LX JOURNAL DE LENOIR
dait son sang par toutes les veines qu'on lui avait ouvertes. On vendit pendant plus d'un an à Versailles *. On vendit pendant plus de cinq ans h l'hôtel de Nesle et dans beaucoup d'autres dépôts. On vendait dans tous les palai--, dans tous les châteaux, dans toutes les égUses de la France. Presque toutes ces richesses, adjugées au prix qu'elles avaient coûté, passaient à l'étranger. Les contemporains, aveuglés par leur haine, ne l'ignoraient pas :
(( J'entendg d'excellenls patriotes , de zélés républicains dire, avec la naïveté la plus désespérante pour tout homme instruit, qu'il faut, dans toutes les bibliothèques, cabinets d'estampes, eCFacer les armoiries, arracher les frontispices, les dédicaces où il est question de rois ou de princes, fondre les médailles des rois et des empereurs, faire des canons ^ avec les précieux bronzes de tout modèle qui attestent les grands talents des Grecs et des Romains ou qui sont au moins des monuments historiques, effacer les reliefs où sont retracés les crimes des rois ou, si l'on veut, le petit nombre de celles de leurs actions que la flatterie a gratifiées du nom de glorieuses 3. »
(( Depuis trois années le féroce et astucieux Pitt, l'immonde Catherine et tous les capitahstes de l'Europe, profitant de l'avantage prodigieux qu'ils trouvent sur les changes, travaillent sans relâche à nous priver de nos morceaux les plus précieux. Us n'ont déjà que trop réussi , de nombreux émissaires achètent ici tout ce qu'ils croient devoir plaire à leurs maîtres ; et cette sourde guerre qu'ils font à la France littéraire n'est paa moins active que celle qu'ils dirigent de la manière la plus atroce contre notre liberté ^. »
1. Voyez : Baron Ch. Davillier, la Vente du mobilier du château de Versailles pendant la Terreur. Paris, 1877, in-S"; le Cabinet du duc d'Aumont, p. IX et suiv.
2. « Avec toutes les médailles du cabinet national on ne pourrait parvenir à faire la moitié d'un petit canon, et on détruirait des trésors inappréciables. » {Note des auteurs.)
3. Observations de quelques patriotes sur la nécessité de conserver les monianents de la littérature et des arts. Paris, le vingt-cinquième du premier mois, l'an deuxième de la République française une et indivisible, par Ant.-Aug. Renouard, Chardin et Charlemagne fils.