‹ Alexandre Lenoir (volume 4)Chapitre 37 sur 166 · INTRODUCTION. LXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXIX

nne seconde séance, le Conservatoire décidequ'oo rassurera l'opinioii publique. On fera connaître que le modérantisme des conservateurs n'est pas à craindre, et que l'épuration projetée sera radicale '.

Les jours suivants, on s'appliqua à épurer l'ancien cabinet du roi, tel qu'il avait été exposé par les premiers commissaires du MusÔum. On discuta les règles qui devaient présider au triage. Il n'y avait pas de doute sur ia nécessité de . proscrire tout ce qui était contraire au bon goût du jour. Mais on hésitait sur la question de savoir si les tableaux d'histoire ne seraient pas seuls admis dans le sanctuaire, comme seuls dignes de l'attention d'un peuple régénéré *. Il est permis de supposer que l'affirmative avait des partisans passionnés dans le Conservatoire, puisque l'opinion publique émue protesta, par la voix de Lebrun, contre la suppression en masse des écoles flamande et hollandaise '. Sans lui, peut-être, et sans un homme d'esprit anonyme qui

«□ outre àe faire faire des piédeataui à toales les eUtues ou vases qui sa Irouïent sur des pieds désagréables ou baroques, » {ProcÈa-Terbal de la Béanee.)

1. Séance de relevée du 7 veotAse an 11. « Il est arrêté par le Consenralolre qu'il sera Tait une afSche qui sera apposée sur la parte du Muséum, afin de prévenir le public que le déplacement des tableaux et autres objets esl un commencement de l'épuraliou qui doit se faire par le Coaservatoire des objets qui ne sont pas dignes d'être placés au Muséum, a

■ 2. Séance du Consoryatoire du 12 veulûse an II. — n Un membre demande si, dans le déplacement provisoire .que le Conservatoire se propose de fiùre, on supprimera les tableaux de genre. Od arrête qu'il sera seulement déplacé les tableaui reconnus pour être médiocres. »

3. JojiTJial de la Société républicaine des arts, séante du 13 gennioal, p. 2G7. Le Conservatoire démentit la nouvelle de la condamnation de Ions les tableaux de genre {Ibid.); mais l'opinion émise par un de ses membres à la séance du 12 venlâae fut soutenue publiquement par Eapercieui (/6i<i., p. 330), qui disait : o Je ne donnerais pas H sols d'un tableau flamand, u Qu'on relise le proeês-verbal du 6 ventdse an II. On verra qu'il y est question de tableaux qui ne doivent pas rester au Muséum. On lit d'ailleurs dans VAvis à la Nation, par Guillaume Martin, p. S : « Et qui sait Jusqu'à quel puint ils auraient porté leur complaisance sans la Journée du 9 tbermidor î Ils ont bien osé bannir du Muséum la deieente de croix attribuée à ce maître (Rapbaël) et presque Ions les ouvrages des écoles ballandùse et flamande. Les citoyens en ont murmuré et, pour faire taire la clameur publique, ils ont remis en place ees mémas ouvrages et nne grande partie de ceux venant de U Belgique, etc. » Enfle, dans

LXX JOURNAL DE LENOIR

fit insérer par Desternelle, daas son Journal^ une lettre fort mordante *, les plus beaux tableaux des maîtres hollandais risquaient d'ôtre déclarés inutiles & l'instruction publique et envoyés aux bureaux de vente.

Les plus graves pensées ne cessaient à' ce moment d'agiter ces conservateurs, qui avaient pleine conscience de la haute portée morale et sociale de leur mission. Bien ne pouvait les distraire du but sublime proposé à leur ambition. Le 2 germinal an H, « un membre dit qu'un particulier lui a fait part de différents (^jets précieux et qui pourraient convenir au iMuséum. Un autre observe que les objets de curiosité seulement ne doivent pas être à l'ordre du jour ; qu'il est plus convenable de s'occuper des choses dignes de la régénération des arts *. » Deux jours après, « des citoyens offrent le modèle en pUtre de la Vierge de Saint-Sulpice. Le Conservatoire rend hommage au zèle de ces citoyens. Hais, par les motiis qui le dirigent dans la formation du Muséum et la régénération des arts, il n'accepte pas cette offre '. »

Des scrupules de plus d'un genre assaillirent les conservateurs pendant leur travail d'épuration. Ils se proposèrent de Former une collection dans laquelle seraient entassés les tableaux d'église qui pourraient froisser l'athéisme d'un

ton Rapport au Comité d'instracàon pablique, en d^te du 7 prairial, Varon disait, p. 4 : ■ L'ancienne GonuDission avoit entaeeé dans un même lieu Unies les richesies qui étoiect tomb^ea dans ses mains. Mais ces richesses ne sont pas toulea de la mArne nature. A quelque degré de gloire qa'il soit inléresaant (le perler l'ioduslrie de ia France, on ne saurait nier que la plus belle Taiaselle, le plui belle porcelaine ne eoit déplacée auprès des formes simples et pures d'un vase étrusque. Quelque réputation qve se soient acquise che: les peuples corrompus, ces bommes qui prostituaient hier leurs pinceaut aui caprices de la mode et du taui goAl; quelque dépense d'esprit qu'étalent leurs tableaui, il est certain qu'une bambochade et des magoti ne peuTent s'allier aui toiles des Poussin, des Rapabël, des Lesueur, ni an Scarion se mesurer avec un Corneille, o

t. Journal de la Société républicaine des arts, p. SOS et suit.

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