CXXVI JOURNAL DE LENOIR
victimes de l'abbaye * . L'autre est Leraonnler , honnête homme, aveuglé alors par la passion révolutionnaire. Tout deux sont artistes. Depuis le passage des premiers émissaires du Ministre de l'Intérieur, tous les monuments religieux de Chartres qui n'ont pas été réservés sont à vendre ou à détruire, sculpture, peinture, orfèvrerie. Quelles merveilles 1 Sergent et Lemonnier ne voient que quelques pierres antiques à détacher des reliquaires avant leur anéantissement. Voici le récit de leurs opérations :
Procès-verbal d'enlèvement d'objets précieux destinés pour le Musée national.
Aujourd'hiiy mardi dix-sept septembre mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an II de la République, en présence des citoyens administrateurs du département d'Eure-et-Loir et des officiers municipaux de celte ville, a été enlevé par le citoyen Sergent, représentant du Peuple, et le citoyen Lemonier, peintre, tous deux membres de la Commission des Monuments, en vertu des pouvoirs qui leur ont été donnés, par la loi du 27 juillet dernier, de la châsse de la Vierge qui étoit dans le trésor de la ci-devant cathédrale dé Chartres, les bijoux et objets qui suivent :
1° Un camée de trois pouces de haut représentant un Jupiter de trois sortes de couleurs (Sardoine);
2° Une sardoine de quinze lignes de haut représentant une Diane gravée en creux ;
3° Une pierre de quinze lignes de haut représentant Assuérus sur son trône;
4° Une cornaline de onze Hgnes de haut représentant une figure portant sur l'épaule une espèce de javelot ;
5° Une agathe représentant un Cupidon de quinze lignes de haut;
6° Un camée représentant une {sic) sacrifice composé d« trois figures, cassé dans deux parties;
7° Deux têtes de femmes gravées en relief;
8° Une grosse tête, gravée en relief, représentant une Méduse, agathe blanche;
1. Voyez Michelet, Histoire de la Révolution, t. IV, pp. 123 et 222. — Renouvier, Hiatoire de l'art pendant la Révolution, p. 256.