‹ Alexandre Lenoir (volume 4)Chapitre 64 sur 166 · CXXXIV .JOURNAL DE LENUm · texte numérisé non relu

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lieu entre ceux qui voulaient détruire et ceux qui roulaient conserver/ et elle ne fut pas difficile à foire naître ; car les partisans des deux opinions paraissent avoir été, en cette occasion, aussi éclairés les uns que tus autres. Il fut décidé que certains ouvrages d'un intérêt considérable pour l'histoire de l'art ne seraient anéantis qu'après avoir été copiés dans un dessin. N'est-il pas triste de voir l'admiration et de légitimes préoccupations scientifiques impuissantes à ïrîompher de la haine politique ? En tant que républicains, les savants ont conclu comme la foule, ajoutant seulement à leur verdict prosciipteur un rafOnement de barbarie *.

Quittons la Convention et passons à la Commune de Paris ; les mômes scènes s'y reproduisent. Nous n'en retra-

1. Au sujet de l'Oraloire de Charlema^e, magnifique œuvre d'orféTreria eur laquelle on peut consulter Féliblcn, Hxsi. de l'abbé de Saint-Denis, p. 52t, pi, IV, et Laborte, Hist. des Arts industriels, 2' éditiaQ, U 1, "p. 371, voici ■ ce qui se passa dans la Commiasioii temporaire des Arts :

B Séance du 25 germinal an II. — On fait lecture de la lettre du Directoire de Franoiade, qui invite la Commission des Arts à nommer des commissaires pour vérifier si un devant d'autel en or et en vermeil, sculpta en relief et enrichi de pierres précieuses, mirlte d'èlre conservé, ajnsi qu'une croii de cristal, montée en venoeil, avec des gravures sur le cristal. Un membre observe que, depuis quelques mois, il est décidé que le devant d'autel serait livré à la foute : mais, sur une observation qu'il peut contenir des objets originaui, propres à attester les progrès du géuJe et la perfection des arts, trois comutissaires, les clloïens Nitot, Lellèvre et Poirier, sont nommés pour se transporter à la Monnaie et aa Muséum, el visiter les objets d'arts et de sciences venus et veaane de Franciade. d (Registre des délibérations, fol. 55, verso.)

« Séance du 10 floréal an II. — Les commissaires sont chargés d'etsminer s'il n'est pas nécessaire de garder quelque parUe du devant d'autel de la cl'devant alibaje de Franciade, pour en conserver le style. Les sections de minéralogie, des antiquités, de sculpture et d'architecture sont invités à visiter les objets déposés aui Petits -A ugustins, afin qu'on puisse envoyer i la foute ceux qui seront jugés inutiles. i> [Registre des délibéraljona, M. 66, verso.)

« Séance du 20 floréal an II. — La section de peinture est chargée de Taire deasmer le plao de l'Oratoire de Gharleniagne. Celte pièce sera envoyée à la fonte après que les pierreries qui lui ncneat d'ornemens en auront été distraites. » (Re^^tre des délibérations, fol. 74, verso.]

a Séance du iO fructidor an 11. — Le citoyen qui a été chargé de dessiner l'Oratoire de Charlemagne présente son travail; la Commission y applaudit, l'engage i l'achever par l'apposilion des couleurs. La Commission de peinture fera eoBulte son rapport, a (Registre des délibérations, fol. 172, recto.J

ÏNTRODDCnON. CXXXV

cerons qu'une. C'est un épisode de cette journée à jamais mémor^Ie dans laquelle des mains françaises détruisirent l'antique palladium de la cité parisienne, que dos ennemis les plus acharnés avaient respecté, et que mille ans de véQératlon et de reconnaissance avaient indentidé avec la patrie.

« Oq dépose le tombeau de sainte Geneviève aux pieds du bureau du président du Conseil ; Minier donue lecture d'un procès-verbal de ce jour, dressé par des commissaires du Comité révolutionnaire de la section du Panthéon, des commissions des vaisselles, des arts, du comité d'inslructioo publique, etc., nommés pour l'ouverture de la chÂsse de sainte Geneviève; en voici l'extrait : Après nous être transportés dans un bâtiment situé à ia Monnaie, après avoir reconnu que les scellés, apposés sur la porte delà chambre où étoitenfei^ mée la châsse de sainte Geneviève, étoient saints et entiers; examen fait de ladite châsse, les susnommés ont reconnu que l'opinion publique avoit été grandement trompée sur le pris exagéré auquel on a porté la valeur de cette châsse dont la majeure partie des pierres sont fausses; les diamants, les perles fines et fausses ont été estimés la somme de douze mille huit cens trente livres, et les parties d'or et d'argent, onze millelivres; tolal, vingt trois mille huit cens trente livres. ' Nous avons trouvé dans cette châsse une caisse, en forme de tombeau, couverte et collée de peau de mouton blanc et garnie de bandes de fer dans toutes ses parties, de deux pieds neuf pouces de long, neuf pouces de large et quinze pouces de hauteur; ladite caisse àooteoue avec du coton sur lequel nous avons trouvé une petite'bourse en soie cramoisie, ayant d'un côté un aigle à double tête et de l'autre deux aigles avec une fleur de lis au milieu, brodée d'or, dans ta bourse un petit morceau de voile de soie, dans lequel est enveloppée une espèce de terre. Dans le cercueil s'est trouvé deux petites lanières en peim Jaune ; dans une des extrémités un paquet de toile blanche attaché arec un lacet de fil; dans ce paquet, -vingt quatre autres petits paquets, les uns de toile, d'autres de peau et plusieurs bourses de peau de différentes couleurs ; une phiole lacrimatoire, bouchée avec du chiffon et contenant un peu de liqueur brunâtre desséchée, une bande de parchemin, sur laquelle est écrit : Vna par» caitfUœ $mcti

CXXXVI JOljnNAL DE LENOIB.

