GXXX JOURNAL DE LENOIR
commodément divisé en seize pièces et qui ne demande qu'un coin et qu'un mur pour s'y appuyer? Le Muséum n'occupe pas encore de galerie au rez-de-ctiaussée, c'est vrai ; mais il a quelques magasins et possède une cour et un jardin décorés d'ignobles baraques, et exhibant, en fait d'objets d'arts, un arbre de la liberté. La place ne manque donc pas. Pour que le bronze trouve un asile digne de lui dans le musée de la nation, tout dépend uniquement du jugement des membres du Conservatoire. La question n'est même pas compliquée de politique. Les suprêmes magistrats, qui s'étaient attribué la noble tâche de régénérer l'art, reçurent sans doute l'arrivant avec les égards dont il était digne, mais invitèrent le naïf et trop confiant officier à porter son chargements sa vraie place, c'est-à-dire à l'un des bureaux de vente de la Commission d'échange et d'aliénation. On lit sur le registre de Naigeon, conservateur du dépôt de NesJe :
i PiNTHiÈVRE (sic), ci- devant château d'Anette (sic), district de Dreux ^.
a Reçu le 3 germinal l'an IL
« Renvoyé par le Conservatoire national au Dépôt, sçavoir :
« Un cerf, une Diane dans le genre de Germain Pilon (on a mis au-dessus, au crayon, Jean Goujon), flgure [de] basrehef colossal, quatre chiens, tête de sanglier, etc. ; le tout en bronze et composant seize pièces dont le cerf et quelques autres parties sont mutilées. Ces div'ers objets composoient une horloge qui étoit sur la porte du château d'Annette {sic), et le cerf frappait l'heure de son pied 2, .
« Nota : ces objets sont venus sous la conduite du citoyen Fierens, inspecteur en chef des relais militaires. »
Il fallut près de deux ans et demi pour faire revenir les successeurs de ces hommes de goût sur ce verdict. La
1. Le premier mot désigne le ci-devant propriétaire; les mots suivants indiquent la provenance.
2. Naigeon n'avait pas bien compris le récit du citoyen Fierens et confoudnit le bas-relief de Benvenuto Cellini avec le cerf de l'horloge d'Anet.
INTRODUCTION. CXXXl
Nymphe de Fontainebleau fut, en l'an V, tirée du dépôt de Nesle et fixée sur l'un des murs de la cour du Musée *. On a remarqué, sans doute, le procédé employé à Chartres par Sergent pour enrichir le Muséum en matière de glyptique. Ce procédé consistait à retirer des châsses et des reliquaires les pierres gravées qu'ils pouvaient contenir avant de marteler et de fondre les pièces d'orfèvrerie. Cette ingénieuse méthode, inspirée par des hommes qui professaient une culte exclusif pour l'art antique, eut alors le plus grand succès. J'ignore si elle fut recommandée par l'administration. Mais d'autres villes n'attendirent même pas la visite du célèbre conventionnel et s'exécutèrent d'ellesmêmes. Il faut lire dans l'excellente Histoire de Troyes pendant la Révolution^ de M. A. Babeau ^ , dont toutes les assertions sont appuyées sur des documents authentiques , le navrant récit qui montre Rondot détruisant à lui seul toute l'orfèvrerie religieuse de sa ville. Un témoin peu suspect, Cambon, a déposé contre ces abus dans la séance de la Convention du 12 brumaire an III.
a A trois époques différentes de la Révolution, » a-t-il dit, « on s'est servi de l'argenterie des églises et, comme on n'a pu obtenir des comptes à cet égard, je ne doute pas qu'il y ait eu la plus grande dilapidation, à la dernière surtout oil, par suite d'un mouvement imprimé par une faction conspiratrice, on vint de tous les coins de la République offrir avec éclat, à
1. « Séance du Conservatoire du 5 ventôse an IV. — Le Conservatoire détermine que le bas-relief en bronze représentant le Repos de Diane, par Jean Goujon, tiré du château d'Anet, sera placé dans la petite cour du Muséum, sur le mur qui la sépare du jardin du citoyen Vien. 11 sera demandé au citoyen Hubert de faire le dossier pour porter ce monument et l'arrêter dans cette place. »
a Séance du Conservatoire du 19 brumaire an V. — Le Conservatoire autorise encore le citoyen Picaull à donner décharge, audit nom, des bronzes provenant d'Anet qui seront aussi retirés pour le Muséum. »