GXL JOURNAL DE LENOIR
de marbre venus de Flandre ^ Était-ce pour cela que nos soldats les avaient conquis ? Quel encouragement pour ceux qui voulaient enrichir le Musée de la nation I
Admettons qu'il fût laborieux d'empêcher le courage des armées françaises d'encombrer le Louvre de trophées répréhensibles au point de vue esthétique et qu'il fût nécessaire de modérer le zèle des émissaires de la Convention qui voulaient souiller, par des choix discutables, le sanctuaire des arts ; cette glorieuse besogne n'aurait pas dû cependant absorber toute l'activité des conservateurs travestis en pontifes du beau. Ces magistrats suprêmes n'auraient-ils pu quitter un instant leur hautain tribunal ? Pendant qu'ils siégeaient si gravement et avec tant de morgue, uniquement occupés à faire un triage et à « proscrire, » à discuter si les hollandais seraient oui ou non admis, quelles ruines se faisaient autour d'eux et sous leurs yeux! Saint-Denis, Ecouen, Chantilly, Yincennes étaient mis au pillage. Saint- Cloud, Gaillon ^, Anet, Hautes-Bruyères étaient vendus avec tout ce qu'ils, renfermaient. Ils étaient donc indignes du Musée ces objets qui, tout mutilés, en sont aujourd'hui l'honneur? A vendre ou à détruire le bas-relief de Saint-
1. « Séance du Conservatoire du 19 floréal an III. — On met sur le bureau la note de nouveaux objets arrivés de la.Belgiquej bier et ce malin, par suite de l'envoi mentionné en la dernière séance. Ils consistent : . . .2° Deux caisses renfermant deux grouppes de marbre blanc dont l'un représente la Charité et l'autre la Foy. Ces figures sont de Grepello. Elles ont été recueillies à Bruxelles, dans l'église du Sablon, chapelle des tombeaux de la Tour- Taxis. »
2. « En vertu du décret de la Convention du 20 août 1792, le château de Gaillon, qui avait été saisi comme propriété ecclésiastique, fut mis en vente. Quelques voix s'élevèrent dans le pays pour la conservation de ce monument. Elles furent couvertes par celle de l'ingénieur en chef du département, qui, consulté à ce sujet, trouva que les bâtiments des deux premières cours étaient d'une construction très-solide, tant pour la maçonnerie que pour la charpente et en bon état; mais que tout cela, dans son ensemble, ne pouvait être considéré comme un chef-d'œuvre de l'art, dont on dût ordonner la conservation. » Comptes de dépenses de la construction du château de Gaillon, par A. Deville 1830, introduction, pp. xciv et XLV.
INTRODUCTION. GXLI
Georges par Michel Colomb* ; la vasque de Gaillon*; la statue de Louis XII par Lorenzo da Mugiano^; les boiseries du cardinal d'Amboise*; la Diane de Jean Goujon^; le tombeau de Diane de Poitiers®; le vase renfermant le cœur de François I",
1. /owrnaZ de Lenoir, n" 914, acheté au marbrier Corbel fils.
2. « Alexandre Lenoir au Ministre de l'intérieur. — Paris, 18 brumaire an IX. — Citoyen Ministre, le citoyen Mazetti, marbrier, demeurant boulevard du Temple, est possesseur d'une cuve arabesque en marbre blanc du plus beau style et du travail le plus parfait. Ce monument, qui servoit de fontaine, porte huit pieds de haut sur six de large. Ce morceau unique, sculpté en 1510 environ, pour Anne de Bretagne, dont on remarque les armes en plusieurs endroits, est de nature, par sa perfection à entrer dans la collection du Musée des monuments français, puisqu'elle a été faite à Tours, par Jean .luste. Je puis l'acquérir sans bourse délier. Le citoyen Mazetti demande, en échange, soixante et dix pieds de marbre de même nature que je me charge de lui délivrer dans les débris des statues non restaurables que j'ai sous la main. Cette proposition, citoyen Ministre, est trop avantageuse pour le gouvernement et pour les arts, pour n'en pas profiter. Permettés-moi de l'exécuter, et je vous rendrai compte, dans la feuille prochaine, des détails qui l'auront consommée. Salut et respect. Lenoir. » — Le ministre autorisa l'échange le 19 brumaire an IX.
3. « Il y avait à Gaillon, » dit Lenoir dans une note inédite, « une grande galerie ornée des bustes, dans la même dimension, de nos illustres français. Ils ont tous été brisés lorsque le propriétaire du château l'a fait démolir. De cette suite intéressante, je n'ai pu recueillir que le buste en marbre et à micorps du roi Louis XII, que j'ai acheté à M. Corbel, etc.... »
4. « Gaillon, le 19 fructidor an IX. — Je voudrais. Monsieur, que vous soyez à Gaillon. Je viens de découvrir la plus belle boiserie que l'on puisse voir. Pour vous en faire une idée, la broderie de la chapelle n'est rien. Ce sont des stalles qui ornoient cel4e chapelle garnie d'arabesques, etc. J'ai vu le Inaire à ce sujet. Les objets appartiennent à la commune et lui ont été donnés par I^me Provôt. J'ai rendez-vous avec le maire et l'adjoint demain matin. 11 paraît qu'ils tiennent à un prix quelconque pour ces objets. Ils ont dit faloir qu^ils réparent leur église, que tous leurs vitraux sont cassés et plusieurs petits détails à leur intérêt. S'ils ne so'nt pas trop exigeans, je traiterai avec eux; si c'est le contraire, je vous en instruirai. Revenez sitôt la présente reçue. Vous ne regretterez pas votre voyage. Je vous salue avec respect. Sauvé. » — Sauvé était un ouvrier de Lenoir. Aujourd'hui, les boiseries, qui furent acquises, sont en grande partie à Saint-Denis.
5. N" 957 du Journal de Lenoir et Musée des monuments français, t. IV, p. 86. X J'ai fait, » dit Lenoir, « restaurer ce beau monument que l'on avait porté à dix lieues au delà d'Anet, après l'avoir coupé en morceaux pour en retirer toutes les pièces de cuivre qui servoient au passage des eaux. »
6. N» 954 du Journal de Lenoir. Le tombeau de Diane, aujourd'hui au Musée de Versailles, était déjà divisé entre trois propriétaires, quand Lenoir parvint à le reconquérir. Voyez les reçus signés Saillard, De Verly et Lacroix, publiés par Lenoir, Description du Musée des monuments français, édition de l'an VIII, p. 242 et 243.