Pétri prittàpiê Apostolorum et plasiears antres inscriptioas sur parchemia que nous n'avons pu déohiffrer. Ces vingt quatre paquets en coDteaaient beaucoup d'autres plus petits, renfermant de petites parties de terre qu'il n'est pas pos- . sible de décrire. Dn de ces paquets, en forme de bourse, contient une tête en émail noir, de la grosseur d'une petite noix et d'une figure hideuse, dans laquelle est un papier contenant une partie d'ossemeos ; on autre paquet de toile blanche gomée, contenantles ossements d'un cadavre et une tSte, snr laquelle il y uvoit plusieurs dépAts de sel nitre ou plâtre crisUlisé. Nous n'y avons pas trouvé les os du bassin ; nous avons trouvé une bande de parchemin portant ces mots : Btc jacet kumatum sanctte corpus Genovefœ, Plus, un stilet de cuivre en forme de pèle d'un c6té et pointu de l'autre; cet instrument senroit aux anciens à tracer sur des tablettes de cire. Cette chlsse a été faite, en 706, par le ci-devant soit-disaot saint Eloi, orfèvre et évfique de Paris ; elle a été réparée en 1614, par Nicole, orfèvre de Paris. II parait que c'est à cette époque que l'on a substitué des pierres fausses en place des fines qui y étoient. Le corps de lîi châsse est de bois de chêne très-épais. Entr'aulres choses fort extraordinaires et fort ridicules, nous avons remarqué sur cette châsse une agathe gravée en creux représentant Mutius Scoevola brûlant sa main pour la punir d'avoir manqué le tyran Porcenna; audessous , est gravé : comtanlia. Sur une autre pierre, uo vil Ganimëde enlevé par l'aigle de Jupiter, pour servir de giton au maître des Dieux ; et, sur d'autres pierres, des Vénus, des Amours, etc., et autres attributs de la Fable. Tous les ornements qui couvrent la châsse sont des placages d'argent doré tout minces. Ce procès-verbal sera inséré aux affiches, envoyé aux sociétés populaires et au Pape. Les ossements, les paquets et les guenilles ont été à l'instant brûlés sur la place de Grève '. n

Quel spectablel La glorieuse dépouille de la patronne de Paris jetée au bûcher infamant de la place de Grève par quelques bandits travestis en of&ciers municipaux. Espérons que, par une peinture, les murs du Panthéon conserveroat

INTRODDCTION. CXXXTII

à la postérité le souvenir de cette scène patriotique. Dans sa sereine et inviolable béatitude, dans la pieuse admiration de ]a France, sainte Geneviève n'avait pourtant pas besoin de la couronne de Jeanne d'Arc. Voici des documents pour compléter le tableau. La sainte n'avait pas été seule proscrite. Tout ce qui l'avait toucliée devait périr avec elle. Il fallut que Lenoir arrachât au feu, qui allait les consumer, les charmantes Sgures de bois sculptées par Germain Pilon pour supporter la châsse. Un membre de la Commission des monuments les avait condamnées '.

L'envoi, dans les départements, des commissaires de la Convention activa singulièrement l'anéantissement des objets d'art. Le proconsul Couthon rendait, en Auvergne, des décrets comme celui-ci :

«La municipalité de Riom nommera, dans le jour, quatre commissaires pris dans son sein, lesquels réunis à quatre autres commissaires de la Société populaire et quatre du Comité de surveillance, sont autorisés à se transporter dans les églises et dans les autres endroits oiii pourraient exister des images et statues de prétendus maints ou saiotes et tous autres signes indicatifs du culte catholique, les ealëveronl et en feront publiquement un aoto-da-fé à la raison et à la philosophie. La Commission est autorisée, si elle le croit nécessaire, à requérir, dans ses opérations, la force armée à laquelle il est ordonné de déférer, quant à ce, à ses réquisitions. Les aatorités constituées, la Société populaire et le Comité de surveillance veilleront, au surplus, à ce que l'arrêté .des représentants du peuple du 24 (dumois dernier) soit promptement exécuté. .

a A Aigueperse, le 8 frimaire de l'an 11 de la Elépublique une et indivisible.

H Le représentant du peuple,

(i Aristide Couthon *. »

Par un arrêté du J6 frimaire, le district de Billom décida qu'il serait nommé un commissaire par municipalité « qui

i. Vojei, à l'appendice, \t. Notice de 1793, réimprimée avec lu notes de Lenoir, q° 13.

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