‹ Alexandre Ier et le prince Czartoryski; correspondance particulière et conversations, Czartoryski, avec une introdChapitre 6 sur 22 · L EMPEREUR AU PRINCE ADAM CZARTORYSKI · texte numérisé non relu

L EMPEREUR AU PRINCE ADAM CZARTORYSKI

Ce 17 mars 1801.

Vous avez déjà appris, mon cher ami, que, par la mort de mon père, je suis à la tète des affaires (1). Je tais les détails pour vous en parler de bouche. Je vous écris pour que vous remettiez sur-le-champ toutes les affaires de votre mission à celui qui s'y trouve le plus ancien après vous, et que vous vous mettiez en route pour venir à Pétersbourg. Je n'ai pas besoin de

(1) La mort de Paul I" est du 10 mars 1801, et nous n'avons pas

4 L'i:\iiM:ui:rH Arj:xA\Diii-: i -

vnii> fIii-(' ;iv('c (iiK'llc i[ii|);iti('iic<; ,jo vous altonds. JVs|)cn' (\\n) h; Ciel veillera sur vous pendant votre roule cl vous amruera ici sain et sauf. Adieu, mon rher ami, je ne puis vous eu dire davantage; je joins ici un passe-port pour le montrer à la frontière.

besoin de rappeler qu'Alexandre n'i^tait point enlièrement innocent de celle fin Iragique. Le prince Adam Czarloryski se trouvait en ce moment en Italie avec le titre de ministre de Russie près la cour de Sardaigne. C'était, du reste, un emploi fort peu occupé, le royaume de Sardaigiie n'existant plus et le roi résidant le plus souvent à Rome. L'empereur Raul h'^, à son avènement, avait vu d'un O'il peu favorable l'intimité formée entre son fils le grand-duc Alexandre et le prince Adam Czartoryski, alors retenu à Saint-Pétersbourg; il avait expédié ce dernier en Ralie,"cliangeant son exil à Pétersbourg, en une mission qui était un autre genre d'exil, mais dont le prince Adam profitait pour aller à Rome, où. il se livrait à des études historiques.

IJ

l'empereur au prince ADAM CZARTORYSKI

Pétersbourg, ce 12 juin 180i.

Je ne puis vous exprimer, mon cher ami, ce que j'ai éprouvé en recevant votre lettre et surtout par l'idée que je vous reverrais bientôt. Je ne puis concevoir comment j'ai fait pour me tromper sur votre titre (1) ; et je joins ici un autre passe-port d'après votre désir. Adieu, mon cher, je ne puis vous écrire davantage.

(I) L'empereur, par erreur, avait mis sur l'adresse de la lettre, en le joignant au nom du prince Adam, le titre de conseiller intime actuel, qui, en Russie, donne le rang de général en chef.

i;i:MiM:ai:F'ii ALKXA.vDiti': i-

LE PRINCE ADAM CZARTORVSKI A LEMPEREUR (*'

"22 mars 1806.

Ce n'est pas dans le dessein d'exagérer à Votre Majesté Impériale les dangers qui menacent son em-

(I) Apri^s son retour d'Italie, le prince Adam ctail resté quelque temps auprès de l'empereur Alexandre, sans être mêlé activement et officiellement aux affaires. Ce n'est qu'en 1803, après bien des hésitations et bien des instances d'Alexandre, dont c'était une idée favorite, qu'il acceptait le poste de ministre des affaires étrangères à Pétersbourg. Plusieurs choses le décidèrent. D'abord, il n'y avait, pour le moment, plus rien à attendre de la France, qui venait, depuis peu, de licencier les légions polonaises en les envoyant à Saint-Domingue, OÙ elles périrent presque entièrement. D'un autre côté, quelque bizarre que fût cet arrangement, il fut expressément entendu, entre l'empereur Alexandre et le prince Adam, que ce dernier n'avait à

pire, et de l'alarmer inutilement sur sa position que j'ai rédigé le mémoire que je soumets aujourd'hui à sa considération. Le zèle le plus sincère et le plus réfléchi l'a dicté. 11 m'a paru indispensable de signaler à Votre Majesté une partie des écueils qui l'entourent et qu'elle semble ne pas apercevoir ou sur l'existence desquels elle veut s'abuser. La Russie est réellement dans une position fort critique. Ses dangers, le vôtre, sire, peuvent aller dans une progression que je ne saurais envisager sans frayeur. J'ai donc cru qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour proposer à Votre Majesté Impériale la seule mesure qui puisse rendre possibles toutes les autres que les circonstances devront nécessiter, qui ne suffit pas encore pour assurer le salut de l'État, mais sans laquelle il deviendrait trop précaire, si ce n'est impossible.

Jusqu'à la guerre, une sorte d'unité avait existé dans

abdiquer aucune de ses espérances comme Polonais, qu'il resterait libre de se retirer le jour où son patriotisme aurait à souffrir de son service. Enfin, pour achever de le décider, Alexandre lui offrit le poste de curateur de l'université de Wilna : en d'autres termes, il lui confiait le gouvernement de l'instruction publique dans les provinces polonaises attachées à l'empire. Le prince Adam resta ministre jusqu'en 1806, après la guerre qui se dénoua par la bataille d'Austerlitz. On va voir quel jour jettent, les deux pièces qui suivent, sur la politique et la situation de la Russie à cette époque, aussi bien que sur le caractère d'Alexandre.

8 i;r: mim:hi;ih Af.tXANDHi: i"

la rnarchc du l'-uiiv( rncMirnt, cai' Vdln- Majesté Impériale accordait une certaine dose de confiance à un nonribre fixe de p(T.s(innes avec lesquelles elle se consultait et discutait ordinairement les aiïaires, avant de les décider. Cependant, môme alors, la nécessité de mettre encore plus d'uiiilé dans toutes les branches du gouvernement s'est l'ail continuellement sentir, et ( cttr niiil(' a toujours été désirée. Les désastres que nous avons éprouvés doivent être en partie attribués à ce que cette unité n'a pas été suffisante et que, plus tard, elle a été entièrement détruite, lorsqu'il devenait plus nécessaire que jamais de la conserver.

Au reste, quelle qu'ait été la raison qui ait empêché d'établir plus tôt un comité ou conseil intime chargé de prendre une connaissance suivie des aiïaires d"Etat, dès que l'absence d'une semblable combinaison est démontrée nuisible, il devient urgent d'aviser, surtout dans un moment où les circonstances ont rendu la position de l'empire beaucoup plus critique qu'elle ne l'était précédemment.

Permettez-moi;, sire, de faire une observation qui, à cet endroit, ne sera pas déplacée. C'est toujours avec une surprise infinie que j'ai remarqué que Votre Majesté semble prendre à tâche d'assumer sur elle

seule la responsabilité non-seulement de chaque mesure, mais même de son exécution jusque dans ses moindres détails, tandis qu'il était dans l'esprit de l'institution du ministère de vous en garantir, sire, et de vous donner les moyens de pouvoir toujours vous en prendre à quelqu'un pour la non-réussite des opérations du gouvernement, qui maintenant retombe sur vous seul, parce que Votre Majesté veut tout faire par elle-même, tant dans le militaire que dans le

Au milieu des circonstances les plus difficiles, et quand il s'agit de prendre des décisions qui pourraient sauver ou perdre l'État, Votre Majesté Impériale paraît avoir pris pour principe de ne suivre que l'idée première qui lui vient, de ne consulter ni le jugement ni l'expérience des autres, de se priver en un mot d'une conviction raisonnée et des lumières qui seules peuvent la donner. J'oserais encore ajouter qu'une grande partie du temps précieux de Votre Majesté Impériale étant absorbée par des occupations de moindre importance, elle ne peut donner à la discussion et à la surveillance des mesures proprement d'État, toute la suite, le loisir et l'attention qu'elles exigent. Si cette remarque que j'entends répéter à beaucoup

10 I.T.MIM'in-.ril ALKXANDIU' 1 '

(le gons se Iroiiviî civnir qnfliiin' roridciii iit, V(jlre Majrsif'' Impéri.'iN) no sera plus (•Uniiuic. (l;i|)|)it.'ii(Jre qu'on est, en .^rncral, sous Timpropsioa d'une inquicludt; Irès-fàclicusc sur la marclic et les mesures du gouvernement, cl sur les (jvéniMiuMils (jut.- laNCHir nous pn'parc.

Au cas (juc Votre Majesté Iinpf'-riale n'adopte pas la mesure proposée, ([ni m'a scinhh' la seule propre à remédier aux inconvénients présents, et que les affaires continuent ;\ suivre leur train actuel, je voudrais me tromper, mais je redoute les suites les plus malheureuses tant pour la Russie que pour vous-même, sire. Supposons que notre inactivité et notre conduite trop passive finissent par amener la guerre dans vos propres rroiiliéres : dans ce cas, sire, qui n'est pas impossible, je ne répondrais plus des Polonais; j'irais jusqu'à craindre l'effet qu'un tel exemple produirait sur l'esprit dos Russes eux-mônies. Déjà ceux-ci endurent avec peine que la gloire de l'État soit diminuée, et que l'aniour-propre national reste humilié. S'il est blessé encore plus, si les frontières sont entamées, on en accusera Votre Majesté Impériale, et les propos divers qui circulent dans les deux capitales ne sont pas propres à tranquilliser sur ce sujet. — J'ai pensé que

ma conscience m'obligeait à ne pas taire ces détails à Votre Majesté.

