‹ Alexandre Lenoir (volume 3)Chapitre 87 sur 207 · INTRODUCTION. CXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. CXXV

On voit par ces exemples que le Gonservatoiie pouvait prendre où il voulait, même fort lolh, les objets qui lui paraissaient dignes d*étre classés dans le Muséum ou d'être jetés aux pieds du peuple souvercdn. J'ai prouvé plus haut l'existence de ce droit ; je vais en démontrer le facile exercice* n est curieux en même temps d'examiner de quelle manière se manifestaient^ en province, les intentions théoriques qu'avait la Convention de protéger les œuvres d'art. n est piquant de juger de l'effet produit par le désir qu'on prêtait bien gratuitement aux membres du Conservatoire de vouloir se les procurer. Voici ce qui se passe à vingt lieues de Paris. Les citoyens Çhasles, Lemonnier et Jean- Marin Masson, « commissaires nommés par le Ministre de l'Intérieur pour faire la recherche des monuments de toute espèce dépendant des maisons d'émigrés pour être transférés au Musée de la République r> se rendent à Chartres le 87 juillet 1793 ^ Ils ne jugent dignes d'être conservés pour le Musée que trois tableaux, dont deux ^e Sébastien Bourdon, placés dans la cathédrale, et les pierres gravées qui décorent ja châsse de Notre-Dame. Rien de plus ; on sait ce que signifiait le silence sous lequel le reste était passé. Le 17 septembre suivant, arrivent deux membres de la Commission des monuments pour exécuter l'enlèvement au nom de l'État. L'un d'eux, originaire de Chartres même, est député à la Convention nationale, c'est ce Sergent, triste personnage que ces coreligionnaires politiques ont accusé d'aimer trop les agates et de les recueillir jusque sur les

est admis. Il présente une autorisation du Ministre de rintérieur pour enlever les monumens dont les débris doivent être placés sous la statue colossale du peuple français. Il demande s*il peut continuer le travail. Renvoyé aux citoyens Leblond et Lebrun. »

Voyez en outre un arrêté du Comité de salut public^ du 5 floréal an 11^ et le rapport fait à la Convention par David (reproduit dans le Journal de la Société républicaine des arts, p. 220).

1. Procès- verbal de la recherche des monuments destinés pour le Musée national.

CXtVl JOURNAL DB LENOIR.

victimes de Tabbaye ^ . L'autre est Lemonnier , honnête homme, aveuglé alors par la passion révolutionnaire. Tout deux sont artistes. Depuis le passage des premiers émissaires du Ministre de l'Intérieur, tous les monuments religieux de Chartres qui n'ont pas été réservés sont à vendre ou à détruire, sculpture, peinture, orfèvrerie. Quelles merveilles 1 Sergent et Lemonnier ne voient que quelques pierres antiques à détacher des reliquaires avant leur anéantissement. Voici le récit de leurs opérations :

Procès-verbal d'enlèvement d'objets précieux destinés

pour le Musée national.

Aujourd'hay mardi dix-sept septembre mil sept cent quatre-vingt-treize, Tan II de la République, en présence des citoyens administrateurs du département d'Eure-et-Loir et des officiers municipaux de cette ville, a été enlevé par le citoyen Sergent, représentant du Peuple, et le citoyen Lemonier, peintre, tous deux membres de la Commission des Monuments, en vertu des pouvoirs qui leur ont été donnés, par la loi du 27 juillet dernier, de la châsse de la Vierge qui étoit dans le trésor de la ci-devant cathédrale de Chartres, les bijoux et objets qui suivent :

V Un camée de trois pouces de hant représentant un Jupiter de trois sortes de couleurs (Sardoine);

2* Une sardoine de quinze lignes de haut représentant une Diane gravée en creux ;

3^ Une pierre de quinze lignes de haut représentant Assuérus sur ton trône ;

4* Une cornaline de onze lignes de haut représentant une figure portant sur l'épaule une espèce de javelot ;

5* Une agathe représentant un Cupidon de quinze lignes de haut;

6® Un camée représentant une {sic) sacrifice composé de trois figures, cassé dans deux parties ;

7» Deux tètes de femmes gravées en relief;

8® Une grosse tète, gravée en relief, représentant une Méduse, agathe blanche;

1. Voyez Michelet, Histoire de la Révolution, t. IV, pp. 123 et 222. — RenouTÎer, Histoire de Vart pendant la Révolution, p. 256.

INTRODUCTION. GXXYII

9^ tJn camée représentant un lion terrassant un taureau, de deux couleurs, neuf lignes de long;

10® Une cornaline représentant une tête d'enfant, neuf lignes ;

ii"* Une tète de femme, agathe gravée en relief;

12* Une pierre, seule tète d'homme coiffée du bonnet phrygien ;

i3^ Une cornaline gravée en creux représentant l'Abondance;

14*^ Une pierre verte en creux représentant une Minerve;

15* Une cornaline en creux représentant un Mercure ;

16* Une pierre brune inconnue.

c Tous les objets ci-dessus pour être déposés au Musée national.

« Et, à l'égard des deux tableaux désignés par le procèsverbal du deux du présent mois, est arrêté que, lorsqu'ils seront enlevés, les citoyens commissaires enverront une décharge d'iceux. '

A encore été enlevé de la châsse de saint Théodore ce qui suit :

« Une agathe blanche, tète antique d'un empereur romain ; Trois petites pierres représentant un Amour; une tète de femme et un mufle de lion.

a Dont et de tout ce que dessus a été dressé le présent procès-verbal, pour servir de décharge, qui a été signé par lesdits citoyens Sergent et Lemonnier, lesdits jouretan, dont acte.

c Signé : Sergent. — Lehonnier.

tt Pour copie conforme,

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