LXXXVIU JOURNAL DE LENO[R
prendre connaissaoce des monumens qui ayoient été détruits dans laditte abbaye. Je trouvai dans la municipalité les objets sulTants d« cuivre qui y avoient été transportés pour être convertis en canons, sçavoir : Charles Vin, représenté à genoux et ses ornemens, etc. Le tout en cuivre, monument curieux pour le costume. La lële de ce roi a été brisée. Du monument d'Henry Il.quatreVfirtus plus fortes quenaUireetla statue d'Henri H et celle de sa femme, aussi plus forte que nature et représentée à genoux, chacun devant un prie-Dieu; le tout par Germain Pilon et fondu decuivrejaune et placé audessus du tombeau des Valois qui a été exécuté dans l'abbaye sous les ordres de Catherine de Médicis, qui le fit construire de son vivant. — Plusieurs figures en plomb et autres matières servant à divers [es] décorations dans la maison ont été détruites etdéposées i la municipalité le... (en blanc) de brumaire 1793, l'an II de la République. Tout le trésor' a été conduit à la Convention nationale par un convoi de dix-sept voitures cbargées. Les charretiers, conducteurs, etc. , s'étaient revêtus de cbappes et de mitres. Ils ont ainsi amenés (sic] par les rues ces monumens de la vieille superstition *. •
1. L'iDveaUire ea a été publié par M. Paul Lacroii, dsas le tome IV de !■ Revue universelle des arts, p. 123 à 143 et 3i0i 368.
2, Voici la fin du rapport (voyez la noie 1 da la p. xci) ;
<i Je rappellerai ici ce que j'ai dit plue haut à l'égsrd des eibumaliong iet cadavres. J'ai parlé de la levée du corps d'Henri IV à laquelle j'étoia présent. La fralcbeur de ce corpa éUiit Burpreaaate après {80 auE et plus de mort. J'ai , eu le plaisir de toucber à «es reeles aimablee. Sa barbe, ses monstacbes roussàlrss étoieal bien conservées. J'ai pria eea maioi' avec aocbrlain reapect dont je n'aj pu me défendre, quoique je Tusse vrai répnblicaia.
■ Turenne, dont on a tant vanlé la momie, est moins conaervé; les fonnes eont plus applalties et la peau plus sècbe el plus ridée; cependant à travera cette ma»e informe, en ma qualité d'arUsIe, j'ai reconnu les masses de la figure, taudis que le premier rustre qui aurait apper(u, daua sa vie, le buste au le portrait de Henry placé sur le Poot-Neuf ou ailleurs l'eût recoana au milieu de mille cadavres, tant les traita étoieot peu altérés. On dirait que la putréfaction a eu peur d'approcber sei vertus béroïques et qu'elle a voulu le conserver à la postérité, lorsque des maiua profanes uni retiré du tombeau, séjour de la paii, les restes de DOtre Titus, pour les jeter et les traîner dans la
u A'. B. Je rappelle ici la phrase d'un monarchien dite en ma préwDce.
N Louis XIV a été trouvé assez sain, maie très-desséché el U peau collée sur
■ Tout ce qui s été dit sur la mort de Louis XV m^mvile i ne pas oublier de rapporter ici ce que j'ai vu lors de l'eihuDUtioo de sou corps. Lors de sa mort, en 1772 (erreur: Louis XV otourul en 177Ï), ses ennemis firent mille
INTBODUCTtON. LXXXIX
Surplus des objets d'art à conserver qui te trouvent dans la ei-devant abbaye de Saint-Denis, qui n'avaient point été ■ réservés par la Commission des manumens et que j'ai inventoriés le 24 brumaire, jour auquel je m'y transportai avec le citoyen Scellier, marbrier de ladite Commission.
Il SçBTOir :
N* 1 . Le roi Jean, statue en marbre blanc.
N' 2. Philippe VI, idem.
N" 3. Jeanne de Navarre, fille de Louis Huttin, idem. N* 4. Jeanne de France, fille de Cbarles IV, td«m '. N* 6. Jeanne de Bourgogne, idem.
N" 7. Philippe V, tdflm.
N° 8. Charles IV, ifi«m.
N° 9. Ducbatel, paDnetierdeCharlesVII. Cettefigureestde
conlea absurdes. J'étoie jettoe alor» et je me rappelle que le bruit courut dsni Paris que le prince, mort d'une petite vérole poorpreuse, jettojt aa loin la peete. qu'il éloit impOBsible à tout homme d'en approcher sans être aspbyiii. On dit mime qu'il ne Tut point embaumé parce qu'il avoit occaBioné la mort de deux cbirurgieng qui l'aioient approché. Eh bien ! ce cadavre infecte en 1172, eihum£ en m> présence le 10 octobre 1793 — ce qui &it rlngt ttns d'enseTelisBement — a été trouii Irès-conservé et la peau aussi fraîche que iTû lenoit d'être inhumé. Sur sas remarques, j'obserre en passant que la calomnie, la méchucelé des courtiMDS atlaquoieut les rois morts lorsqu'ils les flaltoient ds leur tivant.Je dirai plus, il ne m répandit aucune exhalaison 4 l'onverture de ce tombeau, tandis qu'à celle d'Henri IV il s'évapora une eih»lÛBon très-forte d'aromates. Leurs cerveaui avoieat ili midés et remplacés par de l'étoupe.
■ A l'ouTerture du tombeau de François I*', il se Dt un écoulement considérable d'une liqueur noire et les os furent trouvés k nus.
« Dans la tombe de saint Louis on ne Irouva que des os. Cela ne doit point surprendre, puisqull a été bouilli dans la Palestine où il mourut et que les os seuls vinrent en France.