Comme les opinions ne peuvent s'imposer, il est pos-' sible que Votre Majesté gardera toutes les siennes, et n'ajoutera aucun prix ni croyance à celle que je prends la liberté de lui énoncer. Dans ce cas, il ne me restera qu'à me retirer, avec la satisfaction de n'avoir rien à me reprocher, et qu'à faire des vœux pour que mes prédictions ne s'accomplissent pas.

Cependant, Votre Majesté Impériale trouvera juste alors que je la supplie de m'accorder, dés à présent, mon congé, et j'ai trop reçu dans ma vie de témoignages de sa bonté, pour que je puisse douter que, dans cette occasion, elle ne veuille également m'en donner la preuve la plus sensible que je puisse solliciter dans ce moment.

Je ne rappellerai pas à Votre Majesté Impériale tout ce qui s'est passé depuis mon retour ici, et qui est certainement présent à sa mémoire, combien elle a prêté peu d'attention aux opinions que je lui ai soumises, aux représentations que je lui ai faites soit sur les choses, soit sur le choix des personnes à employer à l'étranger, choix qui influe si essentiellement sur la marche des affaires diplomatiques, au point que leur

12 i;i,MiM;ii!;i ii a i.i;\ AMU'.r: i-'

t*(''USsilo 011 leur iiisiiccrs cil (l(|icinl If plus souvent.

Celte manière (l'èlre dans la place qiu; j'oecupe, avec la rcspoiisaliililf' tim; lo |uiMic y allarlie avoc raison, n'est (priiiie coiiliiiiiiiliuii et une suite de l'existence réellenienl l>ien [léiiihle, (|iie j'ai eu à supporter, à dater surtiuil iln inumeiil un \ous r(!'solùles, sire, votre (l('l>ai-| pour l'armée.

Depuis (|uc Votre Majesté Impériale veut bien traiter (TaU'aires avec moi, elle a eu occasion de connaître à fond toutes mes opinions, et elle sait d'avance de quelle nalur ' seront les mesures que je lui proposerai toujours. Si Votre Majesté trouve convenable de rejeter celle que préalablement et comme base première, je mets sous ses yeux aujourd'hui, ce ne sera pas certainement pour suivre davantaije aucune des idées que je pourrais lui soumettre par la suite; mais, si même elle daignait les agréer, et, quels que soient les errements qu'elle voudra adopter, sans la mesure proposée, l'exécution manquera toujours faute d'ensemble et de suite, comme nous l'avons éprouvé précédemment. Votre Majesté Impériale a trop de bonté pour vouloir m'imposer plus longtemps la dure obligation, et j'oserai dire le martyre de participer à un ordre de choses, et d'exécuter des mesures que je

croirais dans mon opinion directement opposés au l)ien de Tempirc et au vôtre.

Quel avantage auriez-vous, sire, à conserver encore un ministre dont Votre Majesté n'estime pas les avis, dans lequel elle n'a pas de confiance, et qui, de son côté, est toujours opposant, récalcitrant à presque toutes ses volontés ; qui se sent découragé, et hors d'état d'avoir du zèle et de la capacité pour saisir et pour pouvoir exécuter des ordres contraires à sa conviction, si même son caractère lui permettait d'en être l'organe? Votre Majesté Impériale a de tout temps approuvé une façon de penser libérale; ce ne sera donc pas elle qui voudra maintenir le plus arbitraire de tous les principes, celui d'exiger qu'on reste chargé de l'exécution aveugle d'ordres, contre lesquels la conscience proteste. Si le parti de Votre Majesté Impériale est décidément pris de faire marcher les affaires comme elles vont à présent, si elle croit s'être tracé à elle-même un système qu'elle considère comme répondant suffisamment aux circonstances critiques du moment, et duquel elle ne veut pas absolument se départir, il lui faut un ministre qui sache le comprendre et s'en pénétrer par conviction, qui s'y conforme avec bonne volonté, avec esjjoir d'y réussir,

14 Li;Mi'i:ni:ri! ai.kxamiI'.h I"

ft îivcc un couraKO oncorc iKjuvcau. Il faut ;i Votre Majesté (|ii('lqii'iiii qui lui iris|)ire de la «onliance, qui, ôtant du pays, y ail plus d(! poids, et soit moins exposé à la calomnie que je ne Je suis. Dans la i)Osilion où il se trouvera, ces conditions requises lui seront plus (pic jamais nécessaires. Je n'en j)osséde aucune. Kl ((ininiciit Votre Majesté pourrait-elle vouloir (|ue je conliiuK; a remplir dc> lunctions dans l'état actuel, sans aucun moyen de me justifier, excepté, sire, visà-vis de vous seul, intimement convaincu, comme je le suis, que la marclie présente des affaires, au.xquelles j'aurais Tair de prendre part, ne peut que mener à mal.

Je (lois, en outre, prévoir que mes compatriotes, et le pays où je suis né, peuvent être facilement impliqués dans les événements qui vont se développer, et ce serait bien alors qu'on dirait ici que j'ai conduit les choses tout exprès pour qu'elles tournent de cette façon.

D'un autre C(jté, j'avouerai à Votre Majesté Impériale que je ne saurais m' expliquer j)ar quel motif elle désirerait encore me garder dans le ministère. Votre Majesté pense que le système dans lerpiel elle a été entraînée par son cabinet est la source de tous les

désastres que nous avons éprouvés. — Je ne lui ai pas dû cacher que, par contre, j'étais persuadé qu'ils ont eu lieu parce que Votre Majesté n'a pas suivi assez franchement et décidément ce système, parce qu'elle s'était écartée du plan qui avait été convenu, et parce qu'elle a Oté sa confiance, pendant son exécution, à ceux, avec lesquels elle l'avait formé; de manière qu'il n'y a plus eu d'unité et de conséquence dans ce qui s'est fait depuis. Je dois avouer que mon avis est aussi que les principes qui ont réglé jusqu'alors la conduite du cabinet de Russie doivent encore la diriger à présent, que ce sont les seuls qu'il lui convient de suivre, et que la plus grande énergie et la plus grande activité peuvent seules tirer la Russie de sa position fâcheuse. Votre Majesté Impériale paraît être d'un avis tout à fait différent; elle regarde les principes qui nous avaient conduit comme nuisibles et dangereux, et semble surtout vouloir se prémunir contre toute mesure qui en serait encore la suite.

De quelque côté, dans ces deux manières de voir, que soient la vérité et la raison, il en résulte l'égale convenance et la nécessité, ou, pour Voire Majesté, de me donner mon congé, ou, pour moi, de le demander. En effet, si Votre Majesté Impériale est convaincue que

16 i,i;Mi'i;i;i:ri! Ai.i;xA.\[)iti: i '

c'est la lùgûrcli' il riiii|ir(.'voyaiicc de son ciliiiift, pondant que je l'ai (liiiLM-, (|iii ont imidiiil les niallieurcux ôvéncnicnh de raniH'i- (Icriiini', si clic est d'avis qu'en C'cuulant à présent des conseils ba.sL'S sur les mêmes principes, ce serait augmenter les dangers de la Russie, et (|ii"elle juge nécessaire d'appoilcr nn soin pai'liculier a n'adiiiclli'e rien de ce fiue je cnjis devoir lui proposer, dans VuK'r. qu'elle a de ne pas se laisser entraîner dans de nouvelles crises, j'avoue que je ne comprends pas, pourquoi Votre Majesté hésiterait à m'accordcr mon congé, et pourquoi elle ne donnerait pas ma place à quelque personne, de laquelle elle puisse attendre des preuves plus satisfaisantes de pru- - dence et d'Iiabililé. D'ailleurs, quand on ditrère trop d'opiniun et de princiiies, on ne parvient pas à se comprendre; on s'aigrit, chacun tire du cùlé de sa conviction, l'on ne peut s'empêcher d'y revenir continuellement. — Qiielque direction que Votre Majesté veuille donner aux alFaires, ce n'est pas la manière dont elles pourront bien marcher.

Telles sont mes raisons pour supplier Votre Majesté Impériale de m'accorder mon congé. Elles gagnent une nouvelle force à cause de ma situation particulière. Sous ce rapport, Votre Majesté connaît toutes les cir-

constances qui me font si vivement désirer une vie tranquille, retirée. Elle se rappellera que j'ai élé loin de désirer ma place actuelle; je me suis même longtemps défendu de raccepter, prévoyant tous les désagréments que j'aurais ta suLii* comme Polonais. Depuis lors et presque en entrant en place, je n'ai cessé de soupirer après le moment, ou vous me permettriez, sire, de la déposer entre vos mains.

J'en ai souvent réitéré la demande, et, dans les derniers temps, les raisons contenues dans cette lettre me l'ont fait renouveler plus souvent et avec plus d'instances. Votre Majesté Impériale a daigné me promettre, à plusieures reprises, qu'elle condescendrait à ma demande, et exigea simi)lement que j'attendisse quelque temps encore.

Je prends la liberté, sire, de vous rappeler votre promesse, sur laquelle il m'est permis de compter. La raison qui a retenu jusqu'à présent Votre Majesté Impériale d'y donner suite, n'existe plus. Vous avez assez montré (pie vous ne cédiez pas, sire, à des propos importuns. Personne n'en doute à présent, et, si vous m'accordez mon congé, on n'imaginera ])a3 seulement de l'attribuer à des intrigues qui ne sont nullement faites pour iiiduer sur vos décisions. Ma retraite, au

is I, i:mi'I.iii;i II AriiXANDitr, i"

rcsle, (•( iidia liraiicoiii) de j-'cns coiilciils, cl la |)Iiiiiail (l(s personnes de la soeiélé liahiliielle el iiilinie d(; Vulre .Majeslé, en seront salislailes. Je ](î serai égalenicnl; ponniuoi donc ne pas presser une fin qui rendra tonl h; monde conicnt, dont personne ne; sera aurej^M-et, non plus que Votre .\lajesl(' Impériale, ipii du moins aura enfin dans ma [jai'lie un travail agréable et [taisihle, et dans le sens qu'elle désire.

