CL VI JOURNAL DE LENOIR
d'associer à leur inertie l'activité, le zèle et l'enthousiasme d'un jeune homme. Ils avaient préfété le maintenir en sousordre pour le mieux exploiter. Lenoir leur en témoigna son déplaisir en ne facilitant pas l'installation précipitée du Muséum. Ses résistances bien légitimes à livrer les objets qu'il avait si péniblement conquis, ne lui furent jamais pardonnées. Les différentes administrations, qui se succédèrent à la tête du Musée central, affectèrent vis-à-vis de Lenoir un dédain et une insolence véritablement regrettables ^
Une fois les clubs fermés après le 9 thermidor, et les déclamations passées de mode, le Conservatoire revint à sa besogne. Il fallait bien avoir l'air de Caire quelque chose, et, la politique cessant d'être une carrière, on dut reprendre son métier. Le Conservatoire sembla se réveiller. H s'apergut, à la fin de l'an II et au commencement de l'an III, que la sculpture valait la peine qu'on s'en [occupât ^. Depuis» trois
i . En Yoici une preave : Procès-Verbal de la séance du 5 germinal an IL — « On fait lecture d'une lettre du citoyen Lenoir^ garde du^épôt des Petits- Augustins^ qui fait part de Tarrété du Comité d'instruction publique. Le Gonservatoire passe à l'ordre du jour, motivé sur ce qu'il ne connaît que le Comité d'instruction publique. » Cf. la note du n^ 73 du Journal de Lenoir.
2. « 3 fructidor an IL — 11 est proposé de placer, aux deux côtés de la porte du Muséum, les deux statues de Michel-Ange, proTenant de la maison Richelieu. Cette proposition est adoptée. Le Conseryatoire s'adressera an Comité d'instruction publique pour en obtenir les moyens de faire Tenir au Musénm les statues et autres objets utiles à son embellissement. On arrête, par amendement, que le Conservatoire demandera à faire choix d'un groupe de Laocoon parmi les deux bronzes connus et moulés d'après l'antique. »
« Septidi fructidor an U. — Le Conservatoire se transportera en masse à la salle des Antiques pour y visiter les restaurations et mettre en réquisition ce qui sera convenable à rembelliseement du Muséum, i
« Nonidi fructidor an IL — On fait lecture d'une liste d'objets choisis dans la salle des Antiques. U est arrêté que le citoyen Dupasquier verra tous ces objets avant de prendre aucun parti. Le Conservatoire arrête qu'il met en réquisition les deux figures de bronze, le Gladiateur et la Diane, pour être transportées au Muséum, et que copie de l'arrêté du procès-verbal sera donnée au citoyen Boucault. »
« Nonidi fructidor an U. — Le Conservatoire arrête qu^les bases du rapport à fidre au Comité d'instruction publique seront que les plus beaux ouvrages de sculpture doivent être conservés dans leur état de vétusté; que, pour les ouvrages d'un second ordre, A sera nommé un jury qui déterminera les figures à restaurer et les artistes restaurateurs choisis au concours conformé-
INTRODUCTION. CLVn
ans on détruisait et Ini-môme faisait détruire, mais le vent avait changé. Des hommes courageux avaient sauvé beaucoup de débris. H ne s'agissait plus que de les dépouiller et de s'attribuer le bénéfice du sauvetage. D'ailleurs quel bonheur, un triage nouveau à faire I Le Conservatoire avait été renouvelé, mais l'esprit qui régnait au Louvre était toujours le même. Les nouveaux hommes de goût passaient dans les dépôts oii chaque jour on vendait à force, et cueillaient, parmi ce qui restait, quelques fleurs en courant ^ Ces amateurs chassaient en réserve, et, quand le gibier était rabattu, ne tiraient que sur les pièces dignes de leurs coups. Lorsque les membres du Conservatoire entrèrent en lice, ils y trouvèrent de redoutables cônciurrents. C'étaient les fournisseurs de la République qui se payaient en nature ' et les acquéreurs des ventes quotidiennes, qui souvent avaient fait un choix avant les représentants de l'État *. Le dépôt de l'hôtel de Nesle était déjà écrémé; on ne cessa d'y vendre jusqu'en l'an VU. L^histoire de ces ventes . réclamerait un long développement. Pour ne parler que du dépôt de Lenoîr, voici l'indication des principales saignées qu'il avait subies.
ment au décret de U GonveDiioD nationale. Les citoyeni Yaron et Dupasquier sont chargés de faire ce rapport. »
« 9 fructidor. — Le Conservatoire arrête que le citoyen Yaron est autorisé à faire transporter au Muséum les objets d'antiquité [contenus] daoç le dép6t de Sulpice, en en donnant décharge à qui de droit i
Le 13 fructidor an II, on décide que la grande fontaine de SainV-Denis sera apportée à Paris.
1. « 17 ventôse an III# — Le Gonsenratoire considérant que le Muséum national des Arts est susceptible d'avoir dans peu les localités nécessaires à son agrandissement et qu*il est urgent de faire choix des objets d'arts qui sont dans les divers dépôts de la République, mais, pour éviter de les accumuler dans la grande galerie du Muséum, il arrête qu'il se transportera sans délai dans le dépôt de la rue de Beaune et des Augustins à l'eiTet d'apposer son cachet sur les objets propres à figurer au Muséum et qu'il sera fait état desdits objets dont copie sera laissée au conservateur desdits dépôts. »
Une première déiy)ération dans le même sens, mais non suivie d'effet, avait en lîeu le 19 pluviôse an III.
2. Archives de la France pendant la Révolution, édit. in-12, pp. 225 et 256.
3. Sculptures de Gérard Van Obstal, Paris, 1876, in^*, p. 10.