CXXVIII JOURNAL DE LENOIR
drale leur cœur s'est ému. Ils ont oublié qu'un bas-relief, divisé en trois compartiments, représente des «sujets superstitieux » et n'est que le rétable d'un autel. Ils l'enlèvent et le font expédier d'office par la commune au Muséum *. Ils avaient compté sans le Conservatoire et sans la vanité, l'ignorance ou la pusillanimité de cet aréopogage. Loin des clubs leurs sentiments d'artistes avaient pris le dessus sur leurs passions de sectaires. Mais, à Paris, on était resté pur. Voici l'accueil qui fut fait à leur envoi. L'expression des sentiments qu'il inspira se trouve consignée au procès-verbal de la séance du Conservatoire, tenue le 19 floréal an 11.
« La commune de Chartres ayant adressé au Conservatoire trois caisses contenant des bas-reliefs enlevés au temple de la Raison, le Conservatoire les a reçus et en a payé provisoirement le port, se réservant d'en former un mémoire particulier afin d'être remboursé par qui il appartiendra. En observant que les effets enlevés d'un temple supprimé devaient être envoyés aux Petits-Augustins, il arrête de plus que, lorsqu'il sera fait dé semblables envois, ils seront renvoyés ou aux Petits-Augustins ou aux autres dépôts destinés pour recevoir 1er effets enlevés chez les autres émigrés. »
Les trois bas-reliefs décorèrent d'abord un magasin : on les jugea ensuite indignes de cet honneur :
« 14 Messidor (an II, 1794). — Un membre propose et le Conservatoire arrèie que, pour vuider d'autant ses magasins encombrés, on renvoie aux dépôts nationaux les objets ciaprès désignés qui ne méritent pas d'être exposés au Muséum des Arts. En vertu de cet arrêt, trois bas-reliefs en marbre
1. « On remarquait entre autres, » dit Lenoir (Musée des monumens français, t. Il, l'^ édition, p. 134) en parlant des sculptures de François Mar- . chand, « le coutrclable de l'autel représentant les mystères de la Passion divisés en trois tableaux, exécutés en albâtre. Cet ouvray:e a été enlevé de Chartres en 1794 pour être placé, a-t-on dit, au Musée central, avec un tableau peint par Sébastien iiourdon, par un député de la Convention en mission à celte époque dans le déparlenieul d'Eure-et-Loir. » Le bas-relief recueilli par Lenoir existe encore tt doit se trouver à Saint-Denis.