Si Voire Majesté hnpériale agréait la mesure que je lui propose, et qu'en même temps elle pût tenir dès à présciit la promesse qu'elle a bien voulu me faire, en daignant m'accordcr mon congé, alors je me regarderais comme doublement heureux; mes convenances paiticulières seraient remplies, et j'aurais en m.èmc temps réussi à rendre à Votre Majesté Impériale un service que je considère comme essentiel; car, quel que soit, quant aux personnes, le genre de choix que vous ferez, sire, le mode que je vous propose sera toujours le seul propre à utiliser les talents. — Je suis, etc.

LE PRINCE ADAM CZARTORYSKI A L EMPEREUR

Avril 1800.

Votre Majesté Impériale daignera apprécier les motifs qui m'ont engagé à rassembler tous les faits qui peuvent donner une idée ne Lie de la conduite de son cabinet depuis que j'y suis admis, et servir d'éléments et de matériaux pour un compte rendu réservé de ma gestion, destiné à n'être soumis qu'à elle seule.

Vous ne serez pas surpris, sire, de voir que, de concert avec tous ceux qui ont pris part aux allaires politiques el à votre conliance pendant cette dernière époque, je sois si vivement intéressé à ce ([ue Votre

20 i;i:mi'i;iu;uh ai.kxandhk i«'

Majesté ail duvaiil les yeux luut ce qui pi.'Ul la mettre il nii^'iiic d'asseoir sur ed obji'l uu ju^'eincul iniparlial el l'dvuruljle.

C'est un genre d'intérêt ijue chacun de ses serviteurs sera empressé d'avouer.

Cependant d'autres motifs plus justes encore et plus pressants, ainsi que Votre Majesl('3 Impériale l'aura remarqué dans le cours du mémoire ci-joint, et qui prenaient leur source dans mon zélé pour son service et mon dévouement pour sa personne, m'ont également dirigé dans ce travail, et c'est en suivant leur impulsion que je crois de mon devoir le plus sacré d'ajouter audit mémoire quelques réflexions, qui ne doivent être adressées qu'à vous-même, sire, où je n'ai besoin que de votre seul témoignage, — en un mot, de compléter aux yeux de Votre Majesté le tableau du passé et ses conséquences, telles que je les envisage, sans rien taire ni pallier, et de lui exposer la vérité tout unie et tout entière, telle que je la vois dans ma conviction la plus intime.

En revenant sur les événements passés à peu près dans le môme ordre où ils sont traces dans le mémoire, je dois prévenir Votre Mnjesîé Impériale que c'est d'elle-même que je vais principalement l'entretenir.

Les souverains sont si fort indivisibles d'avec TÉlat, qu'en traitant de ses vicissitudes, on ne saurait éviter de s'arrêter sur leur conduite personnelle, de laquelle, en effet, doivent dépendre en grande partie les succès et la décadence des empires.

Peu de reproclies ont été laits au cabinet de Pétersbourg avec moins de justice que celui de s"étre laissé aller à di-s idées exagéiées de dévouement au bien général de l'Europe, sans penser à ce que pouvaient exiger les intérêts directs de la Russie, et sans jamais chercher à lui procurer aussi des avantages convenables.

On oubliait, en apjjuyant sur ce reproclie, que c'est au maintien de ce bien général que tenait la considération, et même la sûreté de la Russie. On ignorait, en outre, toutes les conversations qui eurent lieu avec Votre Majesté, et dans lesquelles, depuis deux ans, on a tant de fois mis en avant des idées sur les combinaisons qui pouvaient être avantageuses à la Russie, telles que la possession de la Moldavie et de la Valachie, la Vislule pour frontière, la réunion des peuples slaves et grecs, etc., en un mot, sur la convenance qu'il y aurait à pensera des acquisilions pour la Russie, et d'assurer ses débouchés commerciaux.

^i l/i;.MI'Klti;i li ALKXA.NDIii: 1"

Cos i(lô(>s élaicnl coiislamiiicnt rcjclécs |);ir Votre Majcslr liii|t('Tialc, cl (rime manière (pii faisait perdre • "«■spuir (iircllc voiilfil en ;.'(jnler aucune (le. sili)l. Il eijt él('' Cons('(iiieinm('n( (lillicile de .s'()cen()er enire antres du parlaLic (h; ri':nrep(! avec l)i)nai)arle, projet anqnel (in ne pouvait son^rer qu'en prenant la déeision de se renforcer aux (h-pcns de qucdqncs-nns de nos voisins.

Les t'-venements cependant dénotaient déjà que le besoin d'étendre et d'assurer notre influcnco, d'agrandir les limites et I(\s moyens de l'empire, pourrait devenir de plus en plus urgent, soit pour maintenir la Hussica la |)lace qn'elh; doit occuper, soit pour établir une tiMn(|uillité réelle et durable (mi Europe. C'est pourquoi il parut que la seule marche à suivre était celle on tout serait basé sur les sentiments les plus purs et les plus désintéressés. C'est de là qu'il fallait partir et tirer les motifs les plus saillants de l'action; mais, dans le développement des mesures que le bien général et la défense commune auraient nécessitées, Votre Majesté Impériale, jiar la force des circonstances, aurait été amenée malgré soi et sans y avoir songé à obtenir des avantages considérables j)our elle-même. C'était certainement le moyen le plus beau, et peut-être le i)lus sûr d'y parvenir, et, dans deux circonstances consé-

ET LE PJlIxNCE CZAKTORYSKI 23

culives, nous on avons été si près, qu il n'eût fallu que persôvôror pour réussir.

Personne n'a senti plus que moi la nécessité indispensable d'obtenir l'entière conviction et l'entière approbation de Votre Majesté Impériale pour toute opération que l'Élat entreprendrait; sans cela, pourrait-on espérer de la voir poussée avec suite et énergie? 11 semblait, sire, que ce n'était que par la générosité des motifs, la grandeur des résultats, par le bien, en un mot, de l'humanité, et la gloire de la Russie qu'on pouvait uniquement assurer à tout système qu'aurait embrassé votre cabinet, le soutien d'une volonté suivie et inébranlable de votre part.

J'en appelle à Votre Majesté Impériale elle-même, si dans les discussions que j'ai eues avec elle, si dans les représentations que je lui ai soumises dans le temps, je n'ai pas toujours cherché à provoquer une persuasion bien réelle, une détermination bien spontanée et volontaire.

Cependant j'avouerai que je m'aperçus, trop tard peut-être et avec une grande douleur, que Votre Majesté n'avait pas une conviction profonde et décidée sur les objets qui occupaient son cabinet.

Après avoir discuté à fond la matière, après être con-

2'i i,r,Mi*i:i',i:rn alkxamiI! i; i"

venu (les |)riiici|)cs, Votn; Majcslr, au bout de (luolque temps, avait des retours, se laissait aller à des regrets pc^niblcs jKiur cllc-rucMie, et [)lus encore pour son cahincl. Pcnd.'uil (|ue, jiar vos propres (l('ci>ions, sire, les évéïiemenls avaient d<'j;\ pris une direction détermin(''e, oliliuM''S sans cesse de revenir a nijnvcanx Irais sur le passô comme si rien n'avait été convenu et rd-glé, nous n'étions jamais sûrs du point d'où Ton élait parti, et c'était lorsqu'on se tiouvail embarqué déjà dans l'exécution des ordres donnés que les doutes se réveilaienl derechef, et qiu; les bases et les principes sur lesquels l(jules nos démarches reposaient se trouvaient vacillanis.

Sans doute qu'alors, à mon sensible mais trop tardif regret, il n'y avait guère moyen d'écouter et d'encourager des incertitudes aussi inquiétantes pour la suite des atraires, et j<> me vis dans la nécessite de représenter qu'après s'être avancé aussi loin, il fallait bien soutenir son ouvrage jusqu'au bout.

On a ])u s'apercevoir, d'après les résultats, pendant le cours de Tannée passée, à quel moment celte conviction si nécessaire existait, quand elle variait, s'affaiblissait, ou cessait entièrement, et ce dernier cas arriva aussitôt que des obstacles imprévus survinrent; mais

ET LE PRINCE CZARTORYSKI 2o

qu'il me soit permis d'observer que, si bien comLiné que soit un plan, il faut toujours être préparé à des contretemps, et à des chances défavorables, et que, si Ton ne voulait persévérer dans son exécution qu'autant que tout absolument s'arrangeât selon nos drsirs, il n'y aurait pas de plan qui pût réussir.

La crainte de prévenir imprudemment l'opinion bien assise de Votie Majesté Impériale, et d'agir d'une manière qui ne serait pas celle de sa conviction, a fait mettre d'abord une extrême mesure dans la marche de son cabinet, mesure qu'on ne manqua pas aussi de lui reprocher dans le temps.

