INTRODUCTION. CXXIX
venus de Chartres, etc., vont être portés aujourd'hui au Dépôt de Nesle*. »
Même spectacle un peu plus loin, dans le département de l'Eure. Le château d'Anet devient propriété nationale et est vendu pour être démoli. Il est inutile de rappeler en détail les merveilles qu'il renfermait. Le groupe de Diane sculpté par Jean Goujon, qui surmontait une fontaine, est brisé afin que les acquéreurs puissent en retirer les tuyaux de cuivre dont il était rempli ^. Le portail et sa fameuse horloge sont abattus. La Nymphe de Fontainebleau , commandée par François I" à Benvenuto Cellini et donnée par Henri II à Diane de Poitiers, est condamnée comme souvenir féodal. Un jurisconsulte, homme. d'esprit, la sauve. « A Anet, » dit Grégoire [Premier rapport sur le vandalisme du 14 fructidor an II, p. 9), « au milieu d'une pièce d'eau ^, était un cerf en bronze d'un beau jet; on voulait le détruire sous prétexte que la chasse était un droit féodal. On est parvenu à le conserver en prouvant que les cerfs de bronze n'étaient pas compris dans la loi. » On parlait sans doute d'en faire des canons quand, par bonheur,, passe par là un brave militaire revenant, avec des fourgons vides, de l'armée de l'Ouest. On a beaucoup calomnié les soldats de la République. Ils ont sauvé plus d'œuvres d'art qu^ils n'en détruisirent. Sans les convois militaires et la complaisance d'intelligents officiers, Lenoir, qui n'avait pas de fonds, n'aurait pu former son musée. L'inspecteur des relais militaires fait charger la Nymphe sur ses fourgons et ne la conduit pas à l'arsenal, mais au Muséum. Quel accueil va-t-on faire à ce soldat qui amène un trésor dont la France avait été si longtemps fière, un chef-d'œuvre si peu embarrassant, si
1. Procès-verbal de la séance du Conservatoire du 14 messidor an II.
2. Voyez le Joicrnal de Lenoir, n» 957, et le Mus. des Mon. />•., IV, 86.
3. Grégoire confond ici la place où se trouvait la Diane de Jean Goujon avec celle où la Nymphe de Fontainebleau avait été fixée.