‹ Alexandre Lenoir (volume 4)Chapitre 59 sur 166 · INTRODUCTION. CXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. CXVII

n est parfaitement établi que quelques fragments des statues des places publiques de Paris vinrent à ce moment au Musëum '. Maïs ce ne fut pas pour longtemps. Elles finirent par être données à Lenoir, qiii les convoitait depuis 1792, et qui, aux plus mauvais jours, ne leur avait pas marchandé sa courageuse admiration.

On voit bien, par tout ce qui précède, que Lenoir fut seul h pratiquer son dangereux et intelligent dévouement à l'égard des monuments de notre histoire. Avant 179S , c'était un conspirateur fortdial noté dans le monde officiel, et onjpeut affirmer qu'il n'eut pas de complices. La Terreur une fois passée, il eut des jaloux. On se mit à exploiter, au profit d'ambitions diverses, la collection que lui seul avait eu le courage et l'esprit de former. Les plus dédaigneux furent ensuite les plus avides '. Vingt ans après le piquant incident que nous avons retracé, quand l'administration des Musées, alors royaux^ eut définitivement sacrifié ' l'admirable création de Lenoir, ces mêmes bronzes furent les premiers' objets revendiqués par le Conservatoire dans les

1. Les obJeU proTenant du dépdtdu Boule élfdententrâs an Hoséam, paitqoB e'eit au Loorre qu'oD vint plue tard le» chercher :

Paris, 4 leotôse a« X de la République une et indiTisible.

R Le Hiniatre de l'Ialérieur à radmiaigUiitian du Musée central des Arts. — ■ Je TOUS invite. Citoyens, k céder à l'administrateur des jardins de Versailles leB4stalue9 assises qui omaxent le piédestal de la statue équestrede HenrrlV sur l'esplanade du Pout-Nouf. »

c Paria, le 21 ft'iinaire, an X.

fl Alexandre Lenoir, administrateur du Musée des monuments français, aux citoyens composant l'administration du Musée central des Arts. — Gitojena, Je tous prie d'agréer mes remerclments pour les deui bas-reliefs représentant des esclaves sculptés par Simon GuillaîD dont tous voulez bien lous dessaisir en faveur du Mueée des monuments (rsogais. Veuillez recevoir, Citoyens, la présente comme l'acte de transport de ces deui monuments précieux et le récépissé qu'& juste Ulre vous réclamez. - « LeNOIH. b

Le pied eu bronze du Louis XIV, de Girardon, étut chez Lenoir dès le 9 thermidor an V. Voir n* 870 du Journal.

2. Voyez les articles précédés d'une étoile dans la yolice historique des Motaanens des Arts réunis.au dépôt natùmat, rue des Petili-Augasiins, par

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CXVm JOl'HNAL DE LENOrR.

dépouilles du dépôt des Petits-Augustins. Le fjouvre les disputa à l'Hôtel de ville et s'en para comme d'un trophée'; la galerie d'Angoulê'rae se prépara aies recevoir.. C'est au môme sentiment qu'cAéirent, à vingt ans de distance, des administrateurs d'opinious si diverse^:, éa concluant d'une ' façon diamétralement opposée. De l'art, fut-il jamais question ?,

I. Eitrail d'una lettre da Ministre de l'EnUrlear ui Directeur dea Masèes royaux : a Paris, le Sawil 1817. Monsieur le comte, paj* une lett/a du 2^ mars dernier, tous avieï réclamé pour la Balle de la sculpture française, au Musée royal, cinq objela du dépdl des Petits -i4ugustius, savoir ; 1° N° 111. Un groupe BU marbre repréeeutant les Troil Grâces, par Germain Pilon. — 2° N° 112. Une colonne en marbre de Gampan rouge, élevée à la mémoire da cardinal cle Bourbon. — 3» tl3. Vae statue de Henri IV, par Francheville. — 4" N" 167. Un groupe représentant Diane de Poitiers, sous la figure do Diane, par Jean GoigoD. — 5° N°n4. Le monument du pont au Change, représentant Louis XIII, Anne d'Autriche et Louis SIV, par Guillaîa, etc., etc. —