Lorscpe la nouvelle de la mort du duc d'Enghien parvint à Saint-Pétersbourg, quelque porté que je fusse en mon particulier à ressentir vivement cet attentat, et à donner du relief à Ténergie et à la noblesse des sentiments qui guidaient notre cour, je dois cependant rappeler à Votre Majesté Inqiériale, que j;; ne proposai aucune démarche dans le genre de celles qui furent faites; les dépêches q.ue j'avais préparées contenaient des représentations très-vives, mais non publiques, et ce fut Votre Majesté elle-même qui seule donna l'impulsion dans cette occasion. J'avoue, que loin de voir avec chagrin cet élan, j'en 'conçus de la joie et de l'es-

20 Li:.Mi'r.iii;i i{ ai.kxamiuk I"

|)()ir; il iik; soiiihla (pTil S(M-ail coiipaltlc di; l'anvl*'!- et de le rcl'ioidir p.T des ropirsoiilalioiis, tandis ([Un celait piéciséiiicid celle; éiierf;ie et celle iiidij^'nalion (jiii claient les (•'.ciiiciils nécessaires du syslénK.' f|u'iin regardail coiimie le seid à suivre, el qu'il iiarai.-sait dévelojiper déliiiiliveinent dans votre âme cette conviction décidée, qui, jusque-là, ne s'était pas sutnsamment déclarée.

.le ne nie dissimulais pas cependant les suites qu'aurait celle déinarclie, el, dès ce nionienl, la f,'-uerre, que lanl d'autres raisons présagcaieut aussi, me parut inévitable.

C'est dans co sens que toutes les personnes que Voire Majesté employait alors aux alTaires poliliques, lui en ont eonslammcnt parlé.

Mais le malheur a voulu que, dans le fond, elle ne fût pas convaincue do cette vérité. Ce n'est que plus tard que j'ai pu conclure que, dans voire opinion ])arliculière, vous aviez supposé, jusqu'au dernier moment, que la jj^ucrre n'aui'ail pas lieu, que l'Aulriclie serait trop pusillanime pour la coramenc(>r, et (jue cela servirait d'excuse à la lUissit' pour se mellre également de côté.

De là naquit la dilTérence entre les ouvertures que le

cabinet devait faire par ordre exprès de Vulre .Majesté, et les diverses mesures qui auraient dû être prises en conséquence dans l'intérieur de l'empire. Votre Majesté Impériale laissait faire son ministère, peut-être parce qu'elle croyait qu'il s'avançait sur une supposition qui ne se réaliserait pas. L'événement a prouvé le contraire; el, en attendant, aucune des parties corrélatives n'avait été au niveau de la marche du cabinet.

Votre Majesté ne jugea pas convenable d'ordonner en 1804 une levée de recrues suffisante, comme on lui en avait représenté la nécessité.

L'expédition des ordres aux régiments pour quitter leurs garnisons fut remise d'un jour à l'autre, malgré les pressantes instances que je ne manquais pas de vous réitérei', sire, à ce sujet toutes les fois que j'en avais connaissance.

Cette manière d'être indécise qui ne produit que des demi-mesures, et des actes de demi-volonté, est tout ce qui peut arriver de plus nuisible et de plus dangereux dans les affaires.

Votre Majesté me permettra à cette occasion de lui rappeler ce que je lui ai déjàdit précédemment, qu'elle devait marquer dans ses tablettes deux fautes importantes commises. La première, de n'avoir pas employé

2K I. i;.Mi'i:iii;i li alkxa.ndi'.i; i

(i('S l(! (I('l)iil, .linsi (iiiOii n'a cessù de vous le |iroposcr, sire, de iri'aiidcs forces en (j('0!-j,m(; afin de finir celte priicrrc an pins tôt, ol en être (juitte. I.a seconde, de n'avoir pas fait niarelier à temps les réj^'inients destinés à agir pour rAnliidie, et conlre la Prusse.

Votre Majesté eonnaît le mot de Souvorof, qu'un nionient décide d'une bataille, une heure de l'issue d'une campagne et une seule journée du sort des empires.

Ce mot devrait toujours être présent à l'esprit de ceux (pii inllnent sur la conduite des Ktals.

11 n'y a en Kiiro[)e (jue Donaparle qui connaisse la valeur du [ein[)S, et cela suffit pour le faire toujours réussir. 11 sait entreprendre aujourd'hui ce qui dans huit jours serait impossible; fort du succès déjà remporté, il se trouve bien plus en état de faire tétc aux difficultés (pii surviennent.

Ce ne sont pas les 500 mille hommes qu'on redoutait que nous avons eu à combattre ; non , c'est avec 1 iO mille hommes, tout au plus, (|ue Bonapaite a réduit l'Autriche, la Russie et la Prusse, uniquement parce que, sans s'embarrasser des suites, il sait profiter du moment présent. Ce talent double et triple ses forces; la même armée se multiplie, et, victorieuse sur un

ET LE PRI.XCE CZAIITORYSKI 29

point, elle se poite rapidement vers un autre. C'est ainsi que César et Frédéric ont agi.

Jamais ces vérités, comme je crois l'avoir prouvé jusqu'à l'évidence dans le mémoire, ne se sont plus fortement fait sentir que dans tout ce qui s'est passé avec la Prusse.

Le parti qu'on voulait prendre à son sujet avait eu l'entière approbation des personnages les plus marquants en Europe. C'est ce qui détermina l'archiduc Charles à se déclarer pour la guerre; car, disait-il, c'est une preuve que la liussie veut la faire tout de bon.

Pitt et Fox y donnèrent également leur assentiment. « Si les hostilités s'allument avec la Prusse, ajouta ce dernier, il faut les pousser avec vigueur et ne pas s'embarrasser du reste. »

A la vérité, Votre Majesté nous dit plus tard qu'elle n'avait consenti à prendre ce parti et ne voulait régler sa conduite que sur la grande probabilité, et presque la certitude que le roi, pressé vivement, se déciderait pour nous. Cependant qui pouvait en répondre?

Lorsqu'on propose deux alternatives, c'est parce qu'on prévoit deux chances, et qu'on est également résolu à les courir toutes deux. Qui aurait pu croire

30 l.'KMI'KitKI I! ALKXA.NlJlJK I'

f|i!(' lu l{iissi(', (il cas de iiri-'ulivc, s'arnHcrait l(jul coiiil, cl (iii'cllc ni! s'clail aniicc (iii(3 dans l'unique persuasion t\\u'. la Prusso céderait sans mcine l'aire la nioiiidi-c opposition?

In plan Fi'cst réglé, n'est combiné que pour cire suivi sans écaris; mais, si, au momciil de rcx('CMtion, on commence par abandonner le i)oint sur Icfiucl tout le reste était basé et que Ton dérange telle ou telle autre partie essentielle, comment prétendrait-on que les autres, qui étaient calculées pour faire un ensemble coordonné, puissent réussir?

Si Ton n'était pas bien positivement décidé à suivre le plan, tel qu'il avait été conçu, alors assurément il valait mieux ne rien commencer, ou former un plan tout difTérent.

M'étanl prescrit de parler dans celte lettre avec sincérité et sans réserve sur le passé, ou plutôt de réunir et de répéter à Votre Majesté Impériale par écrit diverses réflexions que j'avais osé souvent lui exposer de bouclie, vous ne vous refuserez pas, sire, à pardonner que je cherclic à remplir jusqu'au bout la tâche que je me suis imposée, avec cetto sincérité entière que le plus profond dévouement peut seul inspirer.

ET LE PRINCE CZAUTOllVSKI 31

C'est originairement à Tentreviie do Mcmcl qu'il faut attribuer le fâcheux déiioùmrnt de nos opérations. Je regarde cette entrevue comme un des événements les plus malheureux qui soient arrivés à la Russie, tant par ses suites immédiates que par celles qu'il a eues depuis, cl qu'il aura encore.

L'amitié intime, qu'au bout de quelques jours de connaissance, Votre Majesté Impériale y contracta avec le roi, fit qu'elle ne considéra plus dans la Prusse un État politique, mais une personne qui lui était chère, et envers laquelle elle croyait avoir des obligations particulières à remplir.

Cette liaison personnelle contractée avec le souverain d'une puissance dont les intérêts sont pour la plupart opposés à CI3UX de la Russie, influa considérablement sur la marche de notre cabinet, l'cnlrava continuellement, et empêcha enfin le développement bien décidé et réfléchi des mesures vigoureuses au dél)ut de la campagne. — Votre Majesté croyait manquer à ses sentiments personnels pour le roi, en se prêtant à un plan hostile contre la Prusse; elle se reprocha même le moyen terme qu'elle avait pris, tandis que, pour décider la question, il n'eut fallu ((ue peser les intérêts d'Élat à État, d'autant que le roi prouvait bien

.12 i;i:.Mi'i;iii;ri'. ali;\ anuiU': i'

qu'il (JUiil piiiTailciiiciil iiiçapaljle d'appréciur de pareils scriliiiicrils, cl d'y n'jxjiidro.

l/cDtn'i; d(s troupes en l'russc; fui donc suspendue quoique toul le j)l;ui IVil luiidé sur le principe qu'il l'alkiil forcer la main à c(.'lle puissance.

Sans écouter aucune représentation, Votr(3 Majesté Impériale se décida subitement à donner un conlreordrc à cause de quelques passages, qui se trouvaient dans les dépêches de M. d'Alopeus, lesquelles, du reste, ne prouvaient encore absolument rien; car enfin on ne pouvait exiger que la Prusse se soumit à nos volontés sans se plaindre et sans essayer de nous toucher par des reproches, ou de nous faire peur par une apparence de fermelé.

, La conduittc de cette puissance vis-à-vis de Bonaparte, après la violation du territoire d'Anspach et depuis le traité de Vienne, prouve bien assez à quoi Ton peut s'attendre de sa part lorsqu'on agit avec force et sans hésitation. Nous n'aurions pas battu une fois les Prussiens, qu'ils auraient voulu traiter. 11 fallait se dépêcher de réduire la Prusse comme Bonaparte s'est dépêché avec l'Autriche, et cela nous aurait coûté encore moins de peine.

C'est ce contre-ordre et le départ de Votre Majesté

pour l'armée que je considère comme les causes principales de tous les malheurs qui sont arrivés.

