INTRODUCTION. CV
les quatre figures qui accompagoaient le Louis XTV de la place des Victoires, par Desjardins, — les quatre figures représentant les peuples vaincus du piédestal de la statue du Pont-Neuf, par Francheville, et quelques fragments du Henri IV de Jean de Bologne et de Pierre Tacca, — les statues de Louis XIII, d'Anne d'Autriche et de Louis XIV, du pont au Change, par Simoii GuUlain, — le piçd gauche de la statue de Louis XIV de la place Vendôme, par Girar- ■ don, — le Louis XIV de l'Hôtel de ville, par Coyzevoi, etc. '. Les conservateurs du Muséum, en tant que membres de la Commission temporaire des arts, sont prévenus de l'importante décision qu'il va falloir prendre. Ils sont convoqués le IS vendémiaire, pour aller se prononcer au Roule, en connaissance de cause, sur le sort de ces œuvres admirables dont les débris mêmes étaient intéressants. Mais d'aussi grands seigneurs, des amis de David *, ne se dérangent pas pour si peu. J.-B.-P. Lebrun, envoyé également par la Commission des arts, arrive seul au rendez-vous , rédige un rapport ' et conclut, tout en sacrifiant deux ou trois pièces, à conserver ces belles sculptures. Sur ce rapport, la Commission décida que ces bronzes ne seraient pas livrés auT arsenaux mais annexés au Muséum. La nouvelle en parvint ainsi au Conservatoire.
* Séance du 25 vendémiaire l'an 111 de la République. « Le Président fait l'ouverture d'un paquet adressé au Conservatoire par la Commission eiécutive de l'Instruction pu-
1, On en trouTera la liste, in extento, daiu \\ Gasette des Beaux-Arti, 2>périade,l. Xll'p.Sf. -
'2. L'iDÛnence de David, lA comme partout, n'est pas discutable. C'était lui qui «Tait fait substituer les premiers membres du Conservatoire à ta Commission nommée par Roland en 1793. Voici une preuve directe de la sujétion des eoDservateun vla-à-via de David : « 26 pluviôse an II. Le Conaervatoire au représentant David, — Le Conservatoire du Muséum, dans sa séance de ce toir, arrête que tu serais invité i, ees séances pour y conférer avec toi. La séance du Conservatoire commence à neuf heures du malin, x
3. J'ai publié ce rapport dans la Gazette des Beaux-Arls, loc. cil. tl y est malhenrensemeut plein de fautes d'impreesioo.
CVl JOURMAt. DE- LENOIR.
blique et fait lecture d'une copie du rapport de J.-B.-P. Le Brun, «ur la demande faite à la Commission temporaire des Arts, des brouzes qui peuvent être livrés à la fonte et qui sont déposés au dêpàt uationai au Roule, et d'une lettre de la susdite Commission relative audit rapport. Un membre propose que le Conservatoire écrive à la Commission executive de l'Instruction publique pour l'inviter k faire transporter tous les bronzes dont il est fait mention au procès-verbaj du citoyen Le Brun et qui sont au dépôt du Rbule, soient transportés {sk) au dépÂt de la rue de Beaune et les bordures provenant de la maison communç au Muséum <. »
La lecture du rapport de Lebrun et de la lettre de la CommissioD executive de l'instruction publique provoqua une telle indignation ou une telle inquiétude, dans le sein du Conservatoire, que la rédaction du procès-verbal — on s'en est aperçu — s'en ressentit au point de vue de la correction. A l'ordre de recevoir les bronzes du Roule on répondait assez hardiment par un refus, en désignant le dépôt de ta rue de Beaune comme le seul asile possible et convenable de l'envoi ministériel. Mais la protestation du
1. Voici ee qu'on faiuit quelquefoii, au Muséum, de ces bordures : Eltrttit des procèe-Terbaui du Couservatoire :
■ 3 mesaidor an VI. — Le Conseil arrête, 'sur la proposition d'un membre, qu'on enverra au citoyen Daroel, l'un des directeurs de la Monaoye, qui Teot bien SB charger de les faire laver, les 3 tonneaui de cendres provenapt des yidlles bordures brûlées. ■
h25 messidor an VI. — Le citoyen Darcet rend compte au Conseil du résultat de son liaTail sur les cendresdes vieilles kirdares braîées que l'administration lui aroil envoyées pour savoir ce qu'elle pourroil retirer des trois tonnes remplie* qu'elle possède. Il résulte de son opération que, à ID6 fr. 6S l'once d'or fia, on en retirera par quintal 29G fr.60 centimes, sur laquelle somme il faut prélever tes frais de foute, etc. ■
■ 28 messid'.iran VI. — Ledlcyen Fourcroy adresse le réilUtatde l'essai qu'il a fait sur les cendres de bois doré sur lesquelles l'administration l'aTait consulté. Ce résultat étant à peu de choses près le même que celui que le citoyen Dareet a obtenu des cendres que l'administration lui avoit remises et dont il est Dût mention dans le préeédeut procte-verbal, le Conseil arrête qu'il attendra pour prendre une détermination à l'égard decescendres, que le citoyen Darcet, qni a bien voulu se charger de trouver un acquéreur, l'ait inrormé de ses redierchei. *
Le 6 vendémiaire an Vil, la vente des cendres provenant des bordures durées produisit 1,306 fr. 63 cent ,
iMTROOUCTION. CVII
Conservatmre ne parvint à convaincre personne, et la Commission eiécuUve de l'instrucLioo publique, qui<i 'avait pas changé d'avis, choisit un agent pour exécuter sa décision. Elle l'investit de ses pouvoirs en ces termes :
■ Paris, le 37 vendémiaire an ITI.
