‹ Alexandre Lenoir (volume 4)Chapitre 23 sur 166 · INTRODUCTION. XXXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXIX

ment, prétendait avoir un titre supérieur à celui de son voisin. Chacun, sans compter son mérite, invoquait le prestige de ses patrons, dont l'autoritâ et la faveur variaient suivant les lunes politiques. Dans ces intrigues d'antichambres, de corridors et d'escaliers, on retrouve presque partout David, aussi gênant comme locataire que comme protecteur. La plus douce et la plus républicaine fraternité ne cessait d'ailleurs de régner dans ce phalanstère, dont tous les membres, jaloux l'un de l'autre, savaient pourtant s'unir contre l'ennemi commun : l'objet d'art qui voûtait entrer. Ecoutons un peu aux portes :

n 24 ventôse, an II. — Le citoyen Cazin au Conservatoire.

(1 Parmi les logements que vous devez occuper, je ne pense point que le mien puisse être compris vu sa petitesse ; s'il est nécessaire absolument d'en avcûr uA auprès des deux grands ateliers duLouvre qui se trouvent dans mon voisinage, je pense que celui collaléral, qui est occupé par une ancienne demoiselle et qui n'est point artiste, et se trouve bien plus grand que le mien, vous.serait plus convenable. »

Pas de signature,

« 2b pluviôse an II. — Cazin, peintre de Marine, an Conservatoire.

u J'ai eu l'honneur de vous écrire hier, et par une distraction ncroyable je n'avais pas signé ma lettre, Je m'en suis rappelé, mais il était trop tard. J'ai l'honneur de vous reproduire l'exposé à peu près que je vous faisais hier. J'occupe un logement dans le Louvre qui m'a été accordé sous le ministère de ûarat appuyé par le citoyen David et, conformément au décret de la Convention nationale en favenr des arlistes, ainsi qu'en obtinrent plusieurs de mes confrères, il y a environ neuf mois. J'ai appris par mon épouse que plusieurs membres du Conservatoire, accompagnés du citoyen Sévestre, étaient venus voir mon logement ; je n'en sais pas le motif. II se trouve placé, Ji la vérité, près des grands atteliers duLouvre. Je vous prie d'observer ici que ce n'est qu'une seule pièce qni le compose et l'entresol au-dessus, lequel ne peut servir qu'à uii peintre de genre, étant petit et dans l'impossibilité d'y

,,GoogIc

XL JOURNAL DE LENOIR

faire ni d'y placer tin grand tableau. Je vous demande à rester dans mon coin en vous observant qne, de l'autre côté latéral ^e ces mêmes attellera, il existe un autre logement plus grand, puisqu'indépendainment de la pièce sur le quai, il y en a une seconde sur la cour, lequel est occupé par Mlle Thomas qui y a resté, j'ignore par quelles considératious, sous le ministère de Roland et même depuis. Comme cette personne n'est point artiste, et, par conséquent, poimt dans le cas du bénéfice du décret en faveur des artistes, je m'arrête à cette seule observation. Je présume trop de la juslice de mes concitoyens, et je me crois à l'abri de toute inquiétude quand je pense que je parle à des républicains qui respectent les décrets,

« Salut et Fraternité. « Gazin. »

L'Administration du Conservatoire procéda toujours avec la plus grande prudence dans' ces revendications individuelles de logements indûment envahis par des particuliers ; car, dans bien des cas, les ministres étaient complices de ces abus, et, malgré le puritanisme affiché par le gouvernement, il eût été dangereux quelquefois de déplaire h. ses favoris.

« 26 ventAse an V. — L'Administration du Musée central

de» Arts au Ministre de l'Intérieur.

a L'Administration doit donc, citoyen Ministre, renouveler ses instances pour être mise le plus tôt possible en possession de l'entresol que va quitter le citoyen Dejoux. On a observé, à l'administration, que le citoyen David jouit d'un logement au Louvre, que le citoyen Gérard, qui doit lui succéder, est aussi logé, et que la citoyenne Bouillar, qui doit succéder au citoyen Gérard, est de même logée provisoirement au Louvre. Ainsi, en mettant l'administration en pos> session du logement q«e va quitter le citoyen Dejoux, per- LOnne ne se trouve délogé, et il semble que, pour l'avantage d'un inonumenl tel que le Musée, les artistes ci-dessus nommés pourraient attendre que le citoyen David eût trouvé une habitation telle qu'il la désire.

« Toutes les convenances s'accordent à appiiyer notre juste demande : fLnjouissanccd'unecommunaulé indispensable;

Page 1