J'avais également alors représenté à Votre Majesté Impériale tous les inconvénients qui résulteraient de sa présence à l'armée, et, par malheur, ils ont tous eu lieu comme ils avaient été prédits:

« Aussitôt que Votre Majesté Impériale arrivera aux armées, prenais-je la liberté de lui dire, la responsabilité des généraux sera détruite, et retombera tout entière sur elle. Dès lors les généraux ne donneronlplus le même soin aux affaires, ne prendront rien sur eux, et cesseront de s'occuper de tous les moyens possibles pour faire bien aller les choses. Tout ira aboutir et sera rapporté à Votre Majesté. Il n'y aura plus de commandement; car elle n'avouera pias l'avoir pris, et les généraux ne l'exerceront plus en réalité. Les intrigues de cour et des partis se transporteront au camp. ») J'ajoutais qu'un souverain, quand l'expérience ne lui a pas encore prouvé qu'il peut commander, ne doit jamais s'exposer à ces situations où il faut qu'il prenne lui-même, en cerlains moments, des décisions immédiates et décisives, au milieu des circonstances les plus critiques. J(; représentai combien ce serait funeste si Votre Majesté éprouvait des échecs,

:]'i i;i;.MiM;i!i:i'n alexandiik i-

vi je (lciii;iii(l;ii (iiK'ls nioyciis elle gardait en ré-

ijcrvc, et ce ([iii lui rcslcrail ;ï j'airc, si la sûreté

ou riioiinciir de la Ilussio se trouvaient jamais c(jni-

pi'diiiis.

Ces représentations furent tout aussi peu écoulées que les autres, sans (lue j'aie su nie rendr(.' compte dos motifs qui ont pu l'eniporler auprès de Votre Majesté Impériale sur des raisons aussi importantes et aussi évidentes, ([ui devaient l'engager, si elle voulait se déplacer, à ne s'y résoudre que dans le but (le pouvoir donner des soins plus assidus à faire aller mieux encore l'ensem.blc de la machine du gouvernement — dans un moment où toute son activité était nécessaire, et qu'autant que vous ne mettriez pas le souverain de la Russie dans le cas de courir des dangers et d'essuyer des échecs en personne.

Votre Majesté n'aurait dû se rendre aux armées que lorsque les opérations auraient pris une tournure décidément favorable, et c'est ce qui lui fut proposé, mais inutilement.

Vous ])artites, sire, et le contre-ordre vous précéda aux armées. Il désola les généraux et les soldats, qui brûlaient du désir de se mesurer avec les Prussiens, et désespéra les Polonais, (pii n'attendaient. qu'un signal

pour réunir leuis efforts. Ce fut un abattement, une consternation générale qui augmentèrent lorsque, ajtrès votre arrivée, l'état des choses ne changea pas. Chaque jour de plus qui se passait sans que les troupes entrassent en Prusse était un jour perdu pour la Russie, pour l'Europe, et gagné pour Bonaparte.

11 avançait, et nous restions en place. Combien il a dû profiter de cet intervalle, c'est ce qui n"a été que trop ressenti.

Votre Majesté rendra sans doute justice à tous ceux qui raccompagnaient et qui avaient participé à la formation du plan, qu'il n'a pas dépendu d'eux d'empêcher une semblable combinaison. Une fois décidés, l'objet de tous nos soins devait être d'amener la coopération elFective de la Prusse, et de gagner du temps jusque-là.

C'est l'endroit de rappeler à Votre Majesté Impériale que, depuis le commencement des mesures de l'action et surtout depuis le départ de A'otre Majesté de Pula^vy, ses opinions et ses sentiments éprouvèrent un changement notoire, qui dut avoir une influence marquée sur le succès de nos opéi-ations

Votre Majesté éloigna dans ce moment les personnes qui avaient eu jusque-là sa confiance, qui étaient au

m i;i;mi'i:iii;i H .\ij:xAM)i;r: i-

coiiraiil (les allai lï's, cl dont Ja réunion pouvait alors

surloiil lui ""■liv ulilc.

Colto rirconslancc l'ul observée avec surprise à Berlin. Kili' (liiiiiiiiia nos moyens et augmenta d'autant ceux des inalveillants , par i'inductiiMi fpr(jn fit (|ue vous n'étiez pas satisfait, sire, de la marche qui avait été suivie jusqu'alors. Quoique j'accompagnasse Votre Majesté dans son voyage à Berlin, ce ne fut pas pour être traité différemment. Dans sa façon d'agir et de s'exprimer, elle ne montra dès lors que son mécontentement et ses regrets à l'égard de tout ce (jui avait été fait. Klle le reprocha souvent, disant qu'on ne l'y reprendrait plus, témoignant, ù chaque occasion, par les refus opposés aux propositions, que je faisais dans le sens de ce qui avait été commencé, et par les opinions qu ell-c manifestait sur les événements du temps, qu'au fond elle avait déjà entièrement changé de manière de voir et de système, et que ce n'était qu'à contre-cœur cju'elle se voyait forcée de suivre le plan dont l'exécution venait seulement de commencer.

Je laisse à l'équité de Votre Majesté Impériale le soin de décider si tout cela n'était pas propre à inspirer la réserve et le découragement au zèle le plus ardent.

Vos conférences, à Kozénitzé, avec le général Kalckreuth, qui arriva pour combiner la marche immédiate de nos troupes, qui ne parla qu'à Votre Majesté, et s'en alla sans avoir rien arrangé, le peu d'attention et d'insistance qu'on mit à presser leur marche à travers les États j)russiens, préluda à tout ce qui allait arriver dans la suite.

D'autres personnes ayant été admises journellement dans votre confiance pour la conduite des aiTaires politiques et étant consultées de préférence, cela contribua à nous donner, si j'ose m'exprimer ainsi, un air d'incertitude, une contenance vacillante qui n'échappa nullement au ministère prussien, qui inspira des doutes sur le fond de vos dispositions, en faisant renaître l'idée, si nuisible aux affaires, que Votre Majesté Impériale et son cabinet n'étaient pas une seule et même chose, et encouragea la duplicité de celui de Berlin.

La prédilection sans bornes que Votre Majesté jugea à propos de montrer pour les Prussiens, la diminution de confiance et la froideur qu'on lui supposa pour son ministère rendirent cette cour, d'une part plus insouciante, de l'autre plus craintive à se livrer à nous, augmentèrent les difficultés de la négociation, parce que l'espèce de défaveur où je me trouvais atténuait le

:ts i;i;.Mi'i:iti;iK aijixa.ndkk i"

poiMs (]ir;i(ii-;iil (in iivoir cli.-irjiK) |);ir()l(,' do V(jtro miriisli'c, et (MiipiiTrciil les sli|)iil;ili(i[)s ilii iiialliciirciiv liiiitô de P()l>d;iiii, ;iii has (liHiiicl ji! rci^n'cllcrai ((jiijoiirs qiK!

10 coîicoiirs d'îs circonstances mail lurco de placer mon nom.

Durant tonte cette périoile, j'eus en général peu d'occasions d'entretenir à fond Votre Mijc3lés;ir les afTaires; la possibilité n'en existait presque plus durant la route, excepté lort à la hàto aux relais, où elle s'arrêtait, et Votre Majesté l'ui);M'ialiî elle-même, malgré l'urgence des circonslauci's ne cherchait pas à s'en entretenir.

11 l'ut donc dirPicile de s'occuper d'avance avec elle de la conduite la i)his convenable à suivre dans telle ou telle position, où elle allait se trouver.

Quoique les événements devinssent de jour en jour plus critiques, il n'y eut plus, sur rien, de marche concertée, ni de discussion engagée.

Ceux ([ui, [)ar vos ordres, sire, avaient formé le plan ne furiMit plus rassemblés pour aviser aux meilleurs moyens de le conduire à bon port. Notre manière d'être et d'agir avait i)ris un caractère de trouble et de précipitation qui ne prês:igeait pas des succès. L'on consulta le tiers et le quart, à bâtons rompus et par occasion, sans se donner le temps de délibérer avec

attention, de réfléchir à loisir, de peser avec calme. A votre arrivée, à Olinutz, sire, deux opinions dominantes purent être remarquées parmi les personnes qui vous approchaient. Les unes auraient été d'accord de quitter la partie sans coup férir; d'autres semblaient ne désirer de se battre au plus tôt que pour s"en aller ensuite. On ne pouvait discerner que dans un petit nombre cette volonté réfléc'nie et inébranlable qui seule assure la réussite, 'qui fait persévérer jusqu'au bout, et souhaiter que les dangers et les fatigues se prolongent même, pourvu que l'on puisse parvenir à une fin heureuse et honorable. Par suite des différents rapports qui parvi^naient à Votre Majesté Impériale, nous passions, dans le cours d'une matinée, d'un excès d'abattement à un excès d'assin-ance. Pendant ce temps, on ne faisait que crier après la disette et contre les Autrichiens, lleùtélé i)lus politique et plus généreux de relever le courage de ceux-ci par des égards et quelques éloges, que de les humilier et 'les exaspérer en leur faisant sentir notre supériorité, et en lançant contre eux des sarcasmes trop publics et trop répétés pour qu'ils n'en fussent point instruits, de sorte que les militaires des deux armées alliées se détestèrent bientôt plus cordialement entre eux, qu'ils ne haïssaient les

',(» L'KMI'KKKI II AI,i;XA.M)l;i; 1'

Fi'iuirais. Ces dciiiicrs , plus adroil.s, eu llallaiit Tamour-proprc des plus luisrrables de leurs alliés, les cngaîs^nlà se battre, et eu lirciil du prolil.

l'on r ce (pii est de la disrlli', la iiirinc ixiiiiric de vivres avait été endurée jus(]ue-ià; rarinéc avait été plus fatiguée cl dans des dispositions plus critiques, et cependant aucune plainte n'avait été portée jusqu'à Votre Majesté Impériale. Les troupes se battaient, et les choses allaient parce qu'on supposait qu'elle voulait, coûte que coûte, mener son entreprise à une heureuse issue.

