INTRODUCTION. CXVII
Il est parfaitement établi que quelques fragments des statues des places publiques de Paris vinrent à ce moment au Muséum K Mais ce ne fut pas pour longtemps. Elles finirent par être données à Lenoir, qui les convoitait depuis 1792, et qui, aux plus mauvais jours, ne leur avait pas marchandé sa courageuse admiration.
On voit bien, par tout ce qui précède, que Lenoir fut seul à pratiquer son dangereux et intelligent dévouement à l'égard des monuments de notre histoire. Avant 1795 , c'était un conspirateur fort mal noté dans le monde officiel, et on peut affirmer qu'il n'eut pas de complices. La Terreur une fois passée, il eut des jaloux. On se mit à exploiter, au profit d'ambitions diverses, la collection que lui seul avait eu le courage et l'esprit de former. Les plus dédaigneux furent ensuite les plus avides ^. Vingt ans après le piquant incident que nous avons retracé, quand l'administration des Musées, alors royaux, eut définitivement sacrifié ^ l'admirable création de Lenoir, ces mêmes bronzes furent les premiers objets revendiqués par le Conservatoire dans les
1. Les objets provenant du dépôt du Roule étaient entrés au Muséum, puisque c'est au Louvre qu'on vint plus tard les chercher :
« Paris, 4 ventôse an X de la République une et indivisible.
« Le Ministre de l'intérieur à l'administration du Musée central des Arts. — « Je vous invite. Citoyens, à céder à l'administrateur des jardins de Versailles les 4 statues assises qui ornaient le piédestal de la statue équestre de Henry IV sur l'esplanade du Pont-Neuf. »
« Paris, le 21 frimaire an X.
« Alexandre Lenoir, administrateur du Musée des monuments français, aux citoyens composant l'administration du Musée central des Arts. — Citoyens, je vous prie d'agréer mes remercîments pour les deux bas-reliefs représentant des esclaves sculptés par Simon Guillain dont vous voulez bien vous dessaisir en faveur du Musée des monuments français. Veuillez recevoir, Citoyens, la présente comme l'acte de transport de ces deux monuments précieux et le récépissé qu'ajuste titre vous réclamez. « Lenoir. »
Le pied en bronze du Louis XIV, de Giraxdon, était chez Lenoir dès le 9 thermidor an V. Voir n" 870 du Journal.
2. Voyez les articles précédés d'une étoile dans la Notice historique des Monumens des Arts réunis au dépôt national, rue des Petite- Augustins, par Alexandre Lenoir, l'an IV^ de la République.
3. Cf. bar n deGuilhermy, Monographie de Saint-Denis, ^\}. 102 et 103.