‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 22 sur 124 · Vies des fameux sculpteurs, p · texte numérisé non relu

Vies des fameux sculpteurs, p

o. Guide des amateurs, etc., 1787, p. 515.

6. Relation du service solennel pour feu M. Le Tellier, chancelier de France, Bibliothèque nationale, ms. fr,, 18, 818, fol. 253. — Voyez aussi Histoire des chanceliers et gardes des sceaux de France, par François Du Ghesne, p. 850.

lit dans le catalogue des Monuments français, édition de l'an Vill, n° 28o ^ : « Le buste en bronze de Michel Le Tellier, mort âgé de quatre-vingt-trois ans, » etc., comme plus

Buste de Michel Letellier, par Coysevox ; moulage conservé au musée de Versailles d'après le bronze du Louvre.

haut, mais avec cette variante : « Sarrazin est Tauteur du buste fait du vivant de ce chancelier. » La sixième édition de l'an X (1802) et la septième de l'an XI (1803) reprodui-

1. Description historique et c/t>onologique des monumens de sculpture réunis au Musée des Monumens français, an VIII, p. 307.

sent textuellement celle de l'an ^MII (1800). En 1806, la huitième édition change la formule; la provenance de Saint- Germain des Prés n'est plus indiquée. On dit seulement : « Buste en bronze de Michel Le Tellier, chancelier de France, » etc., comme ci-dessus. Variante: « Ce buste a été fondu sur le modèle de Jacques Sarrazin, ouvrage du dix-septième siècle. » (>ette dernière rédaction se maintient, moins les quatre derniers mois, dans toutes les éditions du Catalogue jusqu'en 1816.

C'est en vain que i'ai interrogé Maiietle {Abecedario, Y® Sarrazin), et consulté les Mémoires de Giiillet de Saint- Georges, retouchés et complétés par Flulst, Caylus et tant d'autres, oii l'on aurait dû cependant trouver quelque renseignements sur une sculpture attribuées Jacques Sarrazin à la fin du dix-huitième siècle. L'œuvre de ce maître, formé au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale, ne m'a pas fourni plus de lumières. Nous sommes donc absolument réduits à nous en tenir uniquement au témoignage de Lenoir, et c'est ce témoignage qu'il faut discuter.

Lenoir témoigne de trois choses : 1° de la provenance du buste; 2° de sa ressemblance à un certain original; 3° du nom de son auteur. Sur le premier point Lenoir est absolument sincère et doit être cru sur paiolt\ Il reçoit l'ohjet en 1794 des mains de dom Poirier ; en 1795, sans arrièrepensée de cla'î-semtnt, il l'enregistre avec trois autres pièces qui arrivent ensemble de Saint-Germain. Il les rapproche d'abord son édition de l'an IV. Il maintient la provenance du numéro 28o dans plusieurs éditions successives jusqu'à la septième, A partir de la huitième édition, il supprime une indication qui peut devenir dangereuse pour l'existence de son musée, parce qu'en 1806 les églises ont été rendues depuis quatre ans au culte et qu'un grand nombre d'entre elles réclament les monuments dont elles ont été dépouillées. Mais il ne rétracte en rien ce qu'il a précédemment

avancé. La provenance indiquée par Lenoir est donc incontestibleinent certaine.

Pour l'atlribution du portrait à Michel LeTellier, on doit aussi avoir tout particulièrement confiance en Lenoir; car, malgré son défaut de critique, il était absolument compétent pour formuler une opinion raisonnée sur ce point. En effet, étant donné que le portrait représente un chancelier, Lenoir, pour distinguer Le Tellier entre les autres magistrats qui jouirent de cette qualité sous Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, avait à sa disposition d'importants éléments d'information. 11 posséda, dans son musée, une collection nombreuse de chanceliers de France et la série complète de ceux du dix-septième siècle. C'étaient les portraits de Pomponne de Bellièvre',de Nicolas Brulart de Sillery^,des deux Etienne d'Aligre^, de Pierre Séguier *, de Michel Le Tellier^, de Louis Boucherai". Dès qu'il se fut prononcé pour Michel Le Tellier, en admettant contre la vraisemblance que l'attribution n'ait pas tout simplement été traditionnelle, il avait sous les yeux comme moyen de contrôle le tombeau même de Michel Le Tellier, par Mazeline et Hurtrelle, qui, de Saint-Gervais, étnl venu aux Petits- Augustins (n" 232, puis 233 du catalogue jusqu'en 1806). Dans la même salle, à quelques mètres l'un de l'autre, les deux monuments se critiquaient réciproquement. Eclairé qu'il était déjà par dom Poirier, Lenoir ne pouvait pas se tromper. D'un autre côté, il n'avait aucun intérêt à mentir. Le Tellier existant déjà f^ans sa collection, il n'avait pas besoin de se créer frauduleusement un double.

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