La Commission nationale d' Instruction publique au C' Madaye. a Par notre lettre du 24 de ce mois, nous t'avons chargé, citoyen, de faire le triage des bronzes veuans des démolitions des statues dans les places publiques et de les déposer au muséum. Nous venons d'inviter les membres du Conservatoire à faire placer dans le jardin ci-devant de l'infante les statues et les autres monuments. Tu voudras bien te concerter avec eux à cet égard ; quant aux trois voitures de bordures, dont il est parlé dans le rapport du G" Le Brun, il est nécessaire qu'elles soient aussi placées provisoirement dans une des salles du Muséum jusqu'à ce que nous ayons statué sur l'usage qu'il est convenable d'en faire. Salut et fraiernîté. < GiHacBKÉ. n
Entre temps, inquiets au sujet des conséquences possibles de leur résolution, les conservateurs du Muséum étaient aux écoutes de tous les eûtes pour savoir ce qui allait en résulter. Dans la matinée du 27 vendémiaire, fioavoisin leur fit parvenir le résultat de son enquête :
« J'ai chargé les gardiens de remettre ce billet à celui de mescollëguËsqu'ilspourront trouver, le plulétpossible, pour qu'il soit présenta l'arrivée des grands bronzes du dépAt du Roule qui vont être transportés aujourd'hui au jardin du Muséum, par ordre de la Commission executive ; ne pouvant pas m'j trouver, attendu que je suis de garde à la Samaritaine, d'où l'on m'a envoyé chercher pour cet objet, afin de parler chez Hubert ' au citoyen chargé du transport qui trouvait mauvais que le Conservatoire refusât ces bronzes, mais quej'ai désabusé. « Bobvoisin,
« Ce 27 vendémiaire, 10 heures du matin^. u
1. Hubert élût iaipecteur général dœ bUiments de.lsRipublique.
2. Ce billet porte eu marge cette note : ■ Regu ie notre Colègae {ik) le 27, à 11 heures, an Huaéum. »
CVII! JOURNAL DE LENQIR
Bonvoisio n'était pas parfaitement informé. On eut, au Louvre», un jour de répit. L'arrivée si redoutée des bronzes n'eut pas lieu le 27, mais seulement le 28. Ce jour-là, en effet, le citoyen Madaye s'arrêta avec ses càariots à la porte du Muâéum et exhiba le pouvoir suivant :
Commission exécaHve de l'Instruction publique.
« Paris, vendémiaire an III.
a La Commission nationale de riostruction publique aux membres du Conservatoire du Mnséum.
■ Citoyens, ( Nous avons chargé le citoyen Madaye, l'un de nos employés, de faire transporter au Conservatoire du Muséum divers objets provenant de la démolition des statues qui se trouvaient sur les places publiques. Vous voudrez bien en conséquence disposer un local propre à recevoir tous les objets désignés dans le rapport de la Commission temporaire dont nous vous envoyons l'extrait. Nous vous invitons, en outre, à dresser procès-verbal du dépôt et à nous en transmettre la copie. Salut et fraternité.
« GlHGUENÉ. — CLiHEIfT DE RlS. >
D'un autre côté, les membres du Conservatoire étaient informés directement de la persistante volonté de la Commission d'instruction publique par la lettre suivante :
« La Commission nationale de l'Instruction publique au Conservatoire du Muséum, 28 vendémiaire. — D'après les renseignemeos que nous nous sommes procurés, nous avons chargé le G" Madaye de Ifaire transporter, dans le jardin cidevant de l'Infante, tous les objets désignés dans le rapport du citoyen Le Brun dont nous vous avons transmis l'eitrait. Nous vous invitons h les y faire placer de manière à ce que nos concitoyens puissfint jouir de la vue de ces monuments et à vous concerter à cet égard avec le citoyen Hubert, Quant aux bordures, elles seront aussi déposées provisoirement au Muséum et nous nous réservons de statuer ultérieurement sur l'objet de la demande contenue dans votre arrêté du 26 vendémiaire. Salut, etc.
« GlNGUEHÉ, 1