‹ Alexandre Lenoir (volume 4)Chapitre 79 sur 166 · Puis, le 13 germinal ao V de la République firaufuie · texte numérisé non relu

Puis, le 13 germinal ao V de la République firaufuie

■ CitoyeuB administrstenra,

fl J'ai fait part au UiuiBtre de la lettre que vous m'avet adreeaée le mois, par laquelle Toua réclamés les monumens des anciens peuples qui TBDt dans le Hasée que je dirige et qui ne tiennent point aui monui: notre histoire et k ceux de l'histoire de l'art relatiiemcnt à la France.

ir Si le Ministre, citoyens, par sa lettre du 19 germioal an IV, art. 2, m'autoriie à remettre à lotre disposition les antiques que Tâua récdamez, l'article 3 de la mâme lettre m'autorise ï revendiquer auprès de tous les monumeDS qui appartiennent à rhislotre de France et k lliiitcire de l'art pour eampletter le Hueée des monomeas franco».

■ J'espère que tous Youdrsi bien me permettre de me concerter avec vous pour eSécluer cet Change et remplir, par là, les iateatious du Ministre.

« Salut et IratuuiU, ■ Lenoir. |

2. Silejur; des arts ne M pas une macMne de guerre contre Lenoir, ce tut

une misa en tutelle bien humiliante pour le Conservatoire du Muséum. Une

lettre de Lenoir nous apprend ce qu'était ce jury. « 16 TeuUse an V de la République.

■ Le citoyen Lenoir, coruervaieur du Musée dei monumetu français, an Minisire de tlnlérieur...

D Le Musée des monumeoi frauçaiB renierme BUasi des monnmeos qui ne tiennent point à son caractère : par son organisation vous m'avez tracé la ligne que j'avois k suivre; je m'j suis couronné en réserruit à chaque musée c«

* Vous venés d'organiser un jur; des arts pour eitraire des dépdts ce peut convuiir à l'embdlissement du Muséum central. Le Musée des m meni français ne peut pas être envisagé comme un dépOt dont on puisse rer les objets qui y sont consacrés, puisque déjà un Elysée et trois siècles sont organisés définitivement dans des salles particuliéreB et que le moindre déplacement altéreroit l'ensemble et la chronologie. Je vous demande, citoyen Ministre, d'annoncer i ce jury quelles sont vos intentions sur le Hniée des' Monumens français.

■.Citoyen Ministi^, vous m'avez témoigné tant de bienvdllance que j'ose croire que vous ne refuserés pas à protéger un établissement, votre ouvrage, contre tontes les entreprises qui lendroient à le détruire. Salut et fraternité,

( Lenoir. ■

Cf. n* 1937 du Journal de Lenoir.

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CLXVI J0Uni4AL DE LENÔtR.

bien ses arrêtés ■. Mais les Ministres passent; et, si les membres du Conservatoire se renouvelèrent aussi, ils se léguèrent toujours une incroyable animosité contre le Musée des monuments français, plus populaire et plus intéressant

l.'APari«,le6 metsidor anT.

■ Le Ministre de FIntérieur au eilot/en tenoir.

■ J'û prU en oooBidér&tion, citoyen, les daui denuodei que tous m'avM fkitet.

■ Quant à la demande de tous aatoriser à eoDierver déânitiTemenl, dana te ' Husie des moaumens français, tous lee objets compris dans la deoiièiae parUe

du catalogue que tous stsi fait imprimer, je ne puis donner une autorisation aussi étendue dans le moment même que j'ai cha^ an juri d'artistes de choisir, dans les élablissamenls d'art, les objets qui doivent eomposar les dent prîncipaut musées de la Répnbliqne, savoir, à Paris le Musée cenlral des arts, et, i Versailles, le Musée spécial de l'Ecole (Vançoise. Mais soyez rassuré. Le Musée des monumens françois a aussi son système d'organisation qu'il conser- Tera et qui assure son eiistence en le limitant. Ainsi, si lout ce qui est compris dans la deuiiime partie de Tolre catalogue appartient au système des MoQumens françois, tous ts consenerez ; s'il s'y trouTe des objets qui appartiennent au Husée central ou au Uusée de l'Ecole frani^ise, il est dans l'ordre que les objets ailleut & leurdestinatiau. L'organisation de trois musées est . faits; elle est précise et les caractères distiuctifs sont clairement et positivement énoncés; il faut que, les préposés des trois étsblissemens n'agissent que Buiiank l'organisation particulière du monnaient auquel ils sont attachés. Sans cela il pourroit arriver que, ne me rappelant point assez positivement nue orga- DLsation arrêtée depuis longtemps, j'accordasse une demande qui n'y sennt pas exactement conforme et qu'après plusieurs concessioDS de cette Dature la confusion s'ialroduislt entre des parties qui, quoi qu'analogues, sont distinctes.

