‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 81 sur 252 · XC JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

XC JOURNAL DE LENOIR

pierre de liais, à l'exception de la tête qui est de marbre.

N" 10. Six coëfFures de tombeaux sculptées en marbre blanc. N° 11. Un fût de brèche.

N 12. Deux colonnes de porphyre, haute de sept pieds deux pouces, onze pouces de diamètre, chapiteaux et bases d'ordre composite en plomb doré.

N° 13. Une table de grand antique, portant deux pieds sur vingt-trois pouces. Deux autres panneaux de même marbre, de vingt-trois pouces sur quatorze. N° 14. Le sarcophage de Dagobert en lamachelle grisâtre très-précieux. Le sarcophage a été pris dans un bloc; il conserve son épaisseur à la réserve de la place creusée pour recevoir le corps de ce prince qui y étoit déposé. Ce sarcophage peut constater la grandeur du corps de ce prince dont on avoit pris la forme pour l'y renfermer plus ermétiquement {sic). Il y a apparence que dans ce siècle on n'employoit point le plomb pour la sépulture des morts. . Ce tombeau était recouvert d'une grande plaque de même marbre portant plus de quatre pouces d'épaisseur. Les gens du pais, pour avoir le corps de ce roi, ont cassé ce morceau précieux à grands coups de masse. La totalité de ce monument porte six pieds et demi de long, sur trois et demi de haut. Des fleurs de lys ont été sculptées autour. « Les habitants du pays ont converti toutes les tombes de plomb, qui contenaient tous les corps des rois, en lingots pour eh faire des balles de fusil. Ils érigent à Marat une pyramide qu'ils construisent avec les sarcophages des rois de la première race et d'une partie delà seconde qui sont en pierre de liais; ces dalles sonnent comme des cloches.

<( Le 28 brumaire je me suis transporté à Saint-Denisi J'ai visité lesmonumens et n'ai rien [trouvé] de détérioré, si ce n'est le masque de Duchatel qui étoit de marbre et qui a été enlevé. Ce qui m'a poussé à retirer l'ordre d'enlèvement de cette figure qui a été mutilée depuis mon dernier voyage.

« Les habitants voulant donner une fête civique en l'honneur des mânes de Marat et Peltier [sic], martyrs de la Révolution, on (sic) décidé à l'envie (sic) l'un de l'autre d'élever,

INTRODUCTION. XCl

pour ce jour mémorable une espèce de caverne placée sous une montagne verdoyante, pour y placer en cérémonie leS bustes de Marat et Peltier. Chaque patriote fut architecte et travailla à l'exécution de 'ce projet patriotique.

« Ce monument s'exécuta à l'entrée de la Franciade, ancienne ville de Saint-Denis, surle milieu de laplace. Chaque patriote étoit ouvrier. Ils y formèrent donc une montagne verdoyante ou triomphante allégorie à la montagne de l'Assemblée. Des cyprès, des pins, des lys, des sapins et des gazonsy furent plantés. Le sein de cette montagne offre une grotte formée parles débris des tombeaux des rois de France. Les marbres, qui jadis ornoient ces sépulcres, y ont été apportés en grand nombre pour former les voûtes et les piliers de cette grotte patriotique. J'ai vu plusieurs figures de Rois sculptés en pierre de liais placés à travers des piliers. pour servir de fronton. Les matières les plus belles en ce genre ont été employées sans art par des mains libres. Ce monument bizarre érigé à la liberté est peut-être la leçon la plus philosophique qui puisse se donner en ce genre ^ »

Où donc devaient être à ce moment les commissaires chargés de former le Muséum de la Nation, les sauveteurs officiels et patentés de l'art français? Evidemment à Saint- Denis, pour y recueillir quelques débris de cette sauvage démolition. Un seul homme, cependant, rôdait autour de ces ruines, guettant, comme un voleur, le moment favorable pour ravir tant de richesses vouées à la destruction. C'était Lenoir ^, et onze jours après la visite rapportée ci-dessus, le 9 frimaire an II (29 nov. 1793) ^, le premier convoi des

1. Pour ne pas tronquer ce curieux document, dont tous les détails n'intéressent pas notre sujet, mais sont dignes d'être publiés, j'ai rejeté en note la fia du rapport. Voyez ci-dessus la note 2 de la page Lxxxviii. Il existe d'autres descriptions de Saint-Denis pendant la Révolution. Voyez notamment le Cabinet histonque, t. XX, pp. 280 à 3U3; t. XXI, pp. 36 à 53, et pp. 118 à 135. Conférez en outre le récit des exhumations de Saint-Denis, publié par Lenoir, Musée des Monuments français, t. II, pp. cvi à cxxxu, et celui qu'on trouve dans la Monographie de Saint Denis de M. de Guilhermy, p. 55 à 83.

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