CLII JOURNAL DE LENOIR
Maintenant je serais injuste si je ne constatais pas que la recherche des objets d'art de second ordre, des meubles, des vases, des marbres, des matières précieuses a pu, à trèsjuste titre, quoique irrégulièrement, intéresser les divers membres de l'administration du Muséum. Ils avaient un certain sentiment des besoins de la décoration d'une galerie. Us ont recueilli, dans les dépôts provisoires, une certaine quantité de vases et de meubles utiles. Ils en ont racheté quelques-uns, après les avoir laissé vendre. Ils étaient prêts, par exemple, à tous les sacrifices pour une table de bois pétrifié ^ C'est une qualité. Mais n'oublions pas que, pen-
môme lettre du ministre, pour retirer les objets qui ont pa^sé du dépôt de U rue de Baune au Musée central des arts.
« Parmi les objets réclamés se trouve une pipe asiatique. Le Consenratoire, en remettant le corps et les accessoires de cet objet, observe que le couronnement de la pipe, ouvrage en filigrane d'argent, a été volé dans la gallerie du Muséum, le 17 nivôse bn IV. » (Procès-verbaux du Conservatoire.}
« Une pipe turque, en filigrane, avec son bassin » fût rendue au prince de Condé le 5 avril 1816. .
1. « Paris, le 24 ventôse l'an II de la République une et indivisible.
(c Gaspard Fabre, marchand à Paris, rue du Bourg-rAbbé, aux citoyens composant la Commission de conservation du Muséum. — Citoyens, il y a environ trois ou quatre mois que j'ai acquis, pour la somme de 12,200 livres, quatre tables de bois pétrifié. Plusieurs membres de la Commission des Arts, instruits que j'étais propriétaire de ces meubles précieux, vinrent. les visiter et les mirent en réquisition pour le compte de la République, en m'assurant que, sous quelques jours, l'enlèvement en serait fait. Depuis cette époque j'attens en vain Texécution de cette promesse et ce retard est Infiniment préjudiciable à mes intérêts, puisque, sans cette réquisition, ces objets seraient déjà vendus et que j'aurais acquitté les citoyens qui m'ont aidé de leur bourse, pour en faire le payeçient. Je vous observe que je suis père de famille, ne possédant que la fortune d'un bon sans-culottes (c'est-à-dire mon industrie), etc., etc. J'attends de votre justice la prompte exécution de la promesse que l'on m'a faite ou la main-levée de la réquisition. »
La réclamation fut appuyée par la Commission du Muséum et les quatre tables furent achetées :
« Paris, ce 4 des sans-culottides de l'an II de la République française uns et indivisible.
« La Commission executive de Tlnstruction publique au Conservatoire du Muséum des Arts. —D'après l'arrêté du Comité d'Instruction publique du 28 fruc-< . tidor qui charge la Commission executive de faire payer, sur les fonds mis à sa disposition, au citoyen FabrCi la somme de quinze mille deux ^ents livres pour le prix de quatre tables de bois pétrifié montées et enrichies de bromes aussitôt qu'elles seront déposées au Muséum national, la Commission invite le
INTROÎ)DCTION. GUII
dant ce temps-là, les statues de nos plus grands artistes ne valaient pas cinq cents francs, qu'on les achetait au poids du marbre^ et que le Muséum n'avait qu'à ouvrir ses portes pour en reôevoir gratuitement. Le marbre, provenant des églises dépouillées, abondait à un tel point dans les magasins de la République que Lenoir était obligé de faire arrêter des envois qui l'encombraient '. 11 payait quelquefois des travaux exécutés dans le musée en donnant du marbre au lieu d'argent '. Ces amas de înatériaux précieux devinrent en quelque sorte une carrière où, pendant vingt ans, on puisa pour tous les services publics^. Ces débouchés ne sufiBsant pas, on en vendait '. Enfin, pour utiliser cet inépuisable chantier de pierres rares, le. laboratoire de chimie nationale en fabriquait des eaux gazeuses *.
On a vu que le Conservatoire du Muséum entendait être mattre absolu de ses choix et prétendait, avec une dignité dont il faut lui savoir gré, en assumer sur lui toute la responsabilité, n montra une triste mais véritable énergie pour
Ck>ii8eiTatoire à recevoir le dépôt de ces quatre tables, à les faire placer dans le lieu le plus conyenable du Muséum et à délivrer reconnaissance de ce dépôt au citoyen Fabre, pour que, sur sa présentation, la Commission puisse ordonnancer son payement ainsi que le prescrit l'arrêté du Comité. — Salut et fraternité. a Les commissaire et adjoint, Gin6DEn6. — CLéMENT de Ris. n
L'acquisition de ces deux tables fut une des plus grosses affaires de la Commission temporaire des Arts, et ses procès-verbaux sont remplis du récit des démarches à la suite desquelles elles entrèrent au musée. Voyez les séances de la Commission temporaii^ des 30 pluviôse^ 15 germinal et 25 floréal an U.
En parlant de ces deux tables, le rapporteur du Comité d'instruction publique disait, le 28 frimaire an II, à la Convention : « L'on a vendu environ huit mille livres quatre tables de bois pétrifié qui avoient appartenu à la femme du tyran et qui, estimées à leur valeur, ne pou voient pas l'être. » Ce fut l'un des principaux griefs qui firent destituer la Commission des monuments. Ces tables étaient montées en acier poli et en bronze doré.
1. No» 834, 864, 871, 873, 875,^14, 924, 925, 938, 944, 1047, 1051, 1057, 1058, lt)65, 1066, 1067, 1086, 1107, du Journal àe Lenoir,