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Je crois qu'il serait difficile de nier que ce remarquable bas-relief porte à la fois un des caractères de deux arts différents. En effet, seul un Italien a pu concevoir le sujet de cette manière. Le fond d'architecture et de paysage est absolument italien par la composition. C'est surtout l'Italie
Détail de l'ornementation du lit de la Vierge.
qui abusait alors, dans la sculpture, de ces vues perspectives empruntées à la peinture. Les exemples de Ghiberti et de Rossellino s'étaient propagés. Le bas-relief de Francesco Laurana, à Saint-Didier d'Avignon , montre une nouvelle application de ce principe, condamnable au point de vue esthétique absolu, mais dont le génie de quelques
maîtres du quinzième siècle a su tirer un parti merveilleux. La Vierge et les quatre anges musiciens qui accompagnent son élévation au ciel sont d'un style purement italien. On les croirait copiés sur certaines peintures de l'école florentine ou de l'école ombrienne. Au contraire, les physionomies et les attitudes des personnages du premier plan sont empreintes, dans une certaine mesure, de la simplicité et de la naïveté de l'art français. Ils n'ont pu être sculptés que de ce côté-ci des Alpes. Ajoutons que les fabriques répandues dans le paysage montrent, par leur forme et la disposition de leurs toitures, que le modèle en a été pris en France. Le même phénomène de juxtaposition de deux arts se reproduit à Avignon dans le rétable de l'église Saint-Didier, et à la Major de Marseille dans le rétable de l'autel Saint-Lazare. Les deux figures qui flanquent de chaque côté le rétable de Saint-Didier ne seraient pas données sans hésitation à l'art italien, si elles nous parvenaient isolées et dépourvues de toute mention d'origine. Quant aux statues de valeur inégale qui ornent le monument de Saint-Lazare, quelques-unes d'entre elles trahissent l'influence d'un art différent de celui de l'Italie, et elles sont, dans plusieurs endroits, en contradiction manifeste avec le style purement italien de la décoration de ce monument. Si je ne me trompe, c'est en quelque sorte le dernier écho de la vieille école alourdie de la Bourgogne. 11 semble donc que la sculpture de la Mort de la Vierge soit le résultat des procédés de l'art itaUen importés et pratiqués à ce moment en France ; et il est impossible, après ce que nous avons dit de l'atelier étranger du Petit-Nesle *, de ne pas rapprocher, par la pensée, le bas-relief de Saint- Jacques-la-Boucherie du groupe d'ariistes ultramontains embauchés par la cour de France et domiciliés à Paris au
1. La Part de l'art italien dans quelques monuments de sculpture de première Renaissance française. Paris, 1885, in-8.
la
commencement du seizième siècle. Une part importante du travail, soit à titre d'influence, soit même à titre direct, doit leur être incontestablement réservée dans cette œuvre d'art. Qu'on nous pardonne, en l'absence d'une preuve
L'âme de la Vierge portée au ciel.
Fragment du bas-relief la Mort de la Vierge.
documentaire, la hardiesse de cette affirmation. Il y a des cas d'évidence dans lesquels l'usage normal de l'appareil scientiûque devient véritablement superflu.
A gauche, vers l'angle supérieur du bas-relief, on lit un monogramme composé de plusieurs lettres parmi lesquelles une M est parfaitement visible. Ce monogramme est tracé sur le fond h l'aide d'une pâte qui dut être autrefois dorée.
Cet écu, parti des armes de France et de Bretagne, soutenu par deux anges, c'est le couronnement du tombeau de Renée d'Orléans-Longueville, aux Célestins de Paris.
Écusson de'marbre'aux armes de France et de Bretagne,
provenant du tombeau 'de"; Renée d'Orlèans-Longueville, aux Célestins.
(Musée du Louvre.)
Les nombreux accidents et déplacements subis par le tombeau de Renée d'Orléans ont obligé les architectes de Saint-Denis à éliminer certaines parties anciennes très endommagées et à leur substituer, au cours des restaurations successives, des parties neuves ^ C'est ainsi que ce petit
1. Voici rindicatioii des |jremières restaurations commandées par Lenoir aU Musée des Monuments français : « Devis des prix de sculpture demandé pâlie' citoyen Lenoir, conservateur du Musée des Monumens français, au citoyen Lamotte, sculpteur, employé depuis deux ans et demi à la restauration des monumens. — Monument de Renée d'Orléans. — Avoir posé et fait les