INTRODUCTION. CXIII
Vous osiez offrir nn port à leurs débris malheureux; vous en rassembliez les anneaux dispersés, et vos soins, en rendant à la liberté, qui périssoit avec eux, les seuls guides qu'elle reconnoisse et qu'elle avoue, lui préparoient, dans le silence, un triomphe aussi sûr que l'essai des efforts contraires lui avoit été pernicieux et fatal.
« Et nous aussi, nous implorions, en secret, le retour des talens et du mérite oublié; nous aussi, attachés à vos dangers honorables, fiers démarcher près de vous dans une route de toutes paris désertée et proscrite, pleurant le sort de tant d'artistes, de savans, de gens de lettres emprisonnés ou immolés par des furieux, nous élevions chaque jour de nouveaux trophées à leurs mânes et rendions au respect du peuple les monumens avilis de sa grandeur et de sa gloire.
« Ces jours de deuil et d'une barbarie sans exemple se sont à la fin dissipés. Les Arts n'ont. plus à redouter les cachots, la proscription, la mort *. »
Cet acte de platitude et d'hypocrisie ^ couronne dignement la conduite du Conservatoire nommé par David. Je n'ai point voulu interrompre cette curieuse querelle
1. Le Co7iservatoire du Muséum natioiial des Arts au Comité d'instruction publique, le 7 nivôse delalll^ a7i?iée réjniblicaine. ln-8, de! i>a^g., p. 2.
2. On retrouve l'expression des mêmes sentiments dans le rapport- rédigé par Varon, en floréal an III, pour défendre le Conservatoire supprimé : « L'institution du Conservatoire n'ayant jamais été expliquée, il tombait à la charge des membres, qui vous rendent compte aujourd'hui, d'imprimer quelques mouvements à cet établissement vaste, mais le mouvement bien plus violent qui entraînait tant d'objets sacrés vers leur destruction avoit, eu quelque sorte, paralysé l'effort des conservateurs. »
11 ne faut pas oublier que c'est le même Varon qui, dans le sein de la Commission temporaire des Arts, le 25 prairial an II, proposait de rédiger un inventaire de tous les portraits de la race Capet, aOn de procéder à leur destruction totale et complète (Voyez ci-dessus, p. XCV). 11 ne faut pas oublier que les signataires de l'adresse remise au Comité d'instruction publique, le 7 nivôse an 111, dressaient, six mois auparavant, le l«r messidor an II, l'état de tous les tableaux de féodalité renfermés au Louvre, afin d'en préparer la disparition. 11 ne faut pas oublier que les mêmes personnages demandaient à la Convention d'être autorisés à traîner aux pieds de la statue de la Liberté et à livrer aux flammes les peintures contenues dans les salles de la ci-devant Académie (Voyez ci-dessus, p. XCVII), et que, deux mois anparavant, à la tin de vendémiaire an ill, ils ourdissaient contre les bronzes parisiens le complot que j'ai dévoilé. Ai-je le droit de traiter ces gens-là d'hypocrites?