Dès que Votre Majesté se trouva à l'armée, les plaintes arrivèrent en foule à sa connaissance; les généraux ne virent plus cette même résolution de tout sacrifier pour réussir, qui leur apparaissait de loin; ils furent accessibles à des opinions qu'ilsj crurent les vôtres, [sire ; beaucoup de gens pensèrent que faire circuler et exagérer les plaintes, c'était rendre service à la cause de la Russie. Bien loin de là, en encourageant les plaintes on rend le sentiment des peines plus poignant; l'on devait, au contraire, les réprimer avec une sévère fermeté.

La disette était un des grands maux partiels auquel il fallait remédier comme à beaucoup d'autres ; mais

ET LE PRINCE CZARTORYSIvI il

quelque déniiment que la troupe eût à supporter, il valait mieux pourtant l'endurer patiemment, que de perdre l'Europe et la réputation des armées russes.

Il était urgent que Votre Majesté Impériale quittât Olmutz pour laisser prendre aux opérations leur cours naturel, ou, si elle persistait à y rester, il eût été à désirer que son temps y fût employé de la manière la plus avantageuse.

Peu importait, sire, que vous montrassiez de la valeur personnelle dans un combat; mais il importait de sauver l'Europe, et de préserver la gloire de la Russie, qui est le véritable honneur de son souverain.

Au lieu de se rendre continuellement aux avantpostes, ou, plus tard, de s'exposer en avant des colonnes, où la présence de Votre Majesté, qu'elle me permette de parler vrai, loin d'aider, ne faisait que dérouter et embarrasser les généraux, il eût sans doute mieux valu se tenir plus éloigné de l'armée , la laisser marcher en avant sans accompagner aucun de ses mouvements, mais employer tous vos soins, sire, tous vos moments, toutes vos facultés à vous occuper sans désemparer des moyens de faire aller l'ensemble des affaires, à n'arrêter aucune des branches de l'administration de votre empire, — vous obstiner à réorganiser

/i2 i;K.MiM;iti:i H ai.kxamhîk i-'

rAiitrieli(>, comnic on y ong.'igoiiit Votnî Majcsd' liiifx';riiilc. M;iisc()min('[il<''t;iit-il pi»ssil)l(! qu'cllo [.ûl vaquer i\ tant crol),j(3ls (lifliciles ft itnporlanis, puisque ses journées élaient prises par d'aulres occupations de peu d'utilité, et qui épuisaient également son temps et ses forces?

Nos conseils étaient fondés sur ce que demandait le hien de rcnlreprisc commencée, comme aussi sur la considération majeure que la prospérité de la Russie et les destinées de l'Europe élaient altacliées à la personne de Votre Majesté Impériale; que, par conséquent, lui laisser courir des dangers était ne pas mettre le prix convenahlc à ce qu'il y a de plus important au monde; c'était placer pour ainsi dire sur une carte le sort des pays qui avaient mis leur salut entre ses mains^, et celui dominions d'hommes auxquels elle appartient; c'était leur faire courir les mômes dangers et devenir, ajuste tilre, coupable devant eux.

Pénétrés de la force de ces molifs si puissants, sentant tout le poids d'une aussi grande responsabilité, il n'y eut sorte de représentations et de supplications que nous n'adressassions dans ce sens à Votre Majesté Impériale; mais leur effet devin!, auprès d'elle, de plus en plus nul, et, à la fin, elle ne daigna môme plus

nous permettre de lui parler crun objet qui était le plus important et le plus décisif de tous.

Je suppose même qu'en suivant des conseils qui furent répétés à Votre Majesté Impériale, jusqu'à satiété, sa réputation de valeur personnelle eût él;é compromise. Vous auriez eu, sire, tout le temps de la rétablir, et de vous montrer lorsque les choses auraient pris une heureuse tournure. Scipion TAfricain, la première fois qu'il commandait en chef, se fit accompagner, au siège de Garthagène, par deux soldats qui le couvraient constamment de leurs boucliers. Se plaçant au-dessus de l'idée qu'on put lui supposer de la crainte, il s'embarrassa peu qu'on le jugeât d'une manière défavorable, songeant uniquement que de sa'conservatlon dépendait le succès de l'entreprise. Après que la brèche eut été faite, et que l'assaut qui fut donné eut assuré la victoire, Scipion se montra à découvert, et eut encore le temps de prouver de reste qu'il avait tout autant de courage que chacun des soldats qu'il commandait.

Si un simple chef d'armée se crut dans l'obligation d'agir de la sorte, quelles précautions ne devrait donc pas prendre un souverain dans la position où se trouvait Votre Majesté Impériale ! — Que n'a-t-ellc du moins ménagé l'effet que produisait sa présence pour des cas

44 L KMI'KItKLIi A L KX A MU; K 1''

cxliviiicsl Si Vdliv \I;ijc.-li' liii|)cri;il(' ii"ava.il [)as élé avec rariiiL'c, mais s'en (Mail rapiinjcliée, cl cnt pu apparailro aii.x liniipcs ajjrcs la halaillc, sa viio aurait pnilialilciiiciil pni(liiil \r iiiciiic cHcl aussi louchant qu'utile, quelle remarqua avec lanl de salisfaclion à Olmulz. L'armôe se serait remise en ordre et aurait été prèle à se battre. Mais, en accoutumant le soldat à votre présence sans aucun but d'utililé, Votre Majesté a alFai- Ijli le charme qui y était attaché. Sa présence ne fut plus d'aucun avantage à Austorlilz; c'était précisément à Tendroil où vous vous trouviez que la déroute fut immédiate et complète. Votre Majesté elle-même en eut sa part, et dut s'éloigner en toute hâte, à quoi elle n'aurait jamais dû s'exposer. A Ilolitz, votre départ, sire, qui n'était qu'une conséquence de votre arrivée, si j'ose dire, peu calculée pour les circonstances du moment, augmenta l'esprit de débandade et le découragement général.

Le sentiment de toute l'armée ne fut pas, dans ce moment, le besoin de venger son injure, mais le désir de s'en aller au plus tôt et de considérer la guerre comme terminée. Personne n'aurait dû oser quitter son corps; se croyant autorisé par votre départ, un oificier qui pouvait demander une permission s'em-

pressa de le faire, et partit également comme d'après un signal donné. Il faut rendre justice aux généraux, qu'avant cette dernière crise, sentant combien votre personne, sire, rendait leurs opérations plus délicates et plus difficiles, ils vous ont, de leur côté ég-alement, adressé leurs représentations, ne cessant d'insister auprès de Votre Majesté, d'abord pour qu'elle s'éloignât de l'armée, puis pour qu'elle ne s'exposât pas à des dangers gratuits.

Votre Majesté Impériale, en persistant à n'écouter aucune de ces représentations, aura à se reprocher de n'avoir obéi qu'à des mobiles entièrement personnels, sans égard â ce qu'exigeait évidemment le lùen de la Russie et de toute l'Europe.

Je sens qu'en traitant des objets aussi graves et aussi importants par leurs suites, je me suis laissé entraîner dans des longueurs, qui, si Votre Majesté Impériale les juge avec bienveillance, lui paraîtront, pour le moins, fatigantes; mais veuillez, sire, avoir la condescendance de me lire jusqu'au bout, et permettez que je profite du privilège que j'ai osé me donner cette fois, et du devoir que je me suis imposé de vous exprimer, sire, avec une entière vérité,' toutes les pensées que le sujet me fournit.

/»o i;i:.Mi'i:in;i 1! alkxandhk I"

Un soiivciaiii ne doviail jamais so corifeid^ror que coiiiiiic raisaiil mi avec rciiijiin! (ju'il gouverne, l.u courage (|in lui est nécessaire n'est y)as celui d'un | ar- (iculicr; il ne doit agir en alFaires que C(Jinnie un (Hre ahslrail et identifié avec rKlal. Après av(jir pourvu à tout sous ce rapport, alors seulement il lui est permis dépensera ce qu'il peut exiger comme particulier; ses contenances personnelles et jusqu'à son amour propre, il doit les sacrifier au bien de l'État.

Le désir, par conséquent, de ne suivre que ses propres idées, de faire tout i)ar soi-même pour prouver qu'on n'est dirigé par personne, et qu'on a toutes les capacités nécessaires à tant d'emplois qui ne sont qu'une émanation de la puissance souveraine, ne devrait pas, à ce qu'il semble, être écouté exclusivement, parce que l'État en souffrira de toute nécessité. Ce désir, d'ailleurs, nous l'ait donner dans le piège que nous voulons éviter, et souvent c'est par la crainte de n'être pas menés, que nous le sommes. — Le souverain est l'âme de tout, le ressort central qui imprime le mouvement à chaque partie et l'assure par de bons choix et par la confiance qu'il accorde; il sait distinguer le vrai mérite, empêcher que le découragement ne gagne personne, soutenir le zèle et le dévoue

ET LE PRINCE CZARTORYSKl 47

ment de chacun, et le traiter d'après son mérite.

PJacé au centre de réunion de tant de rayons divers, il ne s'occupe, d'ailleurs, que des grandes directions, des contours généraux ; s'il remplit cette tâche dans laquelle personne ne peut le suppléer, il aura roccasion de montrer beaucoup de caractère, et il trouvera assez à faire, pour n'avoir pas de temps de reste.

