VIII JOURNAL DE LENOIR
étape de tant de chefs-d'œuvre avant de parvenir au Louvre. Après avoir épuisé les sources imprimées et une grande partie des sources manuscrites conservées dans les dépôts publics, il se crut au moment de faire paraître le résultat de son travail. La découverte de nouveaux documents retarda la publication et l'arrêta, après l'avoir démesurément enrichie. Aujourd'hui, une histoire complète du Musée des Petits-Augustins et un récit même sommaire de tous les actes de la vie de Lenoir, d'après les documents originaux, demanderaient un développement tel, que l'auteur désespère de trouver jamais le moyen de publier un travail d'aussi longue haleine. Mais, par une inspiration providentielle, Lenoir semble avoir pressenti lui-même la distraction du pubUc et l'indifférence des éditeurs. Il a, dans un journal écrit par lui avec une concision remarquable, résumé les principaux événements de son administration. Les érudits peuvent donc être facilement et immédiatement mis en possession de renseignements qui leur font depuis longtemps défaut et qui leur sont indispensables. La publication du journal de Lenoir, en permettant d'étabUr l'état civil d^un très-grand nombre d'objets d'art, jettera une lumière inattendue sur Thistoire de la sculpture française. Le journal de Lenoir n'est pas, comme on pourrait le croire, le cahier de notes originales rédigé au jour le jour et au fur et à mesure des événements par le conservateur des Petits-Augustins. Certainement ce cahier-brouillon a existé et a dû servir de mémento *. Mais il suffit de voir le manuscrit, ou de le lire attentivement, pour être convaincu
1. Ce qui rend cette opinion extrêmement vraisemblable, c'est que, dans le Journal, on voit le premier et le deuxième mois de l'an II désignés seulement par le chiffre de premier et de second. Et, en effet, le décret de la Convention qui donna aux mois de l'année leurs noms révolutionnaires ne date que du 4 frimaire an II. Si Lenoir avait écrit le brouillon de ses notes longtemps après les événements, il est très-probable qu'il aurait appliqué rétrospectivement et par analogie, aux deux premiers mois de l'an II, leurs noms de vendémiaire et de brumaire. Cf. également les n"* 215, 235, 236.