi-.s? ([iii ;ii]|-ail-il ndijIu tium- |i('i? Il suivait assurément lu pruiclianl dr; son cœur, et coiiliail SCS pciisôos vôritables. J'aurai l'occasioM de revenir là-dessus lorsqu'il me faudra parler des cliangcuiriils (ju'a subis le caraclrre de ce priuL'u. I)

Ainsi se forma dans les jardins de la Tauride celte iiitiinilû singulière qui était destinée à prendre une vérilahle importance politique et qui explique le rôle du prince Adam Czartoryski, la confiance qu'il garda longtemps, cette pensée persévérante d'une transaction possible, cette correspondance enfin, dernier mot d'une situation extraordinaire. Que le prince Adam, en acceptant cette amitié qui allait au-devant de lui, en s'y laissant aller avec une certaine prédilection dont seul alors il connaissait les motifs sérieux, ait eu toujours pour mobile, pour principale et unique préoccupation le patriotisme le plus intègre, cela ressort non-seulement de ses paroles, de ses écrits, mais encore de toutes ses actions.

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Jamais, devant cette faveur d'un grand-duc devenue bientôt une faveur impériale, il n'abaissa ni son caractère national ni ses espérances. Il resta simplement ce qu'il était : un Polonais cherchant le bien à travers les dillicullés du temps, et, même lorsque la fortune se plat à le transformer un instant en ministre d'un tzar, il mit pour conditions qu'il ne recevrait ni traitement ni décorations, qu'il reprendrait toute son indépendance le jour où l'intérêt de la Pologne le lui ordonnerait. Jamais non plus, dans les nouveaux rapports créés par l'organisation de 1815, il ne cessa de défendre les droits de son pays, jusqu'à l'heure où l'ami d'Alexandre devint le membre du gouvernement national de 1831, la victime de l'empereur Nicolas, l'émigré venant lutter encore et mourir dans l'exil.

Que l'empereur Alexandre I", de son côté, fût do bonne foi dans ses épanchements, dans ses idées de justice envers la Pologne, je ne me refuse pas absolument à le croire : il était jeune, son esprit était assiégé de rêves généreux. Le rôle de réparateur

T\\ I VTItiiDICTlO.N

soiJiiiiil a son aiin' indécise cl nnjhile ; j| s'essayait (le (eiiips a autre à le remplir. Avant sa niuil, il Unit par reculer lui-inOmc devant l'exécution de S(.'S promesses; mais, pendant de longues années, il garda celle i)cnséc, d'abord comme une espérance qui llaKait son ambition, puis comme un tourment qui Tagilail, comme un secret remords; il .avait peur de son œuvre, qui n'était pourtant qu'une bien incomplète justice.

Cet épisode n'est plus que de l'histoire; il ne laisse pas cependant d'avoir, même aujourd'hui, une éloquente signification. 11 montre l'inanité de ces transactions entre vainqueurs et vaincus, puisque la tentative la mieux faite pour réussir finit par la plus cruelle et la plus amèrc déception. L'empereur Alexandre I" ne fit rien, ou ce qu'il essaya de faire se ressentit toujours delà duplicité d'une âme faible et vaine; il osa du moins avouer cette pensée de réparation et de justice; il laissait parler devant lui, il parlait luimême d'une restauration de la Pologne ; il ne méconnaissait pas entièrement le droit d'une nation ; il ne

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prétendait pas supprimer son histoire, sa religion, son nom, ses mœurs, son autonomie. Il ne tint pas sans doute les engagements qu'il avait pris, auxquels il voulut un jour donner la sanction de l'Europe; du moins, il ne les abolissait pas dans un emportement d'autocratie; il en reconnaissait la force et l'autorité légale; tant bien que mal, il laissait vivre cet ordre constitutionnel qu'il avait donné au royaume de Pologne pour faire honneur aux obligations consacrées à Vienne, et il ne repoussait pas môme théoriquement l'idée de rattacher au royaume les autres provinces polonaises de l'empire.

Aujourd'hui, sous le règne d'un neveu d'Alexandre 1", la pensée russe, finissant par se dégager, ne connaît plus ni obligations morales ni liens diplomatiques. On marche audacieusement au but et on ne dissimule même pas ce hardi dessein devant l'Europe, qui regarde et ne s'étonne plus. Selon cet étrange droit nouveau, la Russie, en démembrant la Pologne, n'a fait qu'exercer un droit et reprendre son bien. Il ne s'agit plus que d'annexer, d'assimiler des provinces

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