Autre lettre du Miùiatre de l'Intérieur : « Paris, le 6 juillet 1818. — Monsieur, j'ai refu, avec votre lettre du 23 juin, une liste d'objets d'art du dépôt des Petits-Augustios qui vous oui paru assez intéressants pour être réunis au Uusée du Louvre, à ceux qui y ont été précédemment transporté^ et qui proviennent du même dépAt. J'ai fait vérifier ai tous ces nouveaux objets étaient disponibles ;quelques-unt ont été accordés hH. le Préfet de la Seine, pour les églises de Paris; un autre appartient â la commune deMagny, qui l'a réclamé. Un bas-relief, le Jugemeut de Suzanne, est destiné au Musée du Louvre depuis longtemps. Un monument de Louis XIII devait être transporté à Saint-Denis; l'on a renoncé à ce projet. Je le laisse à votre disposition. Au reste, je vous transmets copie de votre étal où j'ai fait ajouter des notes indiquant la situation des choaes. Vous pouvez disposer de tout ce qui est marqué sans destination. — Quant aux nymphes de la fontaine des Inuocenls qui eiistent dans les ateliers de la fonderie du Roule et aui fragmenta de l'ancienne statue de fleuri (V, qui sont dans les caves de l'Hùlel de ville, je vais écrire à M. le Préfet de la Seine pour avoir un rapport. J'ai l'houneur de vous offrir, Monsieur, l'assurance de ma coDsidéiation. Le Ministre secrét^re d'Ëtat de l'Intérieur. — LtiNÉ. »

Au bas d'une Noie additionnelle des monuments des Petits-Augustins qui ont éii marqués pour que la demande en soit faite par l'administration du Musée rpyal, afin de ies réunir à ceux qui ont déjà été déposés dam les magasiTU provisoires au Louvre, pavillon de Beauvais, si toutefois fautoriaation est accordée, on lit : « Nota. Il serait bon de réunir également à ces monuments, les trois nymphes de J. Goujon, en pierre, provenant de la fontaine des Innocents, qui existent dans les ateliers de la fonderie au Roule, ainsi que tes fragments de l'ancienne statue en bronze d'Henri IV, qui existent dans les caves de l'HAtel.de ville. —Ceci doit être l'objet d'une demande au préfet. »

INTRODUCTION. CaiX

Ma démonstration est certaiûemenl péremptoire. Le Conservatoire du Muséum voulait, en 1794, la destruction de tous les bronzes échappés à la Fureur du peuple de Paris. Dans toute autre questioQ il serait superflu d'insister. Je ne puis pas cependant oublier que j 'ai affaire ici h l'esprit de parti. On ne manquera* pas. de m'objecter que, sij'ai prouvé jusqu'à l'évidence l'intention formelle du Conservatoire du Muséum d'écarter les bronzes parisiens, je n'ai pas établij sur témoignage écrit, leur envoi direct à l'arsenal et à la fonte. Eh bien ! je puis prouver qu'en octobre 1794 le verdict proscripteur était déjà rendu depuis huit mois. En effet, lorsqu'on recueillit les restes du chevalde bronze, tous les morceaux de métal n'avaient pas été portés au môme magasin du Roule où Lebrun les sauva. Les bas-reliefs ' , qui décoraient sur trois faces le piédestal de ta statue, se trouvèrent isolés des autres débris de la figure et remisés je ne sais où. Dénoncés dès le 20 mars 1794, ils furent réclamés pour le « creuset naûonal » ; et, quand la Commission temporaire des arts eut à statuer sur leur conservation, il se trouva là un membre du Conservatoire du Louvre pour en proposer et en obtenir la destruction :

« Séance de la Commissiim temporaire des Arts du 30 vett- Mse an // (20 mars 1794).

