INTRODUCTION. CXI
écrite dans l'instant de la réorganisation de ses bureaux; que la Commission, aussitôt qu'elle avoit eu connoissance de la réponse des citoyens Dupasquier et Picault, avoit donné des ordres pour que les bronzes, qui avoient été coaduitd au Muséum par le citoyen Mandaye (sic), soient conduits au dépôt de Nesle. On demande, par amendement, que les observations du Conservatoire rédigées par Varon soient aussi inscrites au procès-verbal. L'amendement est adopté, Varon sera invité à en donner copie. »
Le Conservatoire triomphait*. La charretée de bronze était repoussée. Cependant tout n'était pas fini. Car les prescripteurs savaient allier l'hypocrisie à la violence. On remarquera le mouvement et l'activité que le Conservatoire crut nécessaire de se donner pour légitimer, en apparence, son inqualifiable refus. A partir de ce moment, le jardin de l'Infante et ses embellissements furent à l'ordre du jour de presque toutes les séances ^. Qu'il fût représenté par David ou par toute autre influence occulte, il est bien certain que
1. Ce succès, qui fut assez complet, n'eut pas une très-longue durée. Au bout d'un an le Conservatoire se déjugea. 11 avait même été obligé, à titre de transaction, d'accepter immédiatement le bas-relief en pierre qui accompagnait les bronzes du pont au Change. Voir la note suivante.
2. « Séance du 19 brumaire an 111. — Un membre propose et le Conservatoire arrête qu'à la suite du rapport qui doit être fait au Comité d'instruction
publique il sera proposé au susdit Comité d'utiliser le jardin du Muséum
en y plaçant les différents bronzes moulés sur l'antique qui vont être transportés de Fontainebleau et ceux qu'on pourra recueillir soit dans les différens dépôts, soit dans les maisons d'émigrés ou de condamnés. Le Conservatoire charge la section d'architecture d'utiliser le bas-relief provenant du monument qui étoit au bout du pont au Change. »
« Séance du 3 frimaire an III. — La section d'architecture présente un plan du jardin ci-devant de l'Infante avec l'indication des places où pourront être placées des statues de bronze et de marbre d'une manière utile aux artistes et à l'établissement de ce jardin. Le Conservatoire arrête que ce plan sera joint au rapport à faire au Comité d'instruction publique: »
Etc., etc., etc.
Cette persistance dans les réclamations au sujet du jardin de l'Infante amena le décret suivant de la Convention :
« Brumaire an IV. — Le Comité de salut public de la Convention nationale, sur l'exposé du Conservatoire établissant que la cour et le jardin du Muséum sont destinés à recevoir des modèles précieux pour l'étude et des objets intéressants sous le rapport de l'art et essentiels à la décoration de ce monument
exil JOURNAL DE LENOIR.
l'esprit révolutionnaire se jouait du Comité d'instruction publique et que son but unique était d'anéantir complètement, même dans des chefs-d'œuvre, tout ce qui rappelait la royauté.
L'insolence des membres du Conservatoire, leurs sentiments de destruction brutale ou de mépris inintelligent avaient survécu aux événements du 9 thermidor, comme nous l'avons montré. Mais quelques mois après, quand le Comité d'instruction publique eut pris de la force et résolu, en principe, la destitution de ces sauvages ignorants; quand David, l'âme de "ce complot permanent contre notre art national, eut été emprisonné, le ton changea tout d'un coup au Louvre. Yoici ce que les prescripteurs, naguère si ardents, ce que les subordonnés du Comité d'instruction publique, tout à l'heure si arrogants^ eurent l'impudeur de lui écrire et de faire imprimer :
* « Lorsque nous présentâmes , il y a six mois, au Comité d'instruction publique, des vues d'embellissement sur le Muséum dés Arts, il approuva nos projets; en ordonna l'impression; nous promit l'appui de son autorité auprès de la Convention nationale pour en presser l'exécution. Mais le Comité d'instruction publique opposoit alors une barrière impuissante aux ravages du despotisme et de l'ignorance ^ C'est à cette époque, tristement fameuse, que le Massacre sepromenoit dans Paris, portant la terreur jusque dans les réduits les plus obscurs, substituant aux rameaux féconds de la liberté l'enseigne de la destruction et du mépris des hommes, moissonnant impunjément toutes les sciences, tous les arts, tous les talents. Cependant un dernier abri leur restoit encore ;
national, charge le Conservatoire de faire faire incessamment les travaux relatifs à cet objet sous la surveillance de la Commission d'instruction publique et arrête qu'il sera employé à cet effet une somme de 1.^0,000 fr. sur les fonds actuellement existans à la disposition de ladite Commission.
« Signé : Cambacérès, président, — Thibaudeau, — Merlin (de Douay), — Boissi, — Rheubell, — Lesage, — Gheuier, — Gourdon. »
1. Par exemple, le 25 prairial et le 29 floréal an II. Voyez ci-dessus, p. XCV et XCVI.