■ Lorsque je tous notifiai, an courant de germinal an IV, l'orgauisation que je donppis au Musée des Petils-Auguatins, je Ils connoltre cette orgaaÎBalion aui conservateurs du Musée centrai et je leur recommandai de s'y conformer; c'est-à-dire qu'en même tems que je mettais k leur disposition les statues, vases, lombeaui antiques qui ne sont point des mouumens de notre histoire, ainsi que les colonnes précieuses qui ne font point partie de» monuœenB apparteuans au Musée spédal des petits- Augnstios et qui peuvent élre nécessaires à la décoration du Muses central ou du Palais des Arts, je les prévenois que voua étira autorisé \ réclamer lesobjets qui appartenoienlau système du Musée des monuments fran[ois dont je leur recommandais l'intégralité. Je renouvellerai cet avis, s'il le faut; mais je voua réitère qu'il ne faut point s'écarter ai directe- .ment ni indirectement de ces hases organiques.

« Le juri a la mission de composer le plus parfait et le plus beau Musée central qu'il sera possible ; il faut donc lui laisser les éléments nécessures et, dès qu'il ne peut point porter atteinte au plan du musée q'ue vous dirigra, ^ous devez être assoré qu'il vous restera et des colonnes et des matières en quantité suFBsanie pour sa décoration, surtout en prévenant le jnri et l'adminisdatioa du Husée centrât.

> Satut et fraternité.

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INTRODUcnON. CLIVII

que n'aurait pu dtre le Louvre, si le Louvre o'avait été eu ce moment le dépositaire de tous les chefs-d'œuvre de l'Europe. L'immense coneentralion opérée dans le Muséeceutral par les conquêtes des armées ât un moment diversion et détourna l'attention de l'aménagement de nos richesses d'art nationales. Mais la jalousie ne désarma jamais et ne cessa de poursuivre, par tous les moyens possibles, la disparition du Musée des monuments français. Malgré les bonnes dispositions de Chaptal, ce Musée ne fut assuré de vivre — et encore bien précairement — que quand Denon eut étendu la main sur lui en l'englobant dans la direction générale des Musées. Lenoir paya bien cher cette protection, H l'acheta au prii du sacrifice de son initiative et de nombreux affronts. Dès que l'auteur des iVia;o^es, le ci-devant protégé de David, héritier des haines et de l'arrogance de ses prédécesseurs, eut, en badinant avec les beautés du Consulat, ramassé dans les bosquets de la Malmaison le titre de Directeur général des Musées nationaux ' et le droit d'être insolen t avec l'ancien « gardien » du dépôt des Petits-Augustins, le Musée des monuments français cessa de s'accroître. 11 fut toléré, voilà tout. Le gothique troubadour.n 'était pas mal vu en haut lieu. Plus tard, le jeune et beau Dunois de la romance, né sous les arreaux des Petits-Augustins, fi l'ombre des cyprès et des urnes funéraires, au milieu de l'atmosphère sentimentale créée par Lenoir, le jeune et beau Dunois n'oublia pas, dans les grandeurs, son poétique berceau. Sa mystérieuse influence ne cessa de planer et de veiller sur le tombeau d'HéloIse. L'écho de quelques reiraios et les

1. A cerUini égards, Denon était parhitemsDl digne des hautei fonction! que ■a liaison avec le premier Consul loi assura. Il les miritail par son intelligence, par w Ecieace, par sou courage dont il donna lant de preuves pendant l'eipédiûoa d'Egypte et en face des alliés en 1815. Sa direction fui relatlTement un long bienfùt pour le Louvre. Mais le rusé diplomate savait bien que les qudités iDdiapensatiles pour conserver longtemps un poêla éminent ne servent de rien jMur l'obteuir, et Denon n'était pas diÉcUe «ur les moyens de parvenir.