Il Un membre observe qu'on se propose de fondre les basreliefs qui ornoient la statue d'Henri IV. Renvoi à la section de Peinture et de Sculpture. Le C. Varon est adjoint à cette section pour faire un rapport. »

il Séance du 5 germinal ati//(1S avril 1794). — Rapport du

1. Voici, d'après Hurtaut et Mapiy (Dictionn. hist. de la ville de Pans, l. IV, p. 46), quels Élaieut ces baa-reliefa ; • Sur la face qui est du cAté do fauiboiirg Saint-Germaia soûl représeoléeE, ea bas-reliefs, les bataille» d'Arqués et d'Wry. Les principales circoDstancea en sont eipliquées par deui inscriptions... Sur la table, qni est du calé du Pont-Hoyal, est marquée l'eutràe triomphante du roi Henri le Grand dans Paria, le.SS do mars 1S94... Enfin, sur la face qui esl du câté de !a Samaritaine, sont marquéea la prise d'Amiem et celle de Monlméliaa en Savoie. »

CXX JOURNAL DE LENOIR

G. VaroD sur les bas-reliefs qtii oraoieat la statue de Henri IV. Il en résulte que ces bas-reliefs, déjà mutilés, ne sont pas assez précieux pour 6tre conservés et qu'on peut les livrer à la fonte. »

Mais, me dira-t-on, vous calomniez l'esprit révolutionnaire. Son avidité pour 1« bronze, en dehors des questions politiques, avait d'avouables et même d'honorables ei;cnses. n fallait lournir des canons à nos armées. — C'est, je le déclare, un pitoyable argument. Le pays regoi^eaitdes métaux nécessaires k la conrectiun de l'artiUerie*. Témoin ces nombreuses cloches qui ont survécu à la fonte générale, malgré la convoitise des ministères de la guerre et des ânances ' .' Que restera-t-il enfin de ce ridicule plaidoyer des circonstances atténuantes, si je montre la Révolution animée des mêmes sentiments à l'égard du marbre ? Pour être plus justes, écartons-nous momentanément de l'époque brûlante de la lutte ; laissons tomber la fièvre du combat et ne tâtons le pouls de l'opinion républicaine que lorsque le sang-froid a pu lui revenir. En messidor an VI, les mauvais jours de

1. On lit dans Le compte reiMu d'une séance de la CoDienUoa, inséré dans Is Jota-nal historique et politique, a" du il féTrier 1794 ! o Le Ministre des ^ contributions publiques met sans led jeui de l'Assemblée deui étals relatifs K U IkbiicaUoa de monnoyes. Depuis le premier Janvier jusqu'au 30 nivâse, la fabrication des espèces de cuivre et de métal de cloches se monte à ' 4,885,750 livres. Les eoTois de cuivre et de clocbes faits par les départemeots sont estimés jusqu'au 30 nivâse, en cuitre el bronze, à S6S,949 livras, et en cloches i 5,19S,92G livres. »

2. La Conteatioa n'est pas seule responsable de la disparition des clocbes. Les Assemblées eonslituance et législative leur avaient déjà fait la guerre Cf. Adresse à [ Assemblée nationale sur la fonte des cloches par M. Devilliers, horlogerf rue de Chareaton, n" 27, et M. Arulré Péligot, horloger, rue Uontmartre, n" 21*. De l'imprifflerie de L, Jorry, etc., 1790. 8 p. in-8, — Idée d'un citoyen patriote sur la suppression .des cloches des paroisses de Paris, de l'imprimerie de DemooviUe, rue Cbrisline, 1790. 8 p. in-B. — Réflexions sur le projet de rendre le «létal des cloches mal éable et d'en fabriquer de la monnaie pour servir ù l'échange des petits osiigTiats. A Paris, de l'imprimerie de P. Fr. DJdot le jeune, 1791. 2i p. ia^S. — Récit el extrait des délibérations de l'assemblée générale de la section de Notre- Dame, en ce qui concerne les cloches. Ds l'imprimerie de y» Hérissent, rue Notre-Dame, 1792. 12 p. in-8.

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