‹ Alexandre Lenoir (volume 3)Chapitre 12 sur 207 · XVI JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

XVI JOURNAL DE LENOIR

travestissait un inventeur en un vulgaire fonctionnaire, il se résigna, avant l'Age et sans murmurer, à la sénile sinécure d'administrateur des monuments de Saint^Denis. Alors le cidevant fouiUeur des tombes royales, le sceptique rédacteur des premières éditions du catsdogue du Musée, le théophilanthrope^ de 1800, fit peau neuve dans le dévot personnage du chevalier Lenoir ^ et, comme aucune épreuve ne deinit lui être épargnée, il descendit assez bas dans sa propre estime pour recevoir sans sourire, que dis-je, avec componction ^, l'ordre de l'Éperon d'or l Lé créateur du Musée des Petits-Augustins devenant, en récompense de ses services, membre convaincu d'un drdre de chevalerie, n'est-ce pas un peu comme si Cervantes, sur ses vieux jours, s'était associé à toutes les extravagances de Don Quichotte et avait reçu de l'Espagne reconnaissante, pour prix de son talent ^ l'armet de Mambrin ou quelque autre morceau de fer*blanc doré ? C'était donc fatal. Le Jour où la chevalerie cessa d'être exclusivement héréditaire, elle devint contagieuse. Lenoir n'avait pu vivre impunément pendant vingt ans dans la familiarité des preux.

U se consola de ces actes de fiodhlesse par U publication de nombreux ouvrages, aujourd'hui théoriquement inutiles, toujours précieux cependant par un grand nombre d'illustrations. Mais, sans doute, rien ne charma plus sa retraite que la copie ou la lecture de ce journal qui lui retraçait, heure par heure, le souvenir de sa prodigieuse acti-

1. Voyez l'introduction de la Description historique et chronologique des monumens de sculpture réunis au Musée des moniipens français, édition

^ dé l'an VIII, p. 44.

2. « Fier du suffrage du Roi, orgueilleux enfin du titre de chevalier que j'ai obtenu de sa bonté toute royale », dit Lenoir dans le Musée royal des tnonU' mens français, Mémorial de l'histoire de France et de ses monuments, p. 10.

3. U faut lire le Discours adressé au souverain pontife Pie VU par Alexandre Lenoir, administrateur du Musée des Monumens français, le jour que Sa Sainteté est venue visiter cet établissement, Ventése^ an XUI (1804), in-8<*. Le pape y est habilement persiflé par celui qui doTait deTenir le chevalier Lenoir et porter avec ostentation un ordre pontifical.

liNTRODUGTION. XVII

vite. Peut-être parviendrai-je, un jour, à consacrer à ce bienfaiteur de' Hiumani té une étude biographique étendue et les éloges dont il est digne. Je montrerai alors, en détail, ce qu'a fait ce rude travailleur qui, presque seul, lutta contre la fureur inintelligente de la populace et contre la vaniteuse ignorance, mille fois plus dangereuse, des plus é^iinents de ses contemporains. Provisoirement, je ne veux pas altérer, par une esquisse trop rapide et nécessairement insuQisante, une aussi grande figure historique. Donc, en attendant qu'on me fournisse une toile et un cadre à la taille du modèle, je laisserai au simple récit du Journal le soin de peindre la conduite de Lenoir, et je consacrerai mon attention, dans cette préface, à extraire dû document imprimé ci-après quelques-uns des nombreux enseignements qu'il contient.

Il y a une école de publicistes qui représente la Révolution comme ayant généreusement doté la France d'un Musée nouveau ' , comme ayant spécialement fondé les collections de sculpture du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes. Une légende s'est déjà formée. Sans doute la Révolution a chassé l'art français des églises, des palais, des ch&teaux ; en mobilisant subitement de nom- ' breux ouvrages d'art, elle'a mis partout en circulation des éléments capables de former des musées ; elle a renversé tant de monuments ! Mais elle n'en a jamais, comme on le prétend , recueilli pieusement la poussière. On discutera longtemps encore sur le vandalisme révolutionnaire. On

i. C'est la thèse soateaue habituellement, et exposée en dernier lieu par Eugène Despois, dans son livre intitulé : Le Vandalisma révolutionnaire, fondations littéraires, scientifiques et artistiques de la Convention. Paris, 1868, iu-12.

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