GXIV JOURNAL DE LENOIR
et j'en ai placé tous les incidents sous les yeux du lecteur avant d'en tirer les conclusions. Qui osera dire maintenant qu'il n'y avait pas ferme résolution, chez les agentô spéciaux nommés par la République, de proscrire l'art de la sculpture moderne, l'art français par excellence? En fructidor an II, c'est-à-dire en août 1794, les conservateurs du Muséum déclaraient qu'il n'y avait rien à prendre pour eux dans la basilique de Saint-Denis. C'était, dans leur esprit, condamner à mort ce que le vandalisme avait épargné une première fois. Mais, me dira-t-on, .vous êtes injuste ; vous concluez trop vite. Les conservateurs comptaient sur Lenoir ; ils ne souhaitaient pas la disparition totale des plus glorieux ouvrages de l'art français. Je réponds que, sûrement, ils la désiraient et je le prouve. Un mois après l'affaire de Saint- Denis, les mêmes conservateurs, animés de l'esprit de David, lequel dirigeait dans la Convention tout ce qui concerne les arts, se trouvent mis au pied du mur. Ils n'ont plus à aller chercher à Saint-Denis ou ailleurs les éléments du Musée que la nation leur demande. Les monuments viennent d'eux-mêmes frapper à leur porte. Les conservateurs n'ont qu'à ouvrir pour être mis en possession d'oeuvres de premier ordre, et, comme elles ne datent pas du moyen âge, ces œuvres — presque d'hier pour eux — sont parfaitement à la portée de leur intelligence. Bien plus, dans leur humilité de ci-devant proscrits, ces monuments n'osent pas aspirer à l'asile du temple lui-même. Ils implorent l'hospitalité probléfl^ia tique d'un dépôt annexe, du jardin de l'Infante, — cloaque infect alors comme la cour du Musée. C'est une faveur qu'on ne refuse pas aux plus grossiers fardeaux, à une architecture de poulaillers et de cages à lapins *. C'est trop encore ! Les murs extérieurs du Muséum
1. « Séance du Conservatoire du 19 thermidor an III. — Le citoyen Bosset, portier de la porte d'entrée du Muséum des Arts, représente au Conservatoire que l'appropriement de l'entrée de ce monument le prive de plusieurs jouis-