INTRODUCTION. CXXI
la Convention sont déjà bien loin. On ne casse plus les statues au nom et aux frais du Gouvernement. La République achète des œuvres d'art, et un citoyen lui propose un ' traité avantageux. Il offre d'échanger, contre un bloc de dimensions égales, une statue sortie du ciseau d'un des artistes les plus habiles de l'époque, du célèbre Pajou. Voici la réponse du Gouvernement :
« Paris, le 11 messidor, an VI delà République.
a Le Minisire de l'Intérieur au citoyen Gailliers de l'Étang, instituteur des Vétérans, rue de. Mignon,
« Citoyen, le Directoire exécutif m'a transmis la lettre par laquelle vous lui proposés de céder au Gouvernement une statue nommée la Bienfaisance, en échange de laquelle il vous serait donné du marbre blanc pour la môme valeur,
«Comme, d'après l'examen que j'ai fait faire de cette statue, il est reconnu qu'elle ne représente autre chose que la femme . de Louis XV, couvrant de son manteau deux enfants et un pélican, el qu'une pareille production ne saurait convenir à la République, je vous préviens que je ne peux accepter la proposition que vous avés faite.
« Salut et fraternité,
« Letourneux. »
Le marbre existe encore ; il est à Saint-Denis. Lenoir le sauva en se le faisant donner par M. Cailler de l'Estang^
Le citoyen Pascal, propriétaire d^un magnifique buste en bronze de Louis XIII, compris ^diT erreur àaiT]sVIîive?itaire dit garde-meuble, rédigé et imprimé en 1791 , offrit, pendant près de huit ans, de le céder à l'Etat ou de l'échanger contre des meubles déclarés inutiles à la nation et que le ministère des finances faisait vendre à vil prix. A aucune époque, le gouvernement ne voulut entendre parler de cette acquisition.
On lit dans le procès-verbal de la séance du Conseil d'Ad-
'1. No 330 du Journal de Leiioir. Cf. Baron de Guilhenny, Monofjraphie de . Saint-Denis, p. 320.
CXXIl JOURNAL DE LENOIR.
ministration du Musée du 3 brumaire an VIII : c Le Ministre de l'Intérieur prévient l'administration qu'il a examiné l'offre faite par le citoyen Pascal de céder à la République un buste de Louis XIII. en bronze, déposé précédemment au garde-meuble et qu'il l'a prévenu qu'il n'en feroit point l'acc^uisition. Il invite,' en conséquence, l'administration à le lui remettre sur son récépissé. Comme ce buste a été remis par l'administration au citoyen Lenoir, conservateur du Musée des Monuments, le Conseil arrête que la lettre du Ministre de l'Intérieur lui sera communiquée et que le citoyen Pascal sera prévenu que c'est à lui qu'il doit s'adresser. »
Longtemps conservé, à titre de prêt, par Lenoir dans le Musée des monuments français, restitué par lui aux ayants cause de son propriétaire, ce beau buste de Louis XIII fut acheté par Louis XVIIÎ au commencement de la Restauration. Je démontrerai prochainement, à l'aide d'une discussion, que c'est une œuvre de Jean Warin. Cela avait déjà été dit par Lenoir; mais il reste encore à le prouver.
Revenons à l'étude des principaux actes des prétendus fondateurs des collections du moyen âge, de la renaissance et des temps modernes. A Marly, oîi du moins on avait daigné se transporter, on agissait suivant les mêmes vues étroites. Si on avait mis quelques marbres et quelques bronzes en réserve, on s'était empressé de se dédommager en « proscrivant » les plombs. Car les œuvres d'art avaient leur tribunal révolutionnaire. Un membre delà Commission des arts de Versailles écrivait ainsi à un membre du Conservatoire à Paris :
(( Le citoyen Colson au citoyen Lesiieur. « 8 floréal an III. — Fais prononcer, je te prie, mon cher camarade , le Gonservatoir sur l'inutilité des figures en plomb* des pérons {sic) du ci-devant château de Marly, que
1 . « Le perron qui descend dans ce premier parterre , » dit d'Argenville (Voyage pittoresque des environs de Paris, 1768, p. 177), « est accorupagné ■ de deux groupes de bergers et de bergères en plomb, exécutés par Coustou l'aîné, ainsi que les sphinx et les enfants placés autour du château. «