INTRODUCTION. *. XLV
faut pas se laisser tromper par les apparences. On ne délogea aucun des parasites clients d^ Roland, de Garât et de leurs successeurs. On imposa même pendant longtemps au Conservatoire l'obligation de donner asile à la Bourse. On ne débarrassa pas le Louvre de l'École de dessin, ni de tout le matériel accessoire de cet établissement ^ Le seul pou* voir un peu généreux et clairvoyant en cette matière fut le Comité de salut public. A différentes époques, et même aux plus mauvais jours, il ne marchanda pas les modestes locaux réclamés ^. Voici uniquement ce qui restait pour le
Ministre, sur une amélioration marquant^ de l'état actuel da Musée des Arts. Dans un tel établissement où peut faire quelque chose ayec un peu d'argent, mais rien absolument sans l'espace et la sûreté qui sont d'une indispensable nécessité, o
1, « 23 floréal an HI. — Ae Conservatoire à la Commission executive de l'Instruction publique,
« Vous avez accordé au citoyen Sue. démonstrateur d'anatomie, deux locaux qui formoient cy-devant les offices de l'intendant de la liste civile La Porte.
« Le Gooser?atoire vous observe que ces locaux font partie de ceux attribués au Muséum et que déjà ils sont employés utilement à son usage. Le citoyen Sue peut et doit faire provisoirement ses démonstrations, comme son père et luy les ont faites pendant quarante ans, dans les salles de la ci-devant Académie de peinture réservées pour Tétude du modèle.
« A i*appui de ses représentations, le Conservatoire croit devoir remettre fous vos yeux l'arrêté du Comité de salut public qui met à la disposition du Conservatoire tous les lieux propres à l'établissement du Muséum. 11 en joint un extrait à sa lettre. »
2. « 29 messidor an II. — Le Consei'vatoire à la Commission executive de l'Instruction publique.
« Le Conservatoire du Muséum national des arts a rempli vos vues utiles en sollicitant luy-même, du Comité de salut public, une partie des conclusions de son dernier rapport. Il vient de mettre à notre disposition tout le local dépendant du Muséum, c'estrà-dire les salle? de la ci-devant Académie de peinture, les salles basses et le jardin dit de l'Infante. Il consent de plus à <llonner au Muséum une entrée nouvelle et nous renvoyé à la Commission des travaux publics pour l'exécution des plans que nous avions soumis. »
Voyez également les séances des 16 floréal, 17 et 21 messidor an II. Le plan dont il est question dans la lettre du 29 messidor concernait l'éclairage par le haut de la voûte. Lannoy avait été chargé de l'exécuter sous la surveillance de David et de Granet.
« Brumaire an IV. ~ Le Comité de salut public de la Convention nationale, sur l'exposé du Conservatoire, considérant que la cour et le jardin du Muséum sont destinés à recevoir des modèles précieux pour l'étude et des objets intéressants sous le rapport de l'art et essentiels à la décoration de ce monument national, charge le Conservatoire de faire faire incessamment les travaux rela-
• XLVlll JOURNAL DR LENOIR.
Et pourtant, c'est à tourner la tête de quiconque veut se reporter par la pensée à.ces années terribles. Pour un peuple qui voulait se créer des collections nationales, quel mo* ment que le mois d'août 1792 1 Tout ce qu'il y avait de beau sur son sol lui appartenait. Il héritait des nobles qu'il avait proscrits, des rois qu'il allait frapper, de Dieu qu'il expro«priait. Il n'avait qu'à ouvrir des magasins pour y entasser les richesses innombrables qui, dès lors sans propriétaires, couvraient partout le territoire de la République. U n'avait qu'à fermer ses frontières pour empêcher tout ce capital d'art, tant de travail accumulé, de passer à l'étranger. Il n'avait pas besoin de convoiter le patrimoine de ses voisins. Qui pouvait alors se vanter d'être plus riche en objets d'art que la France? Une porte, au-dessus de laquelle on avait écrit : Muséum national^ indiquait à tout objet précieux le chemin qu'il devait prendre. C'est pour recevoir cette avalanche de chefs-d'œuvre de tout genre qu'on ouvrait, au premier étage du Louvre, deux ou trois misérables salles '. Après tant de dithyrambes, tant de déclamations, la nation n'offrait pas à l'art menacé un plus vaste asile. Le Louvre, qu'on me permette cette comparaison, fut une sorte d'arche de Noé organisée par la République. Tout ce qui n'y aurait pas trouvé place devait périr, de par la loi, dans l'engloutissement* général. Je viens de prouver que la République lit aussi étroit que possible le radeau auquel elle confia les types à conserver. Examinons maintenant ceux qu'elle constitua sauveteurs officiels de nos arts naufragés.
Au guichet de l'ancien palais des Rois, on installa un
1. On peut s'expliquer, en consultant V Architecture françavte de Blondel (t. IV. p. 37 et SUIT., liv. Vî, n» 1, pi. 6), quel était l'état des lieux et quelfut l'aménagement primitif du Musée. Consulter aussi Thiéry, Guide desamateurs^ 1. 1, p. 327, et les Nouvelles at*chives de l'art français, 1873, p. 145.