‹ Alexandre Lenoir (volume 3)Chapitre 99 sur 207 · GXLIY JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

GXLIY JOURNAL DE LENOIR

Voyons maintenant ce qu'appréciaient les hommes de goût pour qui Saint-Denis ne renfermait aucun ouvrage digne du Muséum, les prétendus artistes qui repoussaient du pied les dernières survivantes de cet escadron de statues royales, Torgueil des places publiques du vieux Paris et Thonneur de notre école de sculpture, qui, dans un reliquaire» gothique, ne voulaient considérer que les pierres rares dont il était décoré. Leur dédain procédait-il uniquement d'une passion exclusive pour l'art antique, d'un aveuglement intellectuel respectable comme une une conviction? Non. Leur cœur était ouvert à d'autres tendresses qu'à l'amour de l'antiquité. Ce cœur, n'était insensible qu'aux témoignages de notre art national et aux œuvres de la sculpture française. Ces arbitres soilverains étaient pour tout le reste, parfaitement éclectiques. Le Muséum sacrosaint de la nation, qui ne s'ouvrait qu'aux u objets du premier mérite choisis par le Conservatoire, » ne méprisait pas les produits de la mécanique amusante, les pipes turques ou mdiennes, les chaises percées, pourvu qu'elles fussent japonaises.

Étant données les doctrines sévères affichées par les orga* nisateurs révolutionnaires de nos collections nationales, on est surpris, lorsqu'on lit le Catalogue des objets contenus dans la galerie du Muséum français décrété par la Con^vention nationale le 27 fuillet 1793 \ d'y trouver, page 108, cette description :

« N» S8. Pendule planétaire par le citoyen Janvier : « Cette machine intéressante présente quatre faces qui portent chacune un cadran :

1. Parifl^ in-8. C'est le premier catalogue du Musée du liOUTre.

INTRODUCTION. GXLV

a Le premier indique les heures, minutes et secondes du tems moyen, le tems vrai et le quantième.

c( Le second présente Le mouyement journalier apparent du soleil, sur un cercle de vingt-quatre heures subdivisé en degrés. Douze petits cadrans rangés autour de la Mappemonde, qui occupe le centre, montrent l'heure que Ton compte à chaque pays auxquels ils répondent : les minutes sont commencées à chaque cercle horaire.

a Le troisième est destiné pour la lune et pour les éclipses ; Je mouvement de la lune y çst périodique, synodiqiie et journalier ; on y voit les phases, les latitudes, le lieu dès nœuds, etc. Les éclipses sont indiquées par la quantité d'ombre qui passe sous les disques du soleil ou de la lune, au moment de la conjonction ou de l'opposition.

« Le quatrième cadran indique les jours de la semaine.

a La sphère mouvante, placée au-dessus de la pendule, présente le mouvement périodique moyen de toutes les planètes, y compris la planète d'Herschel ; toutes ces révolutions se font avec la précision astronomique. »

Ëtplus loin, page 119 :

a N* 119 ^. Pendule astronomique par Robin.

La forme de cette pendule présente un monument élevé par les Arts à Tllorlogerie.

* Les effets de cette pendule sont :

1* De donner l'heure par les effets du soleil sur la méridienne;

â^ La manière de donner le tems vrai par une suspension ingénieuse ;

3f Un quantième perpétuel par une division de trente-etun, indiquant les mois de 30 jours, ceux de 31 et même Tannée bissextile;

4* Un échappement qui a la propriété d'anéantir les frotements et de renouveller l'huile' sur les places d'impulsion à chaque vibration;

5^ Un remontoir simple et parfaitement assuré. Cet effet réduit le mouvement qui mesure le tems à la plus simple expression et donne une force motrice très-constante. »

Ne se croirait-on pas transporté dans les galeries du

1. Je passe le qo 118; c'était déjà une pendule du même horloger.

GXLVI JOURNAL DE LENOiR.

Conservatoire des arts et métiers ou dans celles de i'Observatoire ?

J'avoue avoir longtemps pensé — le lecteur partage trèsprobablement et pardonnera mon erreur — que la présence en pareil lieu de ces objets de mécâriigue amusante était le résultat d'un accident, d'une exception, d'une tolérance. Mes recherches ne m'ont pas laissé cette illusion. Ces machines furent achetées comme objets d'art. Une certaine pendule « départementale » du citoyen Janvier a donné lieu, entre le ministre de l'Intérieur et les administrateurs du Muséum, à une volumineuse correspondance qui a été conservée. C'est fort heureux, car on n'aurait jamais pu supposer qu'à ce terrible moment il soit resté dans des cerveaux intelligents assez de sang-froid pour s'occuper de semblables acquisitions et de leurs plus minutieux détails. On ne saurait imaginer ce qu'il a fallu de volonté et de parti pris pour faire entrer dans les collections nationales ces ridicules joujoux mécaniques.

En janvier 1794, le ministre Paré demande aux commissaires du Muséum leur avis sur lapendule du citoyen Antide Janvier. Le géomètre Bossut, égaréj on ne sait comment, parmi les organisateurs du Musée central de la République, répond, le 24 nivôse an U (13 janvier 1794), la lettre suivante :

tt Citoyen ministre, nous avons examiné, conformément à ta lettre du 15 nivôse, la pendule départementale du citoyen Janvier. C'est un régulateur qui donne pour chaque instant l'heure et la minute dans chaque chef-lieu des départements de la France suivant l'ancien système de la division du tems. Le cadran est une projection géographique de la France. L'échelle des longitudes est mobile de droite à gauche par le bas, elle est divisée en minutes de tems qui correspondent successivement à tous les méridiens de la République. Son mouvement est réglé sur le tems vrai, par le moyen d'une suspension qui fait varier la longueur du pendule. Le pendule est

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