CLXVIU JOURNAL DE LENCHR.

déclamations, que ces ruines r^ercutaient après les avoir' inspirées, suffirent à protéger l'œuvre de Lenoir contre d'innombrables enueniis. Le Musée des monuments français fut sauvé par la charlatanerie de son jardin élysée. Pauvre science et pauvre 'art, qui n'obtinrent gr&ce momentanée, pour tant de chefs-d'œuvre qu'en consentant à les prostituer aux plus vulgaires usages de la mode et à en faire des instruments de politique ' I

1. Tourmenté et manscd par les intrigues et les réctamutione du ecu1pt«ur DBMÎne, qui, dËe l'an XI, voulait faire détruire le Husée des monunisiits fraagaii, Lenoir eut le tort, pour se défendre, de >e placer sur le dangereui terrain politique. Il expia cruellement cette faute en leiG. Voici ce qu'il écrivait, eu l'an Xi, tiu premier Coneul :

« Général coniul, je us rappellerai point à TOlre mémoire les noms de cet artistes ingrats, de ces écrivaiiis gagea qui, par esprit de parti, uhercheul à détruire, par les libelles scandaleux, loat ce que le gouvernement a pu faire de beau et de graod au milieu des orages qui abîmaient, pendant un tempe, la France désolée.

■ Aprèa avoir été atseï heureux pour rendre quelques serrices au cîtoreD Deteine, sculpteur, avec leqaelj'aTaiïdes relations d'amitié, il vient de publier une lettre adressée au premier Consul, tondant \ détruire le Husée des moDU' ments fninçBt8,.paor raporter les mausctées et tons les monuments qu'il renferma dans lea douze paroisses de Paris, dont on ferait autant de musées, pour âier plus longtemps l'étranger dans la capitale. Les monuments y seraient plus dicemmeul, dtt-il. Quelle absurdité ! Serait-il décent, par exemple, de Hénnrei nos églises des tombeaux de Molière, de La Fontaine, de Boileau, d'Hélolse, d'Abeiard, de Diane de' Poitiers, de la Pompadour, de la Dubarry, du portail d'Ânet et du cbiteau de GaîUon "i Les auteurs de Tartuffe, de Joconde. et du Lutriu ne feraieat-ils pas reculer d'effroi nos dévotes zélées et nos Argons devenus, par circonstance, le soutien de la foi ! Il convient, continue l'auteur, de rendre (en remplaçant leurs statues dans les temples) à Louis XIII, à Louis XIV, au prince de Condé, aui comtes, marquis et barons, cette enveloppe mystique et cette auréole sacrée qui en impose ordinairement au vulgaire et dont on les a dépouiUés. Il me semble que l'auteur déclare ici formellement son opinion sur le gouvernement actuel, et qu'il aimerait mieux voir le France en monarcUîe qu'eu républiquei Louis XVlll sur le trâne que nos consuls; Ies parlements que le Conseil d'Etat et notre Sénat ; les princes et marécbaui que nos généraux et nos préfets. Il voudrait voir surtout l'Académie royale à la place de lluslilut.

« Pour calmer les idées un peu exagérées du citoyen Deseine, ou peut le renvojer k l'article Vlll de ta loi rendue le 30 floréal an X, qui organise une légion d'honneur pour le maintien de la République, de tous ses droits, et qui défend l'ostensibilité des signes de féodalité. ■ [Mémùire sur Un lépultures d'Hétoise et d'Abélard, saivi d'un projet d'éte^lir, dans U Musée des monutnenls français âne chapelle sépulcrale pour y déposer leurs cendres, présenté au général Bonaparte, premier Consul, lo-i", p. t.)

INTBODUCrrffl». CLXIX

Ce fat une étrange destinée que celle de Lraioir. 11 n'eut Térîtablement d'indépendance administrative et le pouvoir de faire le bien qu'à l'insu du gouvernement et pendant la période lugubre où sa vie était en danger comme les monuments qu'il protégeait. L'Empire ne coi^entit à patronner cette œuvre qu'en la menaçant journellement de la faire servir ses desseins et les besoins de son ambition c'a diverses exigences de mise eu scène *. La Restauratiou la supprima, et, d'un trait de plume, accomplit un acte de vandalisme presque aussi préjudiciable h l'histoire de notre art que l'avaient été les destructions de la Terreur. Seul, pendant UD court moment, la République, après avoir conspiré contre l'existence individuelle de chaque monument, resr pecta l'existence collective du Musée des Petits-Augustins et en fovorisa le développement scientifique. -

Qu'on veuille bien me pardonner la franchise de mes appréciations. L'histoire véritable de quelques établissements de la France révolutionnaire est encore à écrire. Jusqu'à présent, l'éloge académique ou les assertions convenues d'historiographes officiels ont tenu lieu de renseignements positif. U est urgent de rompre avec ces

t. Sun parlée de» Dombreui projeli aTorUs qui deTïieat conioauner U perU du nuaéa des Palits-AuguitioB, l'empereur Napoléon, qui prâiendait avoir fonda la quatri&me dynaïUe, déaira, en 1311, rétablir à sâint-Denis les tombeaux des dynasties précédentes. Il consenlait i associer lea pridéceiaeurs i sa fortnae, Jt condition d'emprunter leur prestige el de préparer ï stt dépouille mortelle et ï celles de aes snccesaeurs le Toiuoage de ces tibui monnmenls et de cea granda aouTenira. Les tombeaui des rote de France devaient ainsi être rendus à Saint-Denis; les (ombeaui dea grands hommes portés au Pantbéon.