Les facultés et les moyens de l'homme sont limités; la même personne ne pourrait pas être en même temps, ofTicier, colonel, général, secrétaire, ministre, etc., et souverain. Tout dépend dans la vie de la distribution de son temps, et du meilleur choix des occupations. Si le souverain veut tout faire, paraître en tout, il négligera nécessairement sa" propre tâche, qui est la plus essentielle et la plus difficile, et sans laquelle tout le reste ne peut se mouvoir; il s'occupera d'objets secondaires que d'autres, par la nature des choses, sont aptes à traiter mieux que lui, et l'ensemble aussi bien que les parties seront arrêtés et déclineront.

Si Votre Majesté avait voulu écouter le conseil qu'on n'a cessé de lui donner, d'abord de ne pas aller à l'armée, ensuite de ne pas y rester, mais plutôt de demander une entrevue au roi de Prusse, pour le décider, objet principal qui alors devait vous occuper,

48 i;i.Mrr.iii:i it ai.knanui!!-: I"

siro. on peut iiu-'ltiv en. l'ail qui; lalialaillt; d'Au.^U'rlilz n'aiirail pasrli' donnée, ni i)(!rdiif',c'lquo, si même elle avait fil' i)cnlii('. <'ll<' ii'aurail jias en les suites qu'elle a cntrainrcs après clic.— Si le général KoutousoC avait été abandonné à lui-même, il se serait bien gard('' de donner trop de latitude à Weyrotlier, son chef d'ctatrnajor, et il aurait voulu diriger lui-même l'armée qui lui était confiée. — Son caractère naturellement prévoyant l'aurait engagé ù temporiser, et à éviter d'en venir à une issue, ce qui pour le moment, et jusqu'à l'époque où la coopération prussienne commencerait, était le plan de campagne qu'il Fallait adopter. Telle l'ut d'ailleurs l'opinion que le général Koutousof manifesta. Bonaparte était intéressé à ne pas perdre de temps, et nous l'étions à en gagner. Il avait toutes les raisons pour risquer une bataille décisive, et nous toutes pour l'éviter. Votre Majesté Impériale voudra bien se rappeler qu'alors aussi je lui fis à ce sujet des représentations réitérées, ainsi qu'à tous ceux qui voulurent les écouter. 11 fallait fatiguer l'ennemi par des combats juirticls, tenir le gros de l'armée hors de sa portée, gagner la Hongrie, et se mettre en relation avec l'archiduc.

Si cependant unebatailleeùt été jugée indispensable,

peut-on siipposor que le général Koutousof eût pris sur lui la responsabilité de la livrer sans avoir réuni les généraux russes et autrichiens pour dire à chacun ce qu'il devait faire, s'entendre, se consulter, discuter la matière, reconnaître le terrain, fen un mot, sans prendre toutes les précautions nécessaires en pareil cas?

Enfin, si la bataille eût été perdue, qui aurait pris sur soi de conclure un armistice définitif, d'abandonner l'empereur d'Autriche à lui-mènie? Vos généraux.^ dans la crainte de leur responsabilité, auraient fait Fimpossible pour se tirer de ce mauvais pas, pour en diminuer les suites funestes aux yeux de Votre Majesté.

Elle-même, ne se trouvant pas sur les lieux, aurait pu prendre ses décisions avec calme et sans précipitation. Je m'en rapporte à Votre Majesté Impériale de quelle manière elle a donné ses ordres à Holitz ; comment pouvaient-ils être bien pesés au milieu de cette bagarre, où elle était entourée de personnes qui criaient à la trahison des Autrichiens, à la nécessité de se venger d'eux et de s'en aller au plus tût en Russie, déclarant que l'armée était absolument incapable de se battre davantage?

L'impression pénible que j'ai g-aidée de cette mal-

m L'K.MrKHKHl ALKXANDUl-: I'

lieurcUïO t'iioquc, semble ra'avuir laissé une idée de ce que (luit èln; un gouvernement révolulionnairc au moment du d.ingt r. Au milieu de cette agitation et de lanl de elameurs diverses, il n'y avait i)lu.s moyen d'ouvrir la bouelie en laveur de l'Aulriche et de la cause de l'Kuropc.

La maxime qu'un répétait générale meiiL était, que Votre iMajeslé avait fait assez pour les autres, et qu'elle devait maintenant penser à elle-même, comme si votre gloire, sire, et votre sûreté n'avaient rien de commun avec la cliute de l'Autriche et de vos autres alliés !

C'est aussi ce que Votre Majesté Impériale jugea à propos de me répondre lorsque je me hasardai à parler en faveur du roi de iSaples. Pour ce qui est de l'Autriche, comme j'étais beaucoup plus animé du désir de ne me mêler d'aucune affaire, que porté à me mettre encore en avant, sachant d'ailleurs que mon intervention n'aurait pas le moindre poids, je pris le parti d'engager à [ilusieurs reprises I "empereur Fiançois à s'expliquer directement avec Votre Majesté, espérant que ce serait le meilleur moyen d'obtenir d'elle une réponse favorable.

Cependant, en partant, vous déclaràlu.-, siie, à ce

ET LE PRINCE CZARTORYSlvI 31

])nnce, qu'il n'avait plus à compter sur volve armée. Cette rôponse que j'appris apros le départ de Votre Majesté ne laissait plus de dontc sur ses sentiments et sur l'issue qu'aurait toute notre entreprise.

Pénétré, néanmoins, des grands inconvénients de cet abandon total de la cause que nous avions embrassée, je pris sur moi d'écrire à Berlin dans un autre sens, sans y être autorisé par Votre Majesté. Ces dépèches qu'elle n'a pas jusqu'à présent approuvées, ne pouvaient avoir le moindre résultat à une cour comme celic de Berlin. Au reste, pour l'empêcher , il suffit de la manière dont Votre Majesté Impériale s'était cà mon retour ici expliquée avec le ministre de Prusse, auquel elle crut nécessaire de dire qu'elle lui donnait la liberté de s'arranger avec la France.

Il était évident qu'abandonner entièrement la partie, c'était livrer les puissances intermédiaires à la France, cl, dès mon arrivée à Pétersbourg, je cherchai à faire goCder à Votre M.ajesté l'idée de munir ses généraux de l'ordre de ralcnlir leur marche rétrograde, et d'instructions éventuelles d'après la conduite que tiendraient les cours de Vienne et do Berlin, aP.n que nous pussions offrir nos moyens à l'une d'elles, el intimider l'autre selon les circonstances, et conserver,

r;2 L'KMI'KItKlll AI-i:XA.\I)lt!': !•'

s'il (''lail (xissililc. une voix dans les iirj^jocialifjns. .riiisislai, en iiiniic icniiis, sur la iiéeessilL' ûa conscrvor toulcs nus Inircs dans la .Mrdilorranéc , ot d'en uiii- })loy( I' niK' [larlic a la dclcnsc du roi de Naplos.

■!(' dois, pour un inoincnl, rcjxti'lcr aussi rallcnlion de Voire Maje>lé sur uno circonstance antérieure, et lui rappeler ipie, quoique persuadé de la nécessité de pousser la guerre vigourcnscmenl, j'ai toujours été d'avis, pendant voire séjour à l'armée, sire, de ne pas brusquer ni aigrir Bonaparte, au contraire de garder nue grande mesure à son égard, de Famadouer même, et de ne pas rompre tont ponrpaiier avec lui. 11 esta regretter que, dans nne silnalion qui i)araissail la plus propre pour sonder ses idées, ses projets, pénétrer (jnelles offres cet homme extraordinaire serait tenté de nous faire, l'on ait laissé passer ces facilités, et que l'on soit revenu ici sans avoir acquis aucune notion sûre à cet égard, de manière que, dans l'intervalle qui s'est écoulé depuis, et même à présent, nous ne sommes en état de répondre que par des conjectures, cà la vérité, assez ])lausil)les, mais non par des faits assez récents pour être positifs, à la cpiestion que tant de gens se plaisent à répéter avec intérêt : n'y aurait-il aucun moyen de s'arranger avec Bonaparte,

ET LE PRINCE CZARTORYSKl o3

(?t de faire une paix avantageuse, ou du moins lolérable?

Après avoir déjà pris à Holilzle parti d'abandonner nos alliés souffrants, il m'eût paru désirable, pour être conséquent, de faire naître chez Bonaparte quelque espoir de réconciliation , de nouer quelque attache de négociation à laquelle on ne pouvait manquer, d'après la résolution prise, de revenir j)lus tard, et qui dans ce temps pouvait produire plus d'effet et avoir pour but de retarder du moins la perte de nos alliés, en prévenant les desseins malveillants des puissances qui voudraient s'entendre avec la France.

Il me reste aussi à dire un mot sur le reproche qu'on a fait à votre cabinet, sire, et à vos agents à Vienne, de n'avoir pas su vous avertir que le gouvernement autrichien et son armée n'étaient pas en état de prendre une part eificace à l'entreprise projetée.

Je demande si l'empereur d"Autriclie ne serait pas en droit de reprocher au comte Stadion de ne l'avoir pas prévenu qu'une armée russe, par un seul échec, serait rendue incapable d'agir pour toute la campagne, et qu'une seule bataille perdue mettrait la Russie hors de jeu ?

•>i 1- i:.\iiM:!ti;i II alkxa.ndiu: i -

Il y a des choses (iii"il oc vient pas à Tidôe de prévoir, cl qui sont rclll'l (ruii concours do causes telleniciil l'dilnilcs, (inil iTcst yuèrc possible do les calculer.

