‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 49 sur 252 · LVIII JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

LVIII JOURNAL DE LENOIR

de l'existence de cette piteuse administration. Je la montrerai collectivement à l'œuvre sous la Révolution. Je l'apprécierai d'ensemble, comme l'a fait un ministre très-éclairé de la première République, dans une lettre * oii il constate

adjoint. Trois des membres du Consen'atoire feront partie de ce conseil et deux autres artistes y sont appelés, savoir : les citoyens Suvée et Jollain, peintres; le citoyen Léon Dufourny, comme administrateur et membre du Conseik Le citoyen Foubert, secrétaire du Conservatoire, est nommé membre du Conseil et adjoint à l'administrateur. La décision du Ministre pour l'exécution de cet acte est datée du 3 pluviôse, présent mois. » Lavallée fils fut désigné comme secrétaire. (Registre des délibérations du Conservatoire.)

1. Paris, pluviôse an V de la République française une et indivisible. — Le Ministre de l'Intérieur aux conservateurs du Muséum central des arts. — L'importance du Muséum fixe, depuis sa formation, les regards de tous ceux qui exercent ou qui aiment les arts. Jusqu'ici l'autorité publique n'a pas paru s'en occuper assez. Les circonstances en sont sans doute la cause. Mais le gouvernement constitutionnel ne peut pas négliger un établissement aussi précieux et qui doit avoir une si heureuse influence sur le génie et sur l'industrie nationale.

i( Il faut que dans cet établissement tout porte un caractère d'ordre, de dignité et d'utilité publique. Jusqu'à présent le public et les artistes n'ont pas semblé satisfaits sous ces différents rapports et, après avoir examiné attentivement la manière dont le Muséum a été dirigé et administré depuis son origine, j'ai senti que le gouvernement n'aurait jamais dû être satisfait lui-même que du zèle individuel que chaque artiste a pu mettre à faire ce qu'il croyait bien. Mais il y a souvent fort loin de cette bonne volonté individuelle ou même collective à une bonne administration. Je crois que le Conservatoire actuel a eu les meilleures intentions, cependant, soit que le système d'organisation exigeât réellement trop de temps des artistes qui le composaient, tous n'ont pas montré le même zèle, la même assuidité ; tous n'ont pas pris également part au service public. Le fardeau n'étant point partagé également devenait trop pesant pour ceux qui en restaient chargés et l'administration ne pouvait plus être régulière. Je suis persuadé que cet mconvénient provenait de deux vices de l'organisation faite par le comité d'instruction publique ; premièrement de re qu'elle exigeait de fait trop de temps de la part des conservateurs, ce qui les aurait forcés, s'ils s'étaient entièrement dévoués au service du Muséum, à renoncer aux travaux qui intéressent leur gloire et leur fortune. Je pense qu'avec cet inconvénient on ne pourrait jamais placer auprès du Muséum que des talents inférieurs. Ce qui nuirait à la considération que doit avoir l'établissement. J'ai voulu remédier à ce vice en laissant, dans la nouvelle organisation, aux artistes qui composeront le Conseil d'administration du Musée central du loisir pour leurs travaux. Ils en auront aussi plus de dignité dans l'établissement.

« L'autre vice de l'organisation du Comité consiste, ce me semble, à exiger que des artistes deviennent des administrateurs, ce qui est tout opposé à leur éducation primitive, à leur génie et contraire à leur manière d'être habituelle. 11 peut s'en trouver quelquefois à qui ces soins conviennent, mais c'est par exception. Il n'est donc point étonnant que le Conservatoire n'ait pas formé une bonne administration. Mais les conséquences en sont graves, quelque innocente

INtRODtJCTrON. LIX

et condamne l'impuissance si regrettable du Conservatoire républicain de 1792 à 1796.

Le sentiment qui domina, dans l'esprit des arbitres des arts pendant la Révolution, fut le besoin d'une double épuration. Epuration au point de vue politique ; épuration au point de vue esthétique. On connaît les résultats de l'épuration politique. C'est elle qui fit rendre les décrets funestes à tant de monuments. Mais ce qu'on sait moins, c'est que, bien avant Grégoire, dès le mois d'octobre 1793, de courageux citoyens avaient signalé au gouvernement républicain les dangers du fanatisme inconoclaste. A côté de la destruction systématique des monuments et de leur anéantissement pur et simple, ordonné d'abord, puis toléré seulement, la France souffrait d'une autre cause d'épuisement. Elle per-

qu'ait pu être la cause et, pour ne parler que de la dépense, vous serez sans doute étonnés vous-mêmes, citoyens, d'apprendre que, sans que j'aie permis d'organiser les travaux de restauration et quoique les dorures aient été suspendues, la dépense de votre établissement se monte, pour treize mois, en calculant la valeur relative des assignats et des mandats sur le cours, à une somme de plus de 160,000 livres, valeur métallique. Il est impossible de ne pas -être surpris de cette dépense, de la facilité avec laquelle vous l'autorisez et peut-être même de l'irrégularité administrative dont cette facilité a dû nécessairement être cause. Si je vous faisais des rapprochements avec d'autres parties de service public, votre étonnèment serait plus grand encore, et si je vous demandais ce qu'a produit en résultat cette énorme dépense, excepté la pose d'un parquet qu'il n'a pas fallu payer puisqu'on l'a tiré des magasins de la République, vous ne pourriez vous empêcher de convenir qu'il est très-important, môme pour votre tranquillité, d'établir un système d'administration précis et combiné de telle sorte que vos talents et vos lumières soient utiles, sans vous imposer des devoirs et des embarras qui ne vous conviennent point. C'est ce que je me suis proposé dans l'organisation ci-jointe. J'ai cru devoir vous exposer mes 'motifs afin que vous y reconnaissiez que l'intérêt public seul m'a dirigé. Je recommande avec instance aux membres du Conservatoire qui restent dans l'administration du Musée central des arts de se pénétrer des principes sur lesquels pose cette organisation et de s'y conformer avec précision. J'attends beaucoup de l'amour qu'ils ont pour les arts et de leurs sentiments de civisme. Quant à ceux que j'ai le regret de ne pas conserver à ce poste, je chercherai à rendre leur zèle utile aux arts et à les servir personnellement. La nouvelle organisation date du l^r de ce mois et j'invite l'administration du Musée central des arts à entrer sur-le-champ en fonctions. Salut et fraternité.

« Bexezech.

« Le Directeur général de l'Instruction publique, « GiNGUENÉ. »

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