Un jour, cependant, l'Empire se départit de son indifférence relative a l'égard des Musées des monuments tranfiis. Vojes le no 1074 du Journal de

CLXZ JODWIAL DE LENOIR.

habitudes de fraDC-maçoanerie sdministrative, d'admiration mutuelle et de silence com[dai&aQt. La France, qui a brisé si malheureusement ses plus grandes traditions nationales, a conservé les pires de ses routines, an nombre de&qudles il fout placer, en pjrGi^iâr^ tigoe^ le féticdiisme professé pour ses institutions d'administration publique.

Ceci dit, j'ai tort peut-être d'accuser les hommes. Je les rendsindividuellement responsables des vices de leurépoque. Ces hommes étaient tels que les avait faits le milieu dont ils sortaient. La Révolution française ne fut pas ce qu'on pouvait espérer d'elle, une évolution sociale mûrie parle temps et préparée par l'action naturelle et par le concours mutuel de tous les éléments qui composent une nation. Au lieu d'être Je résultat de la constitution économique du pays comme toutes les modifications toujours patrounées par la monarchie, au lieu d'être le développement des traditions de la France et, si j'ose m'eiprimer ainsi, l'épanouissement de son histoire, la Révolution fut purement et simplement une explosion de passions politiques. Saluée, par les naïfs, comme l'aurore d'une ère nouvelle, elle dégénéra dès le début en vulgaire insurrection, donna le spectacle d'une honteuse anarchie; et les honnêtes gens désillusionnés, sans souci de l'avenir, s'associèrent bien vite avecles premiers ambitieux venus qui leur promirent de les débarrasr ser du hideux cauchemar auquel avait abouti le rêve éphémère de la liberté. En somme, et comme résultat évident, eUe substitua l'influence d'une classe de la société à l'influence d'une autre classe. Mais au fond, sauf l'étiquette républicaine^ sauf de malheureuses suppressions comme ' celle de l'oi^anisation du travail et celle des o^nismes si vivants alors de la constitution provinciale, rien ne fut changé dans les tiiéories combattues. Les mêmes principes, les mêmes idées, les mômes préjugés dominèrent sous des noms différents. La bourgeoisie, qui exploita la Révolution

INTRODtIGTiON. CLXXI

à son profit et qui parvint à l'enchaîner en s'allîant au despotisme, était tout aussi sceptique qu'uae partie de la no^ bl^se et du haut clergé qu'elle remplaçait. Elle était voltairieane. Pour elle, l'art oe fut qu'un passe-temps et un délassement saiis aueun but moral. Ce q'était ni l'exercice d'un droit de Uintelligence ni l'accomplissement d'un devoir ; ' la science historique n'était qu'une agréable distraction, ime variante de la parade des boulevardsj le eircenses des citoyens qui gagnaient leur panem en « travaillant n à l'Abbaye. Un musée,pour les ministres des premières années de la République ', ce n'était pas une collection de monuments scientiâques ou de modèles propres h. la jeunesse studieuse, ce fut, avant tout, un plaisir des yeux pour la foule inintelligente, le jeu du cirque des empereurs romains, la tranquillité des gouvernants tandis que leurs administrés s'amusent. Ces hommes, niaisement épris de l'antiquité romaine, en partageaient toutes les erreurs et tous les préjugés. Poui' eux comme pour les Romains, l'art était l'embellissement des loisirs d'un homme de guerre ou d'un homme politique, mais rien de plus. Inutile de rappeler ce que Jean-Jacques Rousseau a écrit et ce que les théoriciens à la mode pensaient alors des arts *. '

Que fait le plus doctrinaire et peut-être le plus honnête des Girondins, Boland, en 1792, quand il veut organiser le ' Muséum de la nation ? S'adresse-t-il aux premiers savants du pays, aux plus grands artistes, et il y en avait? Pas du tout, il recrute un personnel composé en majorité de gens obscurs, de peintres de quinzième ordre; il installe ainsi un Conservatoire de commis et de tapissiers. Bien plus, il oe se sent pas encore rassuré par la nullité de ses préposés ;

\. J'ai montré de trèg-hoiiDrablei> exceptions, ï la fln du règne de la Conran^n. Les véritable! principes en matière de muaées furent abre proclamée, Duia l'applioBtioa n'en fut guère possible. Le sersil-elle aujourd'hui î

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