Quoique je sois pressé de terminer an pins lût celte iellre déjà ti'op loiique, je ne saurais cependant la li/iir sans ré|iéler encore une Ibis pour nie résumer , que Votre l\Iajeslé Impériale, après avoir admis dans sa confidence un ccriain nonibi'c de personnes pour former un plan vaste, a cessé de les écouter aussitôt que son (wi'cntion a commencé.

Jamais Votre Majesté ne donne sa confiance en entier, et voilà pourquoi peut-être jamais rien n"a été entièrement à souhait, et, lorsque les événements, par les raisons détaillées plus haut, sont successivement devenus jjIus critiques, cette mesure de confiance, qui scnle [)ûuvait èlre un moyen de sortir de la j.osition dillicile où Ton se trouvait placé, nous a été entièrement ùfée.

Il y aura des personnes qui diront, peut-éire, que ceux qui avaient travaillé d'abord à la formalien du plan, n'ont pas fait pendant son exécution, dans chaque occasion, tout ce qui a été en leur pouvoir pour en empocher le dénoûment désastreux; mais, sire, la

Eï LE PRINCE GZAUTORYSKÎ 55

faute n'en est pas à nous , et daignez me permettre (Vexprimer ce que j'ai souvent éprouvé. Quand les affaires sont conduites, et qu'on est traité comme nous en avons eu l'expérience, surfout vers la fin, on perd totalement l'envie, à peine a-t-on le cœur d'avancer un avis, sans conserver le désir de le faire adopter, ni l'espoir de le voir soutenu et exécuté convenablement.

Un souverain a grand besoin d'inspirer aussi de la confiance. Celait, si j'ose dire, à Votre Majesté d'encouraaer, de réunir, de demander des conseils, de les discuter avec intérêt et réflexion. Le fait est qu'elle ne voulait pas en recevoir, parce qu'elle n'y mettait plus aucun prix ni confiance.

J'ose cependant affirmer, avec assurance, que, si vous avi<^z continué, sire, d'en agir comme par le passé, les choses, très-certainement, n'auraient pas aussi mal tourné.

L'uniforme ne fait pas le soldat et, sans le porter, on pouvait donner de bons avis même sur les opérations militaires, si Votre iMajesIé eût daigné nous admettre dans ses délibérations sur cet objet; et, i-éellement, c'étaient les personnes qui avaient travaillé au plaî), et qui avaient pris le plus de part à son exécution au dél)ut, qui élaient aussi les plus intéressées

:j(; 1. i;.\ii'i.ni;i;ii .\i.k.\aM)1;i-: i

à suii succès cl i)(ul-((rc les plus propres à aider Vuln; Majcslo Inipériuli; a sinlir de ^un (iilic|)ri.'^c avec honneur cl succès.

Si j'ai oulre-papsè, dans celle trop longue lellrc, les bornes dune liancliise léj:ilinic, si Votre .Majesté est surprise de trouver dans [ilusieurs endroits un ton (liilactique ci sentencieux ([u'ellc pouna jut^er l'url dé[ila('e, je la i)ii(' de considérer qu'étant peut-être au moment de la ([uitter; j'ai cru de mon devoir de laisser [larlei' mon zèle, au risque même de lui déplaire, de lui dire des vérités, peut-être désagréables, mais certainement utiles.

Quels fruits pourrait-on tirer de rexpérieuce, si Ton ne s'altachait pas à juger les événements passés avec la i)lus rigide vérité et à en déduire des leçons pour le présent et pour l'avenir?

i/EMPEREUR au PRINCE ADAM CZARTORVSKI I"

J'ai reçu le papier que vous avez jugé à propos de m'adresser. Vous désirez une discussion, je suis prêt à raccorder, mais je ne puis m'empêclier de vous dire que je crois qu'elle ne servira à rien, les bases desquelles nous partons se trouvant si diamétralement opposées. Après Ténumération de la position critique dans laquelle se trouve la Russie et des maux qu'elle

(1) Ecrite au crayon.

88 i;i:.mim:iu:ih alkxandhk i^-

a à craindre, les seuls moyens que vous |)njpos('Z se

reduisciil à iicii pivs ;\ ces deux :

1° De me déelarer roi de Pologne

?" !)(> flianger les individus qui se trouvent a la tiMe (les (léparlemenls de la f,'uerrc cl de r<'.\térieur.

1! serait trop long d'entrer dans la discussion du premier article, mais je suis prêt à énoncer ma manière de voir et les raisons qui guident ma conduite ; quant au second, je déclare être content des services que me rendent les deux ministres chargés des départements ci-dessus énoncés. De plus, je ne vois personne qui puisse les remplacer. Quel est donc ce ministre consommé qui réunisse tous les suffrages? Est-ce le général Souchtelen ? J'énonce hautement que je ne le regarde pas comme possédant les qualités requises pour un ministre de la guerre et qu'entre les deux je ne halanco pas un instant de donner la préférence au général Wiasnilinof. Pour d'autres, je ne vois pas même qui pourrait être proposé. De même je ne vois personne pour le département des affaires élrangères ; est-ce des Panin, des Marcof ? 11 faut que j'estime ceux avec qui je travaille, ce n'est qu'ainsi que je peux leur donner ma confiance. Je m'embarrasse peu des clameurs, elles ne sont ordinairement que l'effet de l'esprit de parti. Vous-

Eï LE PRINCE CZARÏOKVSKI 59

même, n'èles vous pas un exemple, et n'avez vous pas été exposé à la critique, à ranimosilé de tout le public ? Il ne me reste qu'à faire une observation que je ne puis passer sous silence, c'est qu'il aurait mieux valu que le comité ne se fût pas servi d'une main étrangère pour écrire au net un papier de la nature de celui auquel je réponds (1). Pour nous réunir, il faudrait préalablement faire un accord : c'est celui que, malgré tout ce qui pourra se dire dans ce comité, nos relations individuelles et mutuellesrestàssent intactes, et que, prenant pour exemple les membres du Parlement anglais, qui, après s'être dit dans la séance les choses les plus fortes, emportés par la chaleur qu'inspire le bien des affaires, en sortant se trouvent les meilleurs amis du monde. Tout k vous de cœur et d'âme.

(I) Le comité auquel l'empereur fait ici allusion existait en effet. Ce n'était nullement une institution officielle; c'était une réunion toute privée, presque clandestine, de jeunes gens de la société particulière d'Alexandre. Il existait lorsqu'Alexandre n'était encore que grand-duc, et il continua à exister plus que jamais après Tavénementà la couronne de ce prince, qui aimait les conciliabules secrets. Dans les premières années de ce règne, il est souvent question de ce parti de jeunes gens, qui eût en effet son rùle. De ce comité étaient le comte Paul Strogonof, M. Novosillsof, le comte Kolchoubey, surtout le prince Adam, resté longtemps le confident le plus intime d'Alexandre.

i;kmi'|.iii-.lii alkxandhk i

i/i:mi'Ei\eur au prince a dam CZAUTOUVSKI

isrjc.

J'étais bien loin d'avoir eu l'intention de vous faire de la peine. Parlant d'afTaires aussi sérieuses, j'ai dû le faire d'après ma conviction, et c'est ainsi que jo me suis exprimé. Dans la fin du mémoire, vous vous ulfrez à mu présenter un plan détaillé et général des mesures à prendre à la suite de celles que vous me proposez. Si vous voulez, nous pourrions nous rassembler (le petit comité s'entend) demain après diner à six heures, et nous ferions ensemble ce plan que nous discuterons ensuite.

Tout à vous de cœur et d'àme.

Eï LE l'RINCE CZARTOllYSKI 61

l'empereur au prince ADAM CZARTORYSKI

Voici, mon cher ami, les papiers que vous m'avez envoyés. La dépèche de Yoronlzof me contrarie sensiblement. Faudra-t-il pour un seul être mettre de côté la cause de l'Jnimaniié? Eh bien, il n'a qu'à rester. Pourquoi Novosillsof ne pourrait-il pas s'acquitter de sa commission? En munissant Vorontzof d'ordres précis, il faudra bien qu'il les remplisse ou qu'il quille sa place.

La note el la dépèche ostensible sont approuvées, de même que la dépèche concernant Cobentzcl. Sur celle qui doit servir d'explication, j'ai à faire quelques

«2 i;i:.MiM;inau alicxanduk i •

ol).s(!rv;ilioiis. Ij'uhonl, vous m'avoz gàtô par volrc slylc cl Lfliii d(î M. Fal... perd sinjiulii'rc'iTUTîl h la companii^oii. Ensuilp, il ino senjl)lo qu'au pn'iuiprND,

OM pouiiail ;ij()ul(M', h la suilo d(3 la cuiidilion sine quO 7i(i>i, que nous pourrons consenlir à évacuer Corfou en réciprocité, ou n'y laissant que le corps commandé par Nasimof. — Le d( uxiénio NB n'a rapport qu'à l'individu du comte Stakclbcrg. Le connaissons-nous assez pour le charger d'une négociation aussi importante et ne vaudrait-il pas mieux envoyer quelqu'un de- plus sûr, comme Boudl)erg?

Je ne puis approuver la rédaction du troisième >iB; elle me parait impropre. Comment trouver du déplaisir dansée qui est l'objet de nos vœux, et n'est-ce pas dire en d'autres termes : TôcJw.z de faire manquer la ehose sans que cela ait l'air de noire faute? Voilà, mon cher, les observations que j'ai à faire à cette dépêche, qui du reste me parait bien. Tout à vous.

- Je cachette mon couvert avec le cachet du comte Tolstoï, n'ayant pas les miens avec moi.

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