AVERTISSEMENT. V
totypes de la beauté et qu'on posât pour lui les fondements de Fhistoire de l'art ; en un mot, il réclama des catalogues. Que fit le dilettantisme ? Il n'osa pas avouer son absolue incompétence. Les doctes critiques, préoccupés uniquement du beau en dehors de Fhistoire, du temps, des lieux et de la matière, improvisèrent au hasard une répartition des œuvres à des auteurs imaginaires. Le public crut avoir reçu satisfaction ; mais sa religion avait été tout simplement surprise. Au lieu d'être une source d'enseignement, les musées et collections de sculptures devinrent, dans un grand nombre de cas, une école d'erreurs. Il importe donc de rétablir la vérité et, pour y parvenir, il faut recourir aux documents d'histoire et procéder d'après les règles les plus sévères de la critique archéologique. Le journal de Lenoir, destiné à nous éclairer beaucoup sur la transmission de nombreux monuments de notre art national, est, de tous les textes qui réformeront les attributions fantaisistes, le plus important à faire immédiatement connaître.
Sans que je m'en sois aperçu tout d'abord, mon travail d'investigation autour de la collection des Petits- Augustins, étude approfondie d'une seule des sources du musée du Louvre, a eu un second résultat plus général et plus important peut-être que celui que j'en attendais. 11 a montré que la France aurait pu, sans bourse délier, malgré ses incessantes révolutions et ses instincts iconoclastes.
Vi JOURNAL DE LENOIR.
posséder le plus beau musée de sculpture moderne de TEurope. Notre pays pourra connaître désormais ce que lui a coûté autrefois d'avorr placé ou maintenu si longtemps à la tête de ses collections des incapables et des indifférents. Que Texemple serve à l'Europe si, par malheur, dans Favenir, il ne devait pas servir à nous-mêmes. Qu'il serve surtout à l'Amérique occupée, en ce moment, à fonder ses collections nationales. Les musées ont deux sortes d'ennemis à redouter : les ennemis du dehors et les ennemis du dedans; ceux qui les détruisent de temps en temps, plus ou moins partiellement, et ceux qui les composent mal ou ne savent pas les composer du tout. De ces deux genres d'ennemis le dernier est le pire. Les méchants ne peuvent faire le mal que pendant de rares moments d'anarchie et de désordre politique. Au contraire, il n'y a pas d'interruption dans la sinistre influence des incapables, quand ceux-ci sont investis de fonctions publiques.