Test le nom révotulinnnaire de Saint-Cloud
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XCn JOURNAL DE LENOtR.
l'instractioa et les arts, la Commissioa, ferme dans ses principes patriotiques, maiotiant bod précédent arrâté *. n
On sait d'où vient, ordinairement, rinitiative dans tout gouvernement révolutionnaire. Un cri de la rue s'impose à UD club, UQ vote du club s'impose à un ministère, le ministère impose enfin à ta nation le vote du club, qui n'est que le cri amplifié d'un émeutier. La règle générale fut appliquée dans le cas présent. Le Comité d'instruction publique, qui, avec une commission executive, remplaçait alors le ministère et en avait les fonctions, fut saisi de cette patriotique pro|>osition. En la subissant, il l'aggrava, naturellement, pour se l'approprier, et lui donner un semblant de spontanéité et une originalité nouvelle. H ne laissa pas échapper une si belle occasion de faire sa cour au Comité de salut public, et la lAcheté humaine trouva son compte & offrir, au tribunal suprême, ce gracieux auto-da-fé.
Séance du Comité ^instruction publique du â9 floréal an IL
(I Un membre expose que la Commission des arts, par un arrêté j)ris dans sa séance du 25 prairial, a invité le Comité d'instruction publique à proposer un mode et une époque solemnelle pour la destruction des effigies et monumens qui rappellent la Royauté et le Fanatisme, et notamment les individus de la famille capétienne; que cette destruction soit effectuée sur les élats qui en seront dressés, soit par la Commis-, sion des arts de Paris, soit par celle de Versailles, soit par les ' commissaires de districts envlronnans, a/Sn qu'aucune pièce ne toit souitraite à ce creuset républicain; il demande, en outre, que le Comité soit invité à demander au Comité de salut public s'il n'est pas à propos de faire de ces destructions l'objet principal ou l'accessoire d'une fête nationale. Ces propositions sont adoptées ^. i
L'état des tableaux h. détraire fut dressé au Louvre. On
1. Ra^iBtra dea délibânilioDg de ta ComiuiBEiOD temportire des uto, tièaca du 25 prairisl an H.
2. Beglilre des délibénitioiu du Comîld d'inetructioa publique, sétnce du 39 flaiéal an 11. ■
INTRODUCTION. XCVU
lit ea effet dans le procès-verbal de la séance du 1" messidor 8D n : (( Sur la proposition d'un membre, on procédera également à la recherche de tous les tableaux de féodalité reûfermés dans les dépôts du Gouservatoire pour eu offrir un état au Comité d'instruction publique. » Lesueur, membre du Conservatoire, disait, dès le 2d nivôse an II , dans uae pétition adressée & la Convention nationale :
« C'est à notre haine pour la tyrannie que nous mesurons ' notre amour pour la liberté. C'est animés de ces senlimens que nous vous demandons, législateurs, à être autorisés à arracher des salles de la ci-devant Académie de peinture les portraits dequelques scélérats *, ainsi que plusieurs tableaux, productions de leur génie corrompu. Nous les traînerons aux pieds de la statue de la Liberté et, en présence de nos concitoyens, nous les livrerons aux flammes, en vouant à Tinfamie les traîtres et tous ceux qui tentent de les imiter en n'employant pas toutes leurs facultés et leurs taleos pour affermir le règne de l'égalité *. ■
Voilà ce que M. Despois appelle si justement les « fondations artistiques » de la première République. YoitJt comment les membres du Conservatoire du Muséum entendaient leur mission. Bs se considéraient avant tout comme chargés de fournir des victimes aiu proscriptions du Comité de salut public ^, et se constituaient instigateurs et exécuteurs de ses arrêts. 11^ voulaient rédiger l'inventaire des richesses d'art de la France, afin « qu'aucune pièce ne fût soustraite au creuset républicain.» N'est-il pas curieux de voir un Ministère de l'Instruction publique se préoccuper, non pas de montrer au peuple des objets d'art, mais delui apprendre
1. U s'agissut de Hduageot, do Dojeo, et ■ autres traîtres, vils Mtellitei du satrape d'Augeiilliers, ce monstre de turpitude qui a ^tptus de tort aux arti que dii alècles de tiarbarie.ii
2. Journal de la Société r^bHcoine des arls, rédigé par Dctoumelts, p. 106.
3. Il y avait des jours oii le Comité de salut public n'entendait pu pmorire san» distiDCtion. Vojgz U nota 1 ds U page XVIII.
XCVni JOURNAL DE LBNOIR.
à les détraire, et foire de cette destruction « le principal ou l'accessoire» d'une' réjouissance nationale? Avouons que les lyriques admirateurs de l'époque républicaine, Hennin, Renouvier, Despois sont morts ï temps. Voilà une délicieuse fête, une gracieuse idylle rêvée par leurs puissants héros qu'ils n'ont pas connue et qu'ils étaient trop honnêtes pour pouvoir chanter. Conception grandiose et bien dans l'esprit révolutionnaire, belle allégorie où l'on aurait vu la Nature triomphant de VArt, le Feu purifiant la Terre des produits de la «tyrannie» et de «l'imposture religieuse! » De quel imposant spectacle aurait-on joui si, pour un grand anniversaire, un jour de navet, de betterave ou de carotté de llaa n, le télégraphe récemment inventé avait donné l'ordre de faire « flamber » d'un bout de la France à l'autre tous les u monuments qui rappelaient la Royauté ou le Fanatisme l » La féte générale n'eut pas lieu, mais la pensée ministérielle fut comprise partout et partiellement réalisée'. - Elle avait même été devancée à Paris. On y entassa, d'office, un grand nombre de portraits ti/éodauxv chez Lenoir; on lui en fit tenir un registre dont Gbaumette eut un double * , et le nonidi ou la veille des jours fériés, on venait en réclamer quelques-uns pour célébrer la fête du lendemain en les brûlant sur les places publiques '. On avait soin, de temps en temps, de subvenir aux besoins de la consommation et de ménager l'approvisionnement des plaiàrs du peuple *. Sans compter les objets d'orfèvrerie, les marbres et les bronzes, dont la suppression était plus lente et plus dispendieuse, on détruisit, dans le seul dépôt de Lenoir, du 9 brumaire au 2 frimaire an U, c'est-à-dire en moins d'un mois, quatre cent trente-quatre peintures reçues et livrées