‹ Alexandre Lenoir (volume 4)Chapitre 44 sur 166 · INTRODUCTION. LXXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXXXV

mission temporaire des Arts * , ils étaient investisd'un souverain droit de grâce. Tout objet condamné n'avait qu'à être tout;hé par eux pour être sauvé. La nation, d'un autre côté, ne leur marchanda pas les moyens d'accomplir leur tâche. Cent mille francs furent mis- à la disposition des commissaires pour empêcher les chefs-d'œuvre de périr ou de passer & l'étranger. Que ne pouvait-on pas faire avec cette somme, à cette époque? Voyons comment la mission fut accomplie.

Les églises de Paris regorgeaient de monuments de toutes sortes. Depuis 1791, tout ce qui décorait les couvents sup- . primés était devenu propriété de l'État. On n'avait qu'à y puiser à pleines mains. L'année 1793 mit en outre, dans le domaine public tout le mobilier des paroisses, et y ajouta toutes les propriétés des émigrés. Qu'on relise Germain Brice, Piganiol, d'ArgenviUe, Heurtaul et Magny, Thiéry, tous les Guides du voyageur à Paris et dans les envirom

dea dépAts a&tionaui proTisotres les ol^ets d'art qu'il jugera à propos de faire placer daiie le Muséum, h, la charge de donoer son récépiseé aui gardiens des d«pdU. B Exlraii des registres des procès-verbaux de la Commission lànparaire

« Séance du 30 floréal an II. — La Commiselon -aulorise ses Commisstùres , i se traDsporter partout oil besoin sera pour recouvrer les objets d'arl que différents particulierB auraient empruolës à des émigré) ou condamnés. »

t. En veici la preuve ; « Paris, le 23 pluviAne l'an II de la République française une et jndivisible. — te Prisideni de la Commission des arts adjointe au Comité d'instruction publique aux citoyens composant le Conservatoire du Muséum national des arts. — Je voue informe, Citoyens, que la Convention nationale, daoE sa séance du 18 pluviôse, a décrété que toui les Citoyens composant le Conservatoire du Muséum font partie de la Commission tempo- . raire des arts chargée d'inventorier et de réunir dani des dépâls convenables lous les objets de sciences et arts proprns à l'instruction publique. En considérant tout ce que la nature et l'art ont fait et peuvent faire en France, la Répu- . btiqne entière sera un immense et Buperbe Muséum. Vous êtes invités, Citoyens, à vous rendre quintidi pruchain, 25 pluvidse, au Comité d'instruction publique, à neuf heures précises du matin. — Mathieu, a

L'article S du décret de la Convention nationale du 22 pluviése an II, portant création d'une Commission temporaire des arl«, est conçu en ces termes : « Les membres du Conservatoire du Muséum national font partie de la Coromission temporaire des arts, d

LXXXVl JOURNAL DE LENOIH.

r4d%és avant la Révolution, et on verra quelle prodi^euse quantité d'objets d'art — parftùtement reconnus, signalés, justement vantés et admirés, — se trouva tout & coup sans maîtres et sans gardiens. Une commission de portefaix avides, si la France avait eu le bonheur d'en avoir une à cette époque, qui, sans discuter, se fût contentée de porter le tout au Louvre, aurait composé pour la nation un Musée avec lequel aucun autre peuple n'aurait pu rivaliser. Mais le Conservatoire était formé « d'hommes de goût ; » or les hommes de goût n'admirent que ce qui est k la mode et n'abdiquent jamais te droit de proscrire tout ce qu'Us ne comprennent pas. Protégées par la tradition suus l'ancien régime, ces reliques de l'art se trouvèrent tout d'un coup ■ dépouillées de leur prestige. Leurs juges, les membres du Conservatoire, u affranchis des entraves de la superstition et de la tyrannie, » appliquèrent aux moniunents de la vieille France les r^les de leur esthétique et d'une esthétique de l'an II I Chose inouïe I quand la populace, excitée par la Convention, se mit à briser et k mutiler ce qu'elle voyait dédaigné par le sublime tribunal chargé de lui donner des modèles ; quand, logique après tout, elle s'amusa àdétruire des jouets qu'on lui déclarait n'avoir aucune valeur, puisqu'on ne les recevait pas dans le Muséum des arts, ce ne fut pas du lx)uvre que partit le cri d'alarme. Le Comité de salut public , la Commune de Paris intervinrent. Personne ne peut ignorer que le marbre a de la valeur, et ta Commission chargée des ventes et des échanges sauva peut-être, par sa seule et légitime cupidité * , autant d'objets d'art que la Commission des monuments et la Commission temporaire des arts^. Les «artistes» du Louvre affirmaient plus ou

j. Leuoirfut obligé d'arrâler le zèle des ouvriers delà Commuiie, a'tSS du Journal,

S.Vojei, dana le Journal de Leaoir, lea trè»-Dambreui apports faits au àipbt ' dee PetiU-AngustiDs par ordre da Comilé de ulul public Les objets arri- TtieDt la plupart du tempi muUlés : On ne les considérait qu'au poiDt de Tue

INTRODDCTION. LXXXVIl

moins consciemnient que les statues du moyen flge ne valaient rieji. Mais les ouvriers savaient bien ce que se payent les marbres, et voilà pourquoi, si on sacriGa tant de statues, on ne perdit presque pas une colonne '.

Que se passait-il aux portes de Paris, dant le courant de l'année 1793 ? Un courageux témoin oculaire nous en a conservé le souvenir ; voici son récit :

Rapport sur Saint-Denis.

a Eq conséquence d'une autorisation du ministre de l'Intérieur Garât, je me suis transporté le 13 avril 1793, en l'abbaye de Saint-Denis, pour y enlever les tableaux extraits de la vente pour la Commission des monumens. J'ai fait les remarques suivantes sur plusieurs tombeaux qui ont piqué ma curiosité.

« L'abbé Suger, né en t082, fit de grandes augmentations à cet édifice. Le tombeau de cet illustre abbé qui fut enterré dans cette abbaye, a été détruit, car je n'ai remarqué en sa mémoire qu'une plaque de cuivre jaune encbassée dans deux pilastres corinlbiens de même matière. Cette épitaphe n'ent point du temps de ce prélat. Les caractères et le style est (sic) du XVI' siècle, ce monument. en a remplacé un autre ou a été érigé, sous ce siècle, à sa mémoire. Il futdéplacé et transporté à la municipalité de cette ville, le 18 août 179â, h la suite d'une révolution qui porta beaucoup de personnes à la destruction des cuivres et des bronzes.

d Les vitraux de cette église, quoique barbares pour le goût et le style, sont très-précieux, très-curieux et très-bien conservés ; les couleurs en sont éclatantes ; ils ont été exécutés sous le {ègne de saint Louis. On remarque entre autres deux grandes roses placées aux deux portes latérales qui, dans ce genre, sont deux chefs-d'œuvre.

« Je me transportai ledit jour h la municipalité pour y

de la matière tA an les eminsgssinail pour la l'ente. Joiemai de Lenoir, état n" 2. ■

I . On ne disul rieD pour une statue brisée, maia il faut lire, dans le Compte rendu à la Convention natiormle par la Commùsiùn tupprimée des monuments. Paris, imp. de BrOsselard, in-8 de 60 pages, l'intennioable histoire d'ane colonne cassée sur le pont du Peuple.

Page 1