‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 3 sur 252 · IV JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

IV JOURNAL DE LENOIR

ces parce qu'elle servait, pour ceux qui Fadoptaient, à dissimuler les lacunes de leur érudition. Pour être juge compétent en matière de sculpture, il suffisait d'avoir du goût. On sait que tous les Français ont la prétention de posséder cette qualité et d'en avoir reçu, de naissance, le diplôme.

Alors un étrange spectacle commença. Un même amateur, pour peu qu'il eût de l'aplomb et son diplôme d'homme de goût, promenant sur tous les arts son universelle compétence et l'éclectisme des grands esprits, put se mettre à apprécier et à juger à volonté les monuments de la sculpture égyptienne, assyrienne, grecque, romaine, française, italienne, indienne, chinoise, japonaise, américaine et beaucoup d'autres encore. Son ignorance spéciale de chacun de ces arts et de l'histoire de ces civiHsations individuelles lui devint un titre tout particulièrement recommandable, une qualité que j'ai entendu préconiser et revendiquer. Si, par exemple, il avait pu lire telle inscription tracée sur tel objet, notre amateur aurait peut-être été préoccupé, dans son appréciation, par d'autres considérations que celles de l'art pur. Son goût aurait été distrait par son savoir. Il est convenu que le goût supplée à tout et ne doit être gêné par rien.

Cet âge d'or du dilettantisme ne dura pas toujours. Le pubHc, devenu plus exigeant, ne se contenta pas de cette béate admiration, et demanda qu'on lui expliquât ces modèles déclarés des pro-

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