INTRODUCTION. LXXXIX
Surplus des objets d'art à conserver qui se trouvent dans la ci-detant abbaye de Saint-Denis, qui n'avaient point été réservés par la Commission des monumens et que j'ai inventoriés le 24 brumaire^ jour auquel je m'y transportai avec le citoyen Scellier, marbrier de ladite Commission.
(1 Sçavoir :
N" 1 . Le roi Jean, statue en marbre blanc.
N° 2. Philippe VI, idem.
N" 3. Jeanne de Navarre, fille de Louis Huttin, idem,
N» 4. Jeanne de France, fille de Charles IV, idem *.
N° 6. Jeanne de Bourgogne, idem.
N» 7. Phihppe V, irf^m.
N° 8. Charles IV, idem.
N° 9. Duchatel, pannetier de Charles VII. Cette figure est de
contes absurdes. J'étois jeune alors et je me rappelle que le bruit courut dans Paris que le prince, mort d'une petite vérole pourpreuse, jettoit au loin la peste, qu'il étoit impossible à tout homme d'en approcher sans être asphyxié. On dit même qu'il ne fut point embaumé parce qu'il avoit occasioné la mort de deux chirurgiens qui l'avoient approché. Eh bien ! ce cadavre infecte en 1772, exhumé en ma présence le 10 octobre 1793 — ce qui fait vingt ans d'ensevelissement — a été trouvé Irès-conservé et la peau aussi fraîche que s'il venoit d'être inhumé. Sur se^ remarques, j'observe en passant que la calomnie, la méchanceté des courtisans attaquoient les rois morts lorsqu'ils les flattoient de leur vivant. Je dirai plus, il ne se répandit aucune exhalaison à l'ouverture de ce tombeau, tandis qu'à celle d'Henri IV il s'évapora une exhalaison très-forte d'aromates. Leurs cerveaux avoient été.vuidés et remplacés par de l'étoupe.
« A l'ouverture du tombeau de François I^r, il se fit un écoulement considérable d'une liqueur noire et les os furent trouvés à nus.
« Dans la tombe de saint Louis on ne trouva que des os. Gela ne doit point surprendre, puisqu'il a été bouilli dans la Palestine où il mourut et que les os seuls vinrent en France.
« Dans ceux de Médicis, Henry second, etc., on trouva les os desséchés ainsi que ceux de Duchatel, pannetier de Charles VU, inhumé de ce côté de l'église et dont j'ai apporté un os du talon.
« J'ai remarqué que vers la partie gauche de ce temple placée au midi, où se trouvoient les tombeaux des Valois et autres, les corps y étoient entièrement desséchés, tandis que vers le chœur, qui est la partie orientale où étoient, placés les corps des Bourbons, les corps s'y étoient conservés avec plus de fraîcheur. On a trouvé les os de Dagobert, fondateur de l'abbaye en 638, dans son sarcophage.
« J'ai joui d'un spectacle très-extraordinaire ; c'est d'avoir passé en revue tous les rois de [la] monarchie. Quoiqu'ils fussent défigurés , cela est trèspiquant. »