■ Dans ceut de Médtcis, Henrj second, ete-, on trouva les os desséchés ainsi -que ceux de Dachatel, panneUer de Charlea VII, inhumé de ce cflté de l'église
et dont j'ai apporté un os du talon.
« J'ai remarqué que ver: la partie gauche de ce temple placée au midi, ou se troovoient le» tombeaux des Valois et autres, les corps y étoienl entièrement desséchés, tandis que vers le cbœur,. qui est la partie orientale oii étoient placés les corps des Bourbons, les corps s'y étoient conservés avec plus de fraîcheur. On a trouvé les os de Dagobert, fonditeur de l'abbaye en S38, dans son sarcophage.
« J'ai joui d'un specUcte très -extraordinaire ; c'est d'avoir passé en revue tous les rois de [La] monarchie. Quoiqu'ils fussent déBgarés , .cela est trèspiquant, a
i. Il n'y a pas de numéro S.
XC JOURNAL DE LENOIB
pierre de liais, & l'exception de la tête qui est de marbre.
N* 10. Sis cofiffures de tombeaux sculptées en marbre blaoc, N" 11. Ud fût de brèche.
N i i. Deux colonnes de porphyre; haute de sept pieds deux pouces, onze pouces de diamètre, chapiteaux et bases d'ordre composite en plomb doré.
N* 13 . Une table de grand antique, portant deux pieds sur vingt-trois pouces. Deux autres panneaux de même marbre, de vingt-trois pouces sur quatorze.
N" 14. Le sarcophage de Dagobert en lamachclle grisfttre très-précieux. Le sarcophage a été pris dans un bloc; il conserve son épaisseur à la 'réserve de la place creusée pour recevoir le corps de ce prince qui y étoit déposé. Ce sarcophage peut constater la grandeur du corps de ce prince dont on avoit pris la forme pour l'y renfermer plus erraétiquement {sic). Il y a apparence que dans ce siècle on n'employoit pointle plomb pour la sépulture des morts. Ce tombeau était recouvert d'une grande plaque de même marbre portant plus de quatre pouces d'épaisseur. Les gens du pals, pour avoir le corps de ce roi, ont cassé ce morceau précieux à grands coups de masse. La totalité de ce monument porte six pieds et demi de long, sur trois et demi de haut. Des fleurs de lys ont été sculptées autour. <i Les habitants du pays ont converti toutes les tombes de plomb, qui contenaient tous les corps des rois, en lingots pour en faire des balles de fusil. Ils érigent à Marat une pyramide qu'ils construisent avec les sarcophages .des rois de la première race et d'une partie de la seconde qui sont en pierre de liais; ces dalles sonnent comme des cloches.
n Le 28 brumaire je me suis transporté à Saint-Denis. J'ai visilé les monumens et n^ai rien [irouvë] de détérioré, si ce n'est le masque de Duchatel qui étoit de marbre et qui a été enlevé. Ce qui m'a poussé à relirer l'ordre d'enlèvement de cette figure qui a été mutilée depuis mon dernier voyage.
« Les habitaots voulant donner une fête civique en l'honnear des mânes de Marat et Peltier {tic), martyrs do la Révolution, on (sic) décidé à l'envie (sic) l'un de l'autre d'élever,
INTRODUCTtON. "SCy,
pour ce jour mémorable une espèce de caverne placée sous une montagne verdoyante, pour y placer eu cérémonie les bustes de Maral et Peltier. Chaque patriote fut architecte et travailla à l'exécution de ce projet patriolique.
« Ce monument s'^éeuta à l'entrée de la Franciade, ancienne ville de Saint-Denis, surle milieu de la place. Chaque patriote étoit ouvrier. I!s y formèrent donc une montagne verdoyante ou triomphante allégorie à la mantagtu de l'Assemblée. Des cyprès, des pins, des lys, des sapins etdesgazonsy furent plantés. Le sein de cette JDontagne oITrc une grotte formée par les débris des tombeaux des rois de France. Les marbres, qui jadis orooient ces sépulcres, y ont été apportés en grand nombre pour former les voûtes et les piliers de cette grotte patriotique. J'ai vu plusieurs figures de Rois sculptés en pierre de liais placés à travers des piliers pour servir de fronton. Les matières les plus belles en ce genre ont été employées sans art par des mains libres. Ce monument bizarre érigé î la liberté est peut-être la leçon la plus philosophique qui puisse se donner en ce genre <. ■
' Où donc devaient être à ce moment les commissaires chargés de former le Muséum de la Nation, les sauveteurs officiels et patentés de l'art français? Évidemment à Saint- Denis, pour y recueillir quelques débris de cette sauvage démolition. Uii seul homme, cependagt, râdait autour de ces ruines, guettant, comme un voleur, le moment favorable pour ravir tant de richesses Vouées à la destruction. C'était Lenoir ^, et' onze jours après la visite rapportée ci-dessus, le 9 frimaire an II (29 nov. 1793) ', le premier convoi dos
1. PourDB pu tronquer ce carieoi documenl, dont teui les détails n'intéressent- pas notre sujet, mus eont dignes d'être publiée, j'ai r^eté en note la fin da rapport. Vujez ci-dessus lu noie 2 de la page lxxxvhi. 11 eiiste d'autres descnptlons de Saint-Denis pendant la Révolution. Voyez notamment It Cabinet historigue,l.XX, pp. 280 4303; t.XXl,pp. 38 à 53, et pp. 118 à 13S. Conférez en outre le récit des eibumations de Sainl-Denls, publié par Lenoir, Mtisée des Monuments français, t. II, pp. cvi à CZXXII, et celui qu'on trouTu dans la Monographie de Saint Denis de M. de GuUhermj, p. 55 à S'i. ,2. Musée des monuments français, 1. 1, p. G.