XXXII JOURNAL DE LENOIR
des Tliuilleries des bronzes, des vases, des porcelaines, des girandoles de cristal, de bronze doré et autres. II y a de tout cela et en quantité dans les garde-meubles de Paris, de Versailles et autres. II y a môme des figures d'argent qui, quoy qu'elles ne soient pas si estimées des connaisseurs que celles de bronzCj^ ne laissent pas que de ])arcr. Cela a un air de richesse qui ne sied point mal dans un palais. Tous les princes d'Allemagne et d'Italie sont fort riches en cette sorte de parure.
« Dans le garde-meuble de Versailles, il y a une très-grande quantité de curiosités de la Chine, entre autres des armes, dos cabinets, des cotfres, des bahuts, etc., dont on pourroit tirer un très-grand party pour orner la gallerie des Thuillerics dans les trumeaux, et ailleurs où le jour n'est pas favorable aux tableaux.
« Il y auroit un moyen bien aisé d'orner les grandes pièces des did'érents appartemens et galleries des rnaisons royalles et à bien peu de frais ; le voici : tous les tableaux, d'après lesquels on a fait des tapisseries aux Gobelins et d'après lesquels on n'en fait plus, restent aux Gobelins roulés et s'y pourrissent. C'est le plus grand dommage du monde. Il y en a de fort beaux; il faudroii les faire rétablir et les encadrer dans des panneaux de menuiserie qui coùteroient moins que des bordures sculptées et dorées. Ces panneaux pourroient estre peints en couleur de pierre, vernis, ou en blanc seulement. »
A cent trente ans de distance, et à part la forme vieillie du langage, on pourrait attribuer la rédaction de ce document à un de nos amateurs contemporains, dont il semble prévoir et satisfaire les désirs ^ Le xvni'' siècle n'était donc pas étranger aux théories les plus modernes en matière d'expositions d'œuvres d'art. Il nous est, par là, surabondamment démontré à qui est dû le Musée du Louvre. On ne pourra plus nier que sa fondation ait été conçue et réalisée par l'ancien régime. Il ne manqua au gouvernement de Louis XVI que le temps de l'ouvrir.
1. Voyez un article de M. Bonnafl'é {Gazette des Beaux-Arts, avril 1817). M. Bonnafl'é ne désavouerail pas, je crois, les judicieux aperçus de son intelligent précur.-^eur de l'autre siècle.