‹ Alexandre Lenoir (volume 3)Chapitre 37 sur 207 · INTRODUCTION. XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XLIX

piquet de préposés inintelligents, qni semblaient uniquement préoccupés âe la pensée de repousser l'envahissement des objets d'art. L'insuffisance des administrateurs ne fut pas seule, non plus, à conspirer contre les intérêts dé la Nation. La beauté exceptionnelle des tableaux du Roi, Tétat de formation avancé dans lequel se trouvait cette collection tournèrent à son désavantage. On allait écrire cette phrase en tète de l'avertissement du catalogue de 1793 : « Le Muséum, que la République française érige en ce moment à la gloire et au progrès des Arts, rassemble déjà en ce genre la plus belle et la plus riche collection qui existe en Europe.» Cela n'était point tout à fait inexact. Mais cette vaniteuse satisfaction découragea bien vite toute activité. Du premier coup, le Louvre était déclaré le premier établissement du monde : on n'avait plus qu'à s*y assurer la plus douce des sinécures, dans la contemplation des chefs-d'œuvre qu*on avait suspendus aux murailles. Du haut d'un ensemble aussi considérable, aussi imposant, quand on n^ast ni un penseur ni un savant, il était assez naturel de juger presque tout indigne d'en être rapproché. Et commissaires et conservateurs, dédaigneux des mille moyens, qui s'offraient de compléter les collections ci-devant royales, se mirent à monter la garde autour de leur trésor, comme des avares qui songeraient moins à augmenter leurs richesses qu'à les préserver de tout alliage impur.

Qui aurait-on dû nommer membre de la Commission chargée de composer le Muséum ? les premiers savants , les premiers artistes du pays, et, sous leurs ordres, des hommes jeunes encore, intelligents, actifs, instruits, ayant/ donné des preuves de leur capacité dans le sauvetage des monuments, opération commencée depuis 1790 et qui était, plus que jamais, en cours d'exécution. Parmi les* agents de la Commission des monuments, un a citoyen d s'était distingué entre tous, c'était Lencnr. Depuis deux ans, il entas-

sait au dépôt des Petits-Augustios, dont il était gardien, les tableaux, les statues, les objets d'art de toute nature, en un mot, tout ce qui constitue un musée. Son établissement était un noyau de collection tout préparé. On ne songea pas à s'en servir. Le ministère de l'Intérieur n'avait vu, dans l'ouverture du Muséum, que l'occasion d'une manifestation politique. Le 1 août 1792, on avait pris de force le Louvre et les Tuileries. On résolut de montrer au peuple ce qu'il avait conquis, en lui exhibant les dépouilles des rois dans leur ci-devant palais, et on lui promit cette fête pour le 10 août 1793. En se fixant, d'ailleurs, au Louvre, on profitait des

études préparatoires et de tout ce que d' Angiviller avait déjà disposé. On chargea les premiers venus de tenir la promesse ministérielle.

Il faut reconnaître que les commissaires choisis étaient tous d'honnêtes gens dans le sens vulgaire du mot. On n'avait pas fait appel à des septembriseurs ni à des révolutionnaires de la veille. Ce n'étaient pas même des hommes nouveaux. Pour la plupart, ils appartenaient à l'Académie de peinture et de sculpture qui existait encore. Un contemporain, qui les connaissait bien, les a dépeints ainsi : « Gens d'un certain âge, usés par les sociétés et gfttés par l'esprit de corps '. » C'étaient, en un mot, de ces hommes qu'on

i. Lettre écrite à Lenoir en 1792. c Ce dimanche. ^ Votre billet d'hier soir^ mon ami^ ne m'a point étonné^ d'après ce qui m'avoit été dit que le citoyen auquel on avoit écrit devait se rendre aux instances très-réitérées des commissaires du Muséum qui ne peuvent rien toucher faute de fonds. Ce qui se trouve de tableaux dans la galerie est réellement fait pour frapper et pour émouvoir. Vous les connoissôs en partie, et d'Angivillers leur avait fait faire des cadres •qui, sans ajouter à leur valeur, y donnent de l'éclat. Ils en ont quelques centaines qui nécessairement, par ta loi des affinités, doivent faire venir avec eux les meilleurs de chez vous et faire par conséquent cesser la lutte qui existoit eutre la municipalité et le département de l'Intérieur.

« 11 n'y a ^ de doute que qui que ce soit de la Commission, de la Municipalité, du Département "fet de chez le Ministre n'a plus travaillé que vous pour procurer à la nation des chefs-d'œuvre non pas oubliés, mais perdus ; que qui que ce soit n'a mis plus de zèle, parce qu'à votre âge, et irritable naturellement comme vous l'êtes, on ne peut voir, sentir